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Atlas Culinaire · Togo · Afrique
Les petites galettes blanches cuites à la vapeur, à peine sucrées, qu'on mange à la main avec une sauce moyo et du poisson frit. Même pâte-mère que l'akoumé — le mawè — mais réglée MOINS acide : c'est tout le secret. Et la petite bouillie du début n'est pas un caprice, c'est un dosage de gélatinisation que la science a chiffré.
Sur les trottoirs de Lomé comme de Cotonou, on les vend empilées sous un linge, tièdes, dans leurs feuilles : des galettes blanches et dodues, à peine sucrées, qu'on ouvre du bout des doigts et qu'on trempe dans une sauce moyo pleine de tomate et d'oignon cru. L'ablo — abolo en Côte d'Ivoire — est un pain, mais un pain qui n'a jamais vu de four : il cuit à la vapeur.
Trois procédés, aucun imposteur.
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Deux tiers de maïs, un tiers de riz : le goût franc de la céréale et le moelleux du riz dans la même galette. C'est le procédé le plus répandu de part et d'autre de la frontière.
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Prélevez environ un cinquième de votre farine et délayez-la dans 20 cl d'eau froide jusqu'à ce qu'il ne reste pas un grain. Portez 20 cl d'eau à frémissement dans une casserole, versez-y ce lait de farine en filet et remuez sans arrêt : en une à deux minutes vous obtenez une bouillie lisse et nappante, à peine épaissie. Retirez du feu et laissez tiédir jusqu'à ce que vous puissiez y tremper le doigt sans sursauter.
Le pourquoiCette bouillie précuite gélatinise une petite part de l'amidon, ce qui donne à la pâte de quoi retenir les bulles de la fermentation. Mais c'est un dosage, pas un principe : une équipe franco-béninoise a mesuré qu'au-delà de 7 à 8 % de gélatinisation, la fluidité de la pâte s'effondre et la galette devient dense. Le geste des vendeuses de Lomé — précuire une petite part, jamais le tout — est exactement le bon réglage. [Dahdouh, Hounsou, Matignon, Ricci, Madodé, Hounhouigan, Akissoé & Mestres, International Journal of Food Science and Technology 56(9), 2021]
Dans un grand saladier, réunissez le reste de la farine de maïs, la farine de riz et la fécule. Ajoutez la bouillie tiédie, le sucre, le sel et la levure délayée dans un peu d'eau tiède, puis versez le reste de l'eau petit à petit en fouettant. Vous cherchez une pâte coulante, du genre pâte à crêpes un peu épaisse : elle doit tomber du fouet en ruban continu, pas en blocs.
Le pourquoiLe maïs donne le goût et la couleur, le riz la tendreté. Le rapport de deux tiers de maïs pour un tiers de riz est celui du procédé le plus répandu, relevé par l'enquête béninoise de référence — ce n'est pas une moyenne inventée entre les recettes, c'est un procédé identifié comme tel. [Dossou, Osseyi, Ahokpe & Odjo, Int. J. Biol. Chem. Sci. 5(3), 2011, p. 953-967]
Couvrez le saladier d'un linge et laissez lever dans un endroit tiède. À la chaleur d'Afrique de l'Ouest, une à deux heures suffisent. Dans une cuisine européenne, comptez plutôt quatre à six heures — près d'un radiateur, au-dessus du réfrigérateur, ou dans le four éteint avec seulement la lumière allumée. La pâte est prête quand sa surface se couvre de bulles et qu'elle a visiblement gonflé.
Le pourquoiLa fermentation n'est pas affaire d'horloge mais de température : les levures travaillent deux fois plus vite quand il fait dix degrés de plus. Les recettes togolaises et béninoises donnent d'ailleurs les deux durées côte à côte, une pour le pays, une pour l'étranger — c'est la même pâte, pas le même climat. [Okedjenou (Togo-Bénin), qui donne explicitement « 1 h en Afrique, 6 h en Europe »]
Si vous avez des feuilles de bananier, passez-les quelques secondes au-dessus d'une flamme ou dans l'eau bouillante : elles verdissent, s'assouplissent et cessent de se déchirer. Découpez-les en carrés d'une quinzaine de centimètres et tapissez-en de petits ramequins ou les alvéoles d'un moule. À défaut de feuilles, des moules en silicone ou des ramequins légèrement huilés font parfaitement l'affaire.
Le pourquoiLe passage à la chaleur assouplit les fibres de la feuille et libère ses composés aromatiques : c'est ce qui donne à l'ablo cette odeur végétale et légèrement thé vert qu'aucun moule ne reproduit. La feuille sert d'abord de contenant, mais elle parfume aussi.
Portez l'eau du couscoussier à pleine ébullition avant d'enfourner quoi que ce soit. Disposez vos ramequins ou vos papillotes dans le panier sans les serrer, couvrez et laissez cuire de douze à vingt minutes selon leur taille. Résistez à l'envie de soulever le couvercle toutes les deux minutes.
Le pourquoiLa vapeur cuit à 100 °C sans jamais dessécher : c'est ce qui donne à l'ablo sa mie humide et sa surface blanche et mate, là où un four formerait une croûte dorée. C'est un pain qui n'a jamais vu de four, et c'est précisément ce qui le définit. [Hongbété, Kindossi & Akissoé, International Journal of Biosciences 11(4), 2017]
Sortez les galettes et laissez-les reposer cinq minutes : à peine tiédies, elles se démoulent toutes seules alors qu'à la sortie elles collent. Ouvrez la feuille, retournez la galette dans la main. Servez avec une sauce moyo — tomate, oignon et piment hachés crus, un peu d'huile, du sel — et du poisson frit ou du poulet braisé. On mange à la main, sans couvert.
Le pourquoiL'amidon fraîchement gélatinisé est encore mou et adhérent ; en tiédissant, il se raffermit juste assez pour que la galette se détache proprement. Cinq minutes suffisent — au-delà, elle sèche.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Le troisième enfant du mawè. Même pâte-mère que l'ablo, mais au lieu d'être cuite à la vapeur en galettes, elle reste une masse semi-gélatinisée qu'on allonge d'eau glacée, de sucre et de lait pour en faire une boisson.
Voir la recette →CousineL'autre grand plat de maïs du sud togolais, mais à l'opposé technique : là où l'ablo lève et cuit à la vapeur, le djenkoumé torréfie sa farine jusqu'à l'odeur de pop-corn avant d'en faire une pâte rouge à l'huile de palme.
Voir la recette →CousineExactement la même pâte-mère, réglée autrement. L'ablo naît du même mawè, mais on le choisit MOINS acide et on le cuit à la vapeur en petits pains levés au lieu de le travailler en pâte ferme. La thèse de Hounhouigan (1994) les range côte à côte parmi les enfants du mawè.
Voir la recette →Le presque-homonyme, et la confusion la plus répandue. Lors de l'Epé-Ekpé, le roi de Glidji émiette en procession de l'« ablofo » : de la farine de maïs pétrie à l'huile de palme, pas une galette vapeur. La racine du mot est peut-être commune ; la filiation n'est pas démontrée, et nous ne l'inventerons pas.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin lointain par la technique, sans aucune filiation revendiquée : une pâte de céréale fermentée, versée dans de petites empreintes et cuite à la vapeur jusqu'à devenir un pain blanc et moelleux qu'on trempe dans une sauce. Deux continents ont trouvé le même geste.
Pas encore dans l'AtlasLe faux-ami de la famille. Lui aussi est un maïs fermenté cuit enveloppé, mais il part de maïs ENTIER là où le mawè de l'ablo est déshullé — et il est franchement acide, jamais sucré.
Pas encore dans l'AtlasLes autres enfants du même mawè : le massa, petit beignet frit qu'on prend au petit-déjeuner, et le yèkè-yèkè, un couscous de maïs cuit lui aussi à la vapeur. Une seule pâte-mère, toute une famille de plats.
Pas encore dans l'AtlasLa compagne obligée. Tomate, oignon et piment hachés crus, à peine liés d'huile : c'est la fraîcheur acide qui réveille la douceur de la galette. Ablo sans moyo, repas incomplet.
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