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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un 粿 qui n'a pas de riz : la pâte est faite d'amidon de patate douce, et le nom l'avoue franchement
La pâte est faite d'amidon de patate douce et d'eau bouillante, ce qui lui donne une translucidité grise que le riz ne produit jamais, et un mordant tout à fait particulier, entre le souple et l'élastique.
C'est une pâte de disette devenue une spécialité, comme le Chaoshan en compte plusieurs.
Le rapprochement mérite d'être fait avec la fiche voisine du potage protecteur de l'État en CN356 : la patate douce, dont l'amidon fait ici la pâte, n'arrive en Chine qu'en 1593, rapportée de Luçon par 陈振龙 selon le portail de la ville de Fuzhou sur https://www.fuzhou.gov.cn/zgfzzt/zjrc/mdfc/lswh/202210/t20221026_4457437.htm — ce 粿 ne peut donc être antérieur à la fin des Ming, quelle que soit l'ancienneté du mot 粿 lui-même.
La garniture, elle, varie d'une échoppe à l'autre : ciboulette chinoise dans les versions les plus répandues, taro écrasé ou haricot mungo ailleurs, et aucune source institutionnelle consultée n'en fixe une comme canonique.
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Mettre l'amidon et le sel dans un grand bol et verser l'eau bouillante d'un seul mouvement, en remuant immédiatement à la spatule. La masse blanchit, devient translucide par plaques et se transforme en une pâte collante et brûlante. Ajouter l'huile et continuer de travailler à la spatule jusqu'à ce que l'ensemble soit homogène. La pâte doit rester très chaude pendant toute cette phase.
Le pourquoiL'amidon de patate douce gélatinise autour de soixante-dix degrés en absorbant l'eau et en formant un gel cohésif ; c'est ce gel, et non un réseau de gluten, qui rend la pâte travaillable.
Dès que la pâte est manipulable, la pétrir sur un plan de travail huilé, avec des mains huilées, pendant cinq bonnes minutes. Elle passe d'une masse informe à une boule lisse, souple et légèrement élastique. Le travail doit se faire vite : chaque minute de refroidissement rend la pâte plus cassante et moins docile. La garder sous un bol chaud entre deux manipulations.
Le pourquoiLe pétrissage à chaud homogénéise le réseau d'amidon gélatinisé et incorpore l'huile, qui joue le rôle de plastifiant et retarde la rétrogradation.
Ciseler finement la ciboulette chinoise, la mêler aux crevettes séchées et aux dés de champignon, ajouter la sauce de poisson et le poivre blanc. Ne saler qu'au moment de garnir, jamais avant : le sel fait rendre son eau à la ciboulette en quelques minutes et la farce devient une soupe qui percera la pâte. C'est l'erreur la plus fréquente sur ce plat.
Le pourquoiLe sel provoque une plasmolyse rapide des cellules végétales et libère leur eau ; une farce salée dix minutes avant le façonnage contient déjà plusieurs cuillerées de liquide.
Prélever des boules de pâte de la taille d'une noix et les aplatir à la main huilée ou au fond d'un bol huilé, en disques fins d'environ deux millimètres. Déposer une cuillerée de farce au centre et refermer en demi-lune, en pinçant fermement les bords. La pâte se soude d'elle-même par simple pression quand elle est encore tiède ; refroidie, il faut mouiller les bords.
Le pourquoiUne pâte d'amidon tiède reste plastique et se soude par adhésion de surface ; en refroidissant elle rétrograde, perd sa plasticité et n'adhère plus à elle-même.
Disposer les chaussons espacés dans un panier de bambou chemisé et cuire à la vapeur vive une dizaine de minutes. La pâte devient franchement translucide et l'on distingue le vert de la ciboulette au travers. Laisser reposer deux minutes hors du feu avant de manipuler : à la sortie du panier, la pâte est extrêmement molle et se déchire au moindre geste.
Le pourquoiLa vapeur achève la gélatinisation de l'amidon jusqu'au cœur de la pâte, ce qui la rend translucide et lui donne le mordant élastique attendu.
Chauffer une poêle plate avec un bon filet d'huile et y poser les chaussons refroidis quelques minutes. Les laisser prendre couleur trois à quatre minutes par face, sans les bouger, jusqu'à une croûte dorée et croustillante. C'est ce double passage — vapeur puis poêle — qui donne le contraste de textures recherché : croustillant dehors, souple et élastique dedans.
Le pourquoiLa chaleur sèche de la poêle déshydrate la couche superficielle du gel d'amidon et la vitrifie, ce que la vapeur ne peut pas faire puisqu'elle sature l'atmosphère en eau.
Servir les chaussons dès la sortie de la poêle, face dorée vers le haut, avec la sauce pimentée du Chaoshan ou la sauce de prune à part. Ils se mangent à la main ou à la baguette, en une ou deux bouchées, et ne supportent pas l'attente : la croûte se ramollit en quelques minutes sous l'humidité de la pâte. Aux étals de Chaozhou, ils se poêlent à la commande pour cette raison précise.
Le pourquoiL'eau contenue dans la pâte migre vers la croûte déshydratée par gradient d'humidité et la ramollit ; c'est un processus rapide et inéluctable.
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Sourcer ou se taire
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