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Atlas Culinaire · Espagne · Castille-La Manche & Madrid
Le desayuno-emblĂšme de Madrid : bĂątons de pĂąte Ă©chaudĂ©e (farine, eau bouillante, sel â jamais d'Ćuf), cannelĂ©s et frits, saupoudrĂ©s de sucre, que l'on plonge dans un chocolate a la taza Ă©pais comme une crĂšme. Rituel de jour comme de nuit Ă la ChocolaterĂa San GinĂ©s (churrerĂa depuis 1894).
Un bùton cannelé, doré, encore brûlant, qu'on saisit par un bout et qu'on plonge à mi-hauteur dans un chocolat si épais qu'il tient à la cuillÚre : le desayuno le plus célÚbre d'Espagne tient tout entier dans ce geste.
EAU BOUILLANTE, PAS D'ĆUF.
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Fin et dense : farine, eau bouillante, sel, échaudés et frits en lazo. Croustillant et sobre.
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Portez 250 ml d'eau Ă Ă©bullition avec 5 g de sel (et, si vous voulez, un filet d'huile d'olive). Hors du feu, versez 250 g de farine d'un coup et travaillez vigoureusement Ă la cuillĂšre en bois jusqu'Ă une pĂąte lisse, homogĂšne, qui se dĂ©tache des parois. Laissez tiĂ©dir 5 minutes, puis transvasez dans une poche munie d'une douille Ă©toilĂ©e large (8-10 mm). Rien d'autre : ni Ćuf, ni sucre, ni levure.
Le pourquoiL'eau bouillante Ă©chaude la farine et gĂ©latinise une partie de l'amidon avant la friture (masa escaldada) : la pĂąte devient Ă©lastique, elle gonfle et croustille au lieu de se dĂ©liter. [Recettes traditionnelles espagnoles (masa escaldada, sans Ćuf) ; El Amasadero ; Directo al Paladar.]
Chauffez un bain d'huile (tournesol, ou olive douce) Ă 180-190 °C dans une poĂȘle profonde. Pressez la pĂąte au-dessus de l'huile en bĂątons de 15-20 cm, coupez au ciseau. Faites frire 2-3 minutes en les retournant, jusqu'Ă ce qu'ils soient dorĂ©s et croustillants. Ăgouttez sur papier absorbant et saupoudrez de sucre aussitĂŽt.
Le pourquoiĂ 180-190 °C, l'extĂ©rieur se dessĂšche et dore vite (croĂ»te croustillante) pendant que la vapeur cuit l'intĂ©rieur ; trop froide, l'huile pĂ©nĂštre et le churro devient gras. [ChurrerĂas espagnoles (friture tournesol/olive) ; science de la friture (McGee).]
Le chocolat espagnol n'est pas une boisson, c'est presque une crÚme. Chauffez 500 ml de lait entier ; délayez 15 g de Maïzena dans un peu de lait froid. Hors du feu, ajoutez 200 g de chocolat noir 70 % haché et 60 g de sucre, puis la Maïzena délayée. Remettez à feu doux et fouettez 5-7 minutes jusqu'à ce que le chocolat nappe la cuillÚre et tienne.
Le pourquoiLa fécule de maïs épaissit le chocolat sans le rendre farineux : c'est ce qui distingue le chocolate a la taza du chocolat chaud liquide français ou belge. [Tradition madrilÚne du chocolate a la taza (San Ginés, Valor).]
Servez le chocolat dans une tasse profonde. Saisissez le churro (ou le tronçon de porra) par un bout, plongez-le à mi-hauteur dans le chocolat brûlant, laissez l'excédent s'égoutter une seconde, et croquez le bout enrobé. Le craquant de la croûte cannelée puis la crÚme chaude du chocolat : c'est là tout le desayuno espagnol. On enchaßne, tant que c'est chaud.
Le pourquoiLe contraste fait le plaisir : croûte croustillante et à peine sucrée contre chocolat épais, chaud et amer. TiÚde, l'accord retombe. [Usage espagnol (San Ginés ; desayuno et merienda).]
Ă Madrid, calle del Arenal, la ChocolaterĂa San GinĂ©s (mesĂłn en 1890, churrerĂa en 1894) sert churros et chocolat sans jamais fermer â noctambules, familles, voyageurs. De lĂ , le churro a conquis le monde ; mais mĂ©fiez-vous des imitations. Le churro de foire, amĂ©ricain ou mexicain â roulĂ© dans le sucre-cannelle, fourrĂ© de dulce de leche, noyĂ© de caramel â n'est pas l'espagnol, nu et Ă peine sucrĂ©, qui ne compte que sur son chocolat.
Le pourquoiLa version internationale sucrĂ©e-cannelle est une adaptation ; l'identitĂ© espagnole tient Ă la sobriĂ©tĂ© du churro et Ă l'Ă©paisseur du chocolat. [ChocolaterĂa San GinĂ©s (historia) ; Revive Madrid ; sources espagnoles sur la diaspora du churro.]
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
L'ancĂȘtre prĂ©sumĂ©. Le youtiao chinois â long beignet salĂ© Ă©tirĂ© et frit, trempĂ© dans le lait de soja au petit-dĂ©jeuner â est le candidat de la thĂšse la plus rĂ©pandue sur l'origine des churros, que les marchands portugais auraient rapportĂ© d'Asie. Rien n'est prouvĂ©, mais la parentĂ© de forme et de geste est troublante.
Voir la recette âCousineLe sfenj maghrĂ©bin, anneau de pĂąte levĂ©e frite vendu au petit matin, appartient Ă la grande famille mĂ©diterranĂ©enne des pĂątes frites de rue â un pont possible entre le monde arabo-andalou et la friture espagnole.
Voir la recette âCousineLes loukoumades grecs, petites boules de pĂąte frite arrosĂ©es de miel, descendent des beignets frits de l'AntiquitĂ© â cousins lointains du churro dans la mĂȘme tradition de la pĂąte plongĂ©e dans l'huile bouillante.
Voir la recette âCousineLes picarones, anneaux de pĂąte de courge et patate douce frits puis nappĂ©s de sirop, sont l'hĂ©ritage andin de la friture espagnole apportĂ©e par la colonisation : le churro passĂ© de l'autre cĂŽtĂ© de l'Atlantique et crĂ©olisĂ©.
Voir la recette âLa grande adaptation d'outre-Atlantique : le churro mexicain, roulĂ© dans le sucre Ă la cannelle et souvent fourrĂ© de dulce de leche, de chocolat ou de cajeta. Devenu la version « de foire » mondiale â savoureuse, mais aux antipodes du churro espagnol nu trempĂ© dans son chocolat.
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