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Atlas Culinaire · Aruba · Amériques
LittĂ©ralement « soupe de petites bĂȘtes » â cabri et mouton, la soupe qu'on sert aux mariages, aux baptĂȘmes et aux communions
Le gouvernement d'Aruba en donne la traduction officielle : « letterlijk vertaald: soep van kleine dieren t.w.
geiten of schapen », soupe de petits animaux, c'est-Ă -dire chĂšvres ou moutons, et ajoute que « deze zeer populaire soep vormt nog steeds een onderdeel van de locale traditie » â https://www.gobierno.aw/nl/gastronomie .
La catégorie n'est donc pas un ingrédient mais une classe d'animaux : le bestia chikito, le petit bétail, par opposition au gros bétail.
C'est ce qui distingue nettement ce plat des trois autres sopi dĂ©jĂ prĂ©sentes dans la base pour les Ăźles ABC â la sopi di piska au poisson, la sopi di mondongo aux tripes de bĆuf et la sopi di karni au bĆuf : ni le poisson, ni les tripes, ni le bĆuf ne sont du petit bĂ©tail.
Le second point tranchĂ© est l'occasion : ce n'est pas une soupe de tous les jours Ă Aruba mais une soupe de cĂ©rĂ©monie, servie aux mariages, baptĂȘmes, premiĂšres communions et anniversaires, ce qui explique qu'elle se fasse en grande quantitĂ© et avec des morceaux Ă os.
Aucune indication géographique européenne ne couvre ce plat : le registre eAmbrosia complet ne compte aucune entrée pour Aruba, contrÎle positif réussi sur le Gouda Holland.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Frottez Ă©nergiquement les morceaux de cabri et de mouton avec le jus de citron vert, en insistant sur les parties grasses, puis laissez reposer un quart d'heure avant de rincer Ă grande eau. Ce geste est un invariant absolu des cuisines antillaises dĂšs qu'il s'agit de chĂšvre ou de mouton, et il ne relĂšve pas de la superstition : l'odeur forte de ces viandes tient Ă des acides gras volatils que l'aciditĂ© neutralise partiellement. Ăpongez ensuite soigneusement les morceaux. Une viande mal sĂ©chĂ©e refroidira la marmite et vous partirez sur un bouillon trouble dĂšs la premiĂšre minute.
Le pourquoiLes acides gras ramifiés responsables du goût de suint sont partiellement solubilisés et entraßnés par l'acide citrique et le rinçage.
Placez le cabri et le mouton dans une grande marmite, couvrez largement d'eau froide â froide, jamais chaude â et portez tout doucement Ă frĂ©missement. Pendant les vingt premiĂšres minutes, restez Ă cĂŽtĂ© et Ă©cumez consciencieusement la mousse grise qui monte Ă la surface, en la retirant Ă l'Ă©cumoire sans remuer le fond. C'est ce quart d'heure de patience qui dĂ©cide de la limpiditĂ© finale du bouillon. Une fois la mousse Ă©puisĂ©e, ajoutez les oignons, l'ail Ă©crasĂ© et la muscade, et rĂ©glez le feu pour obtenir un frĂ©missement Ă peine visible.
Le pourquoiLes protéines coagulent progressivement en montant en température et forment l'écume ; les retirer avant qu'elles ne se dispersent garde le bouillon clair.
Couvrez à moitié et laissez la marmite mijoter une heure et demie à tout petit frémissement. C'est le temps qu'il faut pour que le collagÚne des jarrets, des colliers et des cartilages se transforme en gélatine et donne au bouillon ce corps légÚrement collant qui distingue une vraie sopi d'un bouillon de cuisson. Ne cédez pas à la tentation d'accélérer en montant le feu : à gros bouillons, les graisses s'émulsionnent dans le liquide et le bouillon vire au trouble définitif. ContrÎlez le niveau d'eau et complétez si besoin à l'eau bouillante uniquement.
Le pourquoiL'hydrolyse du collagÚne en gélatine est lente et se produit entre 80 et 90 °C ; au-delà , elle n'accélÚre pas mais la graisse s'émulsionne.
Ajoutez maintenant la courge en cubes, les tronçons de maïs et la banane plantain verte, puis glissez le piment Madame Jeanette entier à la surface, sans le percer. La courge est ici l'ingrédient stratégique et non un simple légume d'accompagnement : en se défaisant, elle libÚre son amidon et lie le bouillon, ce qui évite toute farine. Le maïs en tronçons apporte le sucre et la mùche, la plantain verte l'amidon ferme. Laissez cuire vingt minutes à couvert, en remuant le moins possible pour ne pas transformer la soupe en purée.
Le pourquoiLes granules d'amidon de la courge gélatinisent vers 70 °C en absorbant l'eau et gonflent, ce qui épaissit le bouillon sans agent extérieur.
Ajoutez enfin les pommes de terre en gros cubes et les carottes en rondelles Ă©paisses, qui demandent moins de temps que la courge et le plantain. Poursuivez vingt minutes Ă petit feu, toujours sans agitation excessive. Ă ce stade, la marmite doit ressembler Ă un potage Ă©pais et colorĂ© dans lequel les morceaux restent identifiables â une sopi antillaise n'est pas un veloutĂ©, on doit reconnaĂźtre chaque lĂ©gume Ă la cuillĂšre. Si le bouillon vous paraĂźt encore trop liquide, Ă©crasez deux ou trois cubes de courge contre la paroi de la marmite.
Le pourquoiLes pectines des parois cellulaires se solubilisent progressivement à la chaleur ; des morceaux plus gros conservent leur structure sur la durée restante.
Si vous faites la version des grandes occasions, formez de petites boulettes de farine, les dompi, entre des mains humides et laissez-les pocher dix minutes dans le bouillon frĂ©missant : elles gonflent et absorbent la saveur de la soupe. Retirez le piment entier, puis goĂ»tez enfin â c'est le seul moment oĂč l'on sale. Le bouillon a rĂ©duit deux heures et demie, sa concentration n'a plus rien Ă voir avec celle du dĂ©but, et une soupe salĂ©e trop tĂŽt serait perdue. Ajoutez le sel par petites doses en goĂ»tant entre chaque.
Le pourquoiLe sel perçu dĂ©pend de la concentration en volume ; aprĂšs rĂ©duction, la mĂȘme quantitĂ© de sel produit une salinitĂ© bien supĂ©rieure.
Servez trĂšs chaud dans de grandes assiettes creuses ou des bols, en veillant Ă ce que chaque convive reçoive de la viande Ă os, un morceau de maĂŻs, de la courge et du plantain. C'est une soupe de fĂȘte Ă Aruba, servie aux mariages, aux baptĂȘmes, aux communions et aux anniversaires, et elle se prĂ©sente gĂ©nĂ©reusement, jamais en petite portion Ă©lĂ©gante. Accompagnez de pan bati, la galette de maĂŻs arubaine, faite exactement pour saucer les sopi et les stoba. Parsemez d'un peu de coriandre et de cive ciselĂ©es au dernier moment.
Le pourquoiLes herbes fraßches ajoutées hors du feu conservent leurs composés volatils, détruits en quelques minutes dans un bouillon bouillant.
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Sourcer ou se taire
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