Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Chine · Asie
Sept opérations et pas une de moins : un bœuf qu'on sèche, qu'on frit, qu'on braise et qu'on met sous huile — noir, brillant, souple sous la dent et parfumé pour des semaines
Les préparations de viande séchée déjà présentes dans cet atlas — le yak du Tibet, le boudin de cheval de l'Ili, le bœuf séché au vent de la steppe — sont des séchages purs, sans cuisson humide : la viande est déshydratée et elle reste sèche.
Ici, le séchage n'est qu'une étape intermédiaire dans une séquence de sept opérations que les descriptions locales énumèrent invariablement : parage et tranchage, marinade, séchage ou étuvage, friture, braisage-mijotage, refroidissement, mise sous huile aromatique.
Le séchage raffermit et concentre, la friture scelle, et c'est le long braisage qui réhydrate partiellement la viande en la chargeant d'aromates.
Le résultat n'est ni cassant comme une viande séchée, ni fondant comme un braisé : il est souple, élastique, dense, et se mâche longuement.
Supprimer une opération donne autre chose — sans séchage un braisé ordinaire, sans braisage une viande séchée épicée.
Deuxième point, le sens de la coupe : la viande se tranche DANS le sens des fibres et non en travers, ce qui est l'inverse de ce qu'on enseigne pour un bœuf tendre.
C'est délibéré — c'est ce qui donne au produit fini sa mâche caractéristique, et une coupe en travers donnerait une viande qui se délite pendant le braisage.
Troisième point, l'ancienneté revendiquée : les présentations locales font remonter la préparation aux Song du Sud et sa diffusion aux Qing.
Aucune des sources consultées ne produit le texte qui appuierait la datation Song ; elle est donc rapportée et non établie, et la seule chose qu'on puisse affirmer est qu'il s'agit d'une conserve de viande ancienne dans une région chaude où la conservation était un problème réel.
Enfin le statut : la presse et le portail municipal de Yulin donnent la préparation inscrite au patrimoine culturel immatériel de la région autonome.
Le portail ne répondant dans aucun des trois modes testés depuis l'étranger, et l'énumération des 4 234 projets du registre national ne contenant rien à ce nom, l'inscription régionale est écrite comme rapportée.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Parer la viande de tout nerf et de toute peau argentée, puis la détailler en tranches ou en lanières épaisses en suivant le sens des fibres. C'est l'inverse de ce qu'on enseigne pour un bœuf destiné à être tendre, et c'est délibéré : le grain long donne au produit fini sa mâche élastique, et il empêche la viande de se déliter pendant les trois heures de braisage qui viendront. Détailler des morceaux de calibre voisin, faute de quoi le séchage puis le braisage donneront des textures inégales dans un même bocal.
Le pourquoiTrancher parallèlement aux faisceaux musculaires conserve leur longueur et leur cohésion, ce qui donne une résistance à la mastication et une tenue en cuisson longue.
Mélanger la viande avec les deux sauces soja, le sucre roux, le vin de riz jaune, le sel, le gingembre, l'ail et la ciboule, malaxer longuement à la main puis laisser reposer au frais plusieurs heures, idéalement une nuit. La viande fonce, raffermit et se charge en sel. Cette marinade est aussi la première barrière de conservation d'un produit destiné à se garder plusieurs semaines.
Le pourquoiLe sel provoque la solubilisation des protéines de surface, ce qui améliore la rétention d'eau au braisage et donne au produit fini son moelleux malgré le séchage préalable.
Égoutter la viande et la faire sécher — au four très doux, à l'étuve ou suspendue dans un courant d'air frais — jusqu'à ce qu'elle soit sèche en surface et encore souple au cœur. C'est le point d'équilibre le plus délicat du procédé : trop peu séchée, la viande ne concentre rien ; trop séchée, elle ne se réhydratera jamais au braisage et restera dure sous la dent quelle que soit la durée de cuisson. Retourner les morceaux à mi-séchage pour que les deux faces perdent leur eau au même rythme.
Le pourquoiLa déshydratation partielle concentre les composés sapides et rigidifie le réseau protéique en surface, ce qui limitera la perte de jus pendant la friture puis le braisage.
Chauffer l'huile d'arachide et y plonger les morceaux séchés par petites quantités, à l'écumoire, jusqu'à ce qu'ils foncent et se raffermissent nettement. La viande contient encore de l'eau et projette à la mise en huile : descendre les morceaux, ne jamais les jeter. Égoutter. Cette friture scelle la surface et développe les composés grillés que le braisage seul ne produirait pas.
Le pourquoiLa réaction de Maillard sur une surface déjà déshydratée est extrêmement rapide et génère les pyrazines et furanes qui donnent au produit fini sa profondeur torréfiée.
Réunir dans une marmite l'eau et le bouquet d'épices — anis étoilé, cannelle, laurier chinois, girofle, fenouil, cardamome noire, écorce d'agrume — porter à ébullition puis laisser infuser avant d'y plonger la viande frite. Braiser à frémissement pendant deux à trois heures, jusqu'à ce que le liquide soit presque entièrement absorbé. C'est ici que le produit se fait : la viande se recharge en eau aromatisée et retrouve sa souplesse.
Le pourquoiLa réhydratation par un liquide chargé d'huiles essentielles fait pénétrer les aromates jusqu'au cœur des fibres, ce qu'aucune marinade de surface ne permet.
Couper le feu et laisser la viande refroidir entièrement dans le fond de jus, sans la sortir. Pendant ce refroidissement, la texture se fixe et le peu de liquide restant achève de pénétrer. Sortie chaude, la viande est molle et fade en surface ; refroidie dans son jus, elle devient dense, brillante et souple, ce qui est exactement l'objectif.
Le pourquoiEn refroidissant, la gélatine et les sucres du jus se concentrent en surface et forment une pellicule qui fixe l'humidité résiduelle dans les fibres.
Ranger la viande refroidie dans un bocal propre et sec et la couvrir entièrement d'huile aromatique refroidie, jusqu'à immersion complète. Parsemer de sésame grillé au service. L'huile n'est pas décorative : c'est elle qui isole la viande de l'air et permet une conservation de plusieurs semaines au frais. Un morceau qui affleure sèche, s'oxyde et rancit, et il entraîne le reste du bocal.
Le pourquoiLa couche d'huile constitue une barrière à l'oxygène qui bloque l'oxydation des lipides, principale cause de rancissement des viandes de conserve.
Sortir les morceaux, les égoutter et les trancher très finement, en biais, avant de les dresser en entrée froide ou de les servir tels quels à grignoter. La finesse de la tranche compte : trop épaisse, la mâche devient laborieuse ; taillée fin et en biais, la viande est souple et longue en bouche. Parsemer de sésame grillé.
Le pourquoiLa coupe en biais raccourcit les fibres perçues sous la dent sans les trancher franchement, ce qui rend la mâche agréable tout en conservant la texture élastique recherchée.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.