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Atlas Culinaire · Pérou · Arequipa & el Sur andin
Le plat du vendredi arequipeño : une crevette de rivière qui n'existe qu'ici, et que la loi interdit de pêcher trois mois par an
Arequipa est à cent vingt kilomètres de la mer, et son plat emblématique est une soupe de crustacés. La contradiction n'en est pas une : le camarón du chupe ne vient pas de l'océan mais des rivières qui descendent des volcans, l'Ocoña, le Majes-Camaná, le Tambo.
LE LAIT NE DOIT JAMAIS BOUILLIR.
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Détachez les têtes des camarones et mettez-les de côté. Décortiquez les queues, gardez les carapaces avec les têtes. Ouvrez maintenant les têtes une à une au-dessus d'un bol : vous y trouverez une matière orange, crémeuse, presque grasse. C'est le coral. Récoltez-le à la petite cuillère, écrasez-le à la fourchette avec une pincée de sel et réservez-le à part. Il ne rejoindra la soupe qu'à la fin.
Le pourquoiLe coral est le foie et les œufs de l'animal : c'est là que se trouvent la couleur orange du bouillon et l'essentiel du goût iodé. Jeter les têtes, c'est jeter le plat et ne garder que sa garniture. [Arona, en 1883, place le chupe aux camarones tout en haut de la hiérarchie des chupes, avec le lait, le fromage, les œufs, l'ají et la tomate : le crustacé entier, tête comprise, est le cœur de la version monumentale.]
Faites chauffer une cuillerée d'huile dans une grande marmite et jetez-y les têtes et les carapaces. Écrasez-les avec le fond d'une louche en les faisant revenir cinq minutes : elles vont rougir et embaumer. Couvrez de l'eau froide, portez à frémissement et laissez cuire vingt-cinq minutes sans jamais bouillir à gros bouillons. Filtrez au chinois en pressant fort, et gardez ce fumet au chaud.
Le pourquoiPresque tout le goût du crustacé est dans la carapace, pas dans la chair. Les faire revenir avant de mouiller déclenche la réaction qui donne au bouillon sa profondeur ; l'eau froide, elle, extrait mieux que l'eau chaude. [APEGA recommande de peler les camarones et de réserver têtes et carapaces pour préparer un bouillon maison, qui sert de base à la soupe.]
Dans la marmite rincée, chauffez le reste de l'huile et faites fondre l'oignon à feu moyen pendant huit minutes, jusqu'à ce qu'il devienne translucide. Ajoutez l'ail, puis l'ají panca, et laissez cuire cinq minutes en remuant : la pâte fonce et l'huile rougit sur les bords. Ajoutez enfin les tomates concassées et l'origan frotté entre les paumes, et laissez compoter cinq minutes de plus, jusqu'à ce que la tomate se défasse.
Le pourquoiC'est la base rouge sur laquelle tout le chupe est construit. Sans ce temps de cuisson, l'ají garde un goût cru de poivron vert qui reste perceptible sous le lait jusqu'à la fin. [L'ají et la tomate figurent tous deux dans la liste que donne Arona en 1883 pour le chupe le plus complet.]
Versez le fumet chaud sur l'aderezo et portez à frémissement. Ajoutez les pommes de terre en gros quartiers et les rondelles de maïs, puis laissez cuire quinze minutes. Ajoutez ensuite la courge, les fèves et le riz, et poursuivez dix minutes. Salez modérément, poivrez.
Le pourquoiL'ordre suit les temps de cuisson : la pomme de terre et le maïs tiennent longtemps, la courge se défait vite et va épaissir naturellement le bouillon. C'est elle, et non la farine, qui donne au chupe son onctuosité. [La recette d'antan recueillie par le Diario Correo auprès de la picantería arequipeña La Capitana associe aux camarones les fèves, la pomme de terre, le maïs et le chou dans le bouillon.]
Jetez le chou émincé et laissez-le trois minutes. Puis, seulement maintenant, plongez les queues de camarones décortiquées et les camarones entiers réservés. Comptez deux à trois minutes, pas une de plus : dès qu'ils virent au rose corail et se recroquevillent, ils sont cuits.
Le pourquoiLa chair du camarón de río est ferme mais fragile : quelques minutes de trop et elle devient caoutchouteuse, sèche, impossible à rattraper. Tout le reste du plat peut attendre, pas lui. [Le Diario Correo décrit le geste inverse dans la version de La Capitana, où les camarones passent d'abord rapidement à la poêle avec ail et ají avant d'être versés dans le bouillon.]
Baissez le feu au minimum, jusqu'à ce que la surface ne fasse plus que trembler. Délayez d'abord le coral réservé dans une louche de bouillon chaud, puis reversez-le dans la marmite. Versez ensuite le lait en filet, en remuant doucement, puis jetez les cubes de fromage frais. À partir de cet instant, la soupe ne doit plus jamais reprendre l'ébullition.
Le pourquoiLe bouillon est salé, acidulé par la tomate et chargé de sels de crustacé : trois conditions qui font cailler les protéines du lait dès qu'il bout. Le lait à peine chaud reste lié et donne la robe rose pâle caractéristique. [Fuentes décrivait déjà le chupe limeño de 1866 comme des pommes de terre cuites dans du lait avec du fromage, et Arona range en 1883 le lait et le fromage parmi les marques du chupe le plus complet.]
Cassez les œufs un par un et faites-les glisser à la surface de la soupe frémissante, bien espacés. Ne remuez plus. Couvrez et laissez pocher quatre minutes : le blanc prend, le jaune reste coulant. Chaque assiette recevra son œuf.
Le pourquoiL'œuf poché dans le bouillon lui-même n'est pas une garniture décorative : le jaune qu'on crève dans l'assiette enrichit la soupe une seconde fois, à la cuillère, et fait la différence entre un chupe et une soupe de poisson. [Les œufs figurent dans l'énumération d'Arona de 1883 pour le chupe le plus complet, aux côtés des camarones, du lait et du fromage.]
Effeuillez la branche de huacatay et hachez-la grossièrement. Jetez-la dans la soupe, couvrez, coupez le feu et laissez infuser trois minutes. Goûtez et rectifiez le sel pour la dernière fois.
Le pourquoiLe huacatay est une herbe volatile : cuite, elle tourne à l'amer et perd son parfum. Infusée hors du feu, elle donne cette note résineuse et citronnée qu'aucun autre aromate ne remplace. [Arona identifie le huacatay comme Tagetes minuta et précise qu'on l'emploie comme condiment « particulièrement dans le chupe » ; la presse arequipeña l'appelle la véritable herbe des vendredis.]
Servez immédiatement dans de grandes assiettes creuses, en veillant à donner à chacun un œuf, un morceau de fromage, une pomme de terre, une rondelle de maïs, et sa part de camarones. Posez un camarón entier en couronne sur le dessus. À côté, une soucoupe de rocoto haché pour ceux qui veulent relever, et une chicha bien fraîche.
Le pourquoiLe chupe se mange brûlant, et le service est une répartition : chaque assiette doit contenir un échantillon de tout, sinon le convive servi en dernier n'aura que du bouillon et des pommes de terre. [La picantería, cadre de ce plat, a été déclarée Patrimoine culturel de la Nation par le ministère de la Culture le 16 avril 2014, à la demande de la Sociedad Picantera de Arequipa.]
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Deux piliers de la même maison. Ce n'est pas le rocoto relleno ni le chupe que le ministère de la Culture a déclarés patrimoine, c'est la picantería arequipeña elle-même, le 16 avril 2014, à la demande de la Sociedad Picantera de Arequipa. Les deux plats sont des pièces de cette institution : le chupe ouvre le déjeuner, le rocoto est le picante qui suit.
Voir la recette →CousineIls se partagent la semaine. Le calendrier des picanterías arequipeñas attribue à chaque jour sa soupe : le chairo tombe le mardi, le chupe le vendredi. L'un est une soupe de chuño et de viande, roborative et andine, l'autre une soupe maigre de rivière au lait et au fromage. Le vendredi sans viande est un héritage du jour maigre catholique.
Voir la recette →CousineLe chaud et le froid de la même table arequipeña. Le solterito est la salade fraîche de fèves, de maïs, d'olive et de fromage qu'on sert dans les picanterías ; le chupe est la soupe brûlante qui ouvre le repas. Ils partagent presque le même panier, les fèves, le maïs, le fromage frais, traités à l'opposé.
Voir la recette →CousineLa soupe de la mer contre la soupe de la rivière. La parihuela des ports concentre poissons et coquillages du Pacifique dans un bouillon rouge et acide, sans une goutte de lait ; le chupe arequipeño, à cent vingt kilomètres des côtes, prend une crevette d'eau douce et l'adoucit au lait et au fromage. Deux réponses péruviennes au même besoin de soupe fortifiante.
Voir la recette →CousineRagoûts de la mer de la côte péruvienne : le sudado, poisson étuvé dans un bouillon d'ají, tomate et chicha, côtoie le chupe de camarones, soupe crémeuse de crevettes d'Arequipa.
Voir la recette →La boisson obligée du chupe. La Sociedad Picantera de Arequipa fait de la chicha de güiñapo, tirée du maïs noir germé et moulu, l'un des quatre traits qui définissent une picantería : sans elle, l'établissement n'en est pas une. Cinq jours de fermentation en conditions normales, accélérés à un jour dans les maisons.
Pas encore dans l'AtlasLe chupe du calendrier. Chaque vendredi, les picanterías arequipeñas servent un chupe sans viande, héritage du jour maigre catholique, généralement au poisson quand le camarón est en veda. La Sociedad Picantera range d'ailleurs le chupe de camarones parmi les préparations servies à la demande, et non parmi les plats du calendrier : le vendredi est le jour du chupe, le camarón en est la version reine.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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