Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · France · Bourgogne
Le braisé bourguignon par excellence : un vieux coq fondu dans le Pinot noir, lardons, champignons et petits oignons glacés, sa sauce liée au sang comme les civets d'autrefois.
Le coq au vin est le plus universel des braisĂ©s français â et l'un des plus mal datĂ©s. On le dit volontiers mĂ©diĂ©val, nĂ© dans les fermes de Bourgogne oĂč l'on noyait les vieux coqs de basse-cour dans le vin pour attendrir leur chair coriace. La technique, elle, est bien ancienne : elle descend des civets du Moyen Ăge et des daubes. Mais le plat tel qu'on le nomme est Ă©tonnamment jeune.
Trois querelles couvent sous la sauce.
⊠Choisissez votre Ă©cole âŠ
Le braisé rubis classique : coq mariné au Pinot noir, lardons, champignons et petits oignons glacés, sauce liée au sang comme les civets d'autrefois.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
DĂ©coupez le coq en huit morceaux : deux cuisses partagĂ©es en pilon et haut-de-cuisse, deux ailes prolongĂ©es d'un morceau de blanc, et le coffre coupĂ© en deux. RĂ©servez le cou et les abattis pour le bouillon et â si vous avez la chance d'un vrai coq â le foie et le sang, qui feront la liaison la plus noble. Ăpongez soigneusement chaque morceau : une chair humide ne dore pas, elle bout.
Le pourquoiUne dĂ©coupe rĂ©guliĂšre fait cuire tous les morceaux Ă la mĂȘme vitesse ; trop gros, ils restent crus au cĆur quand les petits se dessĂšchent.
La veille, rangez les morceaux dans un grand saladier avec deux carottes en rondelles, un oignon émincé, deux gousses d'ail écrasées et le bouquet garni. Couvrez d'une bouteille entiÚre de bon Bourgogne rouge, ajoutez quelques baies de geniÚvre et un clou de girofle, filmez et laissez dormir une nuit au frais. Le lendemain, séparez la viande, les légumes et le vin : chacun aura son rÎle.
Le pourquoiLa marinade n'attendrit pas â le vin ne pĂ©nĂštre qu'un ou deux millimĂštres (McGee, HervĂ© This). Elle parfume la surface et la teinte de pourpre ; c'est la cuisson longue, pas l'acide, qui rendra le coq fondant.
Dans une cocotte en fonte, faites fondre les lardons jusqu'Ă ce qu'ils dorent, puis rĂ©servez-les. Dans la mĂȘme graisse parfumĂ©e, saisissez les morceaux de coq Ă©pongĂ©s Ă feu vif, sans surcharger, jusqu'Ă une belle croĂ»te ambrĂ©e sur toutes les faces. Versez alors le cognac (ou le marc de Bourgogne), inclinez la cocotte et flambez : laissez danser la flamme jusqu'Ă ce qu'elle s'Ă©teigne d'elle-mĂȘme.
Le pourquoiSaisir ne « scelle » rien â c'est un mythe (McGee) : on dore pour la rĂ©action de Maillard, qui crĂ©e des centaines de molĂ©cules grillĂ©es et le fond brun qui colorera la sauce. Le flambage brĂ»le l'alcool cru et laisse les arĂŽmes du distillat.
Remettez la volaille et les lardons dans la cocotte, saupoudrez de deux Ă trois cuillĂšres de farine et faites-la « singer » deux minutes en remuant, le temps qu'elle roussisse. Versez le vin rouge de la marinade â filtrĂ© et, idĂ©alement, rĂ©duit de moitiĂ© Ă part pour chasser l'ĂąpretĂ© â, les lĂ©gumes de la marinade, le bouillon, une pointe de concentrĂ© de tomate et le bouquet garni. Portez Ă frĂ©missement, couvrez et braisez doucement : deux heures et demie Ă trois heures pour un coq, une heure et demie pour un poulet.
Le pourquoiLa farine roussie lie la sauce par son amidon ; réduire le vin à part avant de mouiller chasse l'acidité « verte » de l'alcool cru et concentre le fruit. Le frémissement (jamais l'ébullition) fond le collagÚne du vieux coq en gélatine onctueuse ; à gros bouillons, les fibres se contractent et la chair sÚche.
Pendant le braisage, prĂ©parez Ă part les trois compagnons. Faites dorer doucement les oignons grelots dans un peu de beurre avec une pincĂ©e de sucre, jusqu'Ă ce qu'ils soient glacĂ©s et brillants. Dans la mĂȘme poĂȘle, sautez les champignons de Paris Ă feu vif pour qu'ils dorent sans rendre d'eau. Gardez les lardons dĂ©jĂ rissolĂ©s : on ne les ajoutera qu'en fin de course, pour qu'ils tiennent.
Le pourquoiCuits à part, oignons et champignons gardent leur forme et leur goût propre ; jetés crus dans la sauce, ils la dilueraient de leur eau et se fondraient en bouillie.
Retirez la volaille et tenez-la au chaud. Passez la sauce au chinois en pressant les lĂ©gumes, puis faites-la rĂ©duire jusqu'Ă ce qu'elle nappe la cuillĂšre. Pour la liaison la plus noble â celle des civets d'autrefois â, fouettez le sang rĂ©servĂ© avec son filet de vinaigre, dĂ©tendez-le d'une louche de sauce chaude, puis reversez le tout hors du feu en remuant : la sauce Ă©paissit et prend un velours sombre. Ă dĂ©faut de sang, montez-la au beurre maniĂ©. Remettez la volaille et les garnitures pour les rĂ©chauffer en douceur.
Le pourquoiLe sang lie par coagulation de son albumine, exactement comme un jaune d'Ćuf ; mais au-delĂ de 75 °C il caille en grains. D'oĂč la rĂšgle d'or : hors du feu, jamais rebouillir. Le filet de vinaigre l'empĂȘche de coaguler trop tĂŽt.
Servez de prĂ©fĂ©rence dans la cocotte, Ă table, couvercle soulevĂ© devant les convives : la vapeur parfumĂ©e qui s'en Ă©chappe vaut tous les discours. Disposez les morceaux nappĂ©s de sauce, parsemez des lardons, des champignons et des grelots, et d'un peu de persil plat ciselĂ©. Accompagnez de pommes vapeur, de tagliatelles fraĂźches ou â pour l'Ă©cole blanche â de spĂ€tzle.
Le pourquoiLe service en cocotte garde le plat brûlant jusqu'à la derniÚre bouchée et concentre le théùtre des arÎmes au moment de l'ouverture.
Si vous le pouvez, faites le coq au vin la veille. Laissez-le refroidir, passez la nuit au frais, et réchauffez-le le lendemain à tout petit feu. Les saveurs se sont mariées, la sauce a gagné en profondeur, et le plat révÚle enfin tout ce qu'il a dans le ventre.
Le pourquoiUne nuit de repos prolonge la diffusion des arÎmes et la prise de la gélatine ; comme le bourguignon et la daube, le coq au vin est de ces plats meilleurs réchauffés.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
La mĂȘme sauce bourguignonne â la meurette â ici nappant des Ćufs pochĂ©s au lieu de la volaille. NĂ©e de la rĂ©cupĂ©ration de la sauce du braisĂ©.
Voir la recette âCousineLe cousin gibier par la liaison au sang : un civet, sauce au vin rouge terminĂ©e au sang de l'animal pour l'onctuositĂ© et la couleur sombre.
Voir la recette âCousineLe salmis, cousin de gibier : volaille ou palombe d'abord rĂŽtie, puis finie en sauce au vin â autre façon de marier chair et vin.
Voir la recette âCousineLe contraste : la volaille bouillie au bouillon, pas braisĂ©e au vin. Deux emblĂšmes parallĂšles â le pot d'Henri IV face Ă la cocotte rubis.
Voir la recette âCousineLe parent crĂ©mĂ© du Nord : un ragoĂ»t de volaille liĂ© Ă la crĂšme et aux jaunes, exactement la logique de l'Ă©cole blanche au Riesling.
Voir la recette âCousineLe compagnon bourguignon : la gougĂšre au comtĂ© qu'on grignote Ă l'apĂ©ritif, en attendant que le coq finisse de mijoter.
Voir la recette âCousinele coq au vin du poisson
Voir la recette âCousineLa version volaille du bourguignon. Technique quasi identique â braisage au vin rouge, lardons, champignons, petits oignons â appliquĂ©e au coq plutĂŽt qu'au bĆuf. Les deux plats sont deux dĂ©clinaisons d'un mĂȘme apprĂȘt « Ă la bourguignonne ».
Voir la recette âCousineLa mĂȘme grammaire â chair marinĂ©e puis braisĂ©e longuement au vin â appliquĂ©e Ă la volaille plutĂŽt qu'au bĆuf, et au Pinot bourguignon plutĂŽt qu'au rouge solaire de Provence.
Voir la recette âAu pays minier, le vin cĂšde la place Ă la biĂšre ambrĂ©e et au pain d'Ă©pices, aprĂšs une marinade de 24 heures â le coq au vin des corons.
Pas encore dans l'AtlasLa version auvergnate au gamay du cru Chanturgue (6 ha prĂšs de Clermont), liĂ©e au sang et relevĂ©e d'un verre de marc â c'est elle qui porte la lĂ©gende gauloise du plat.
Pas encore dans l'AtlasLa cousine jurassienne : un coq de Bresse braisĂ© au vin jaune de Savagnin, crĂšme crue et morilles â l'oxydation du vin jaune signe le goĂ»t de noix.
Pas encore dans l'AtlasLe sautĂ© de volaille « du chasseur » : vin blanc, tomate, champignons des bois et estragon â la version rapide, sans braisage long.
Pas encore dans l'AtlasEn 1903, dans Le Guide Culinaire, Escoffier pose la rĂšgle sans ambiguĂŻtĂ© : « La recette du coq au vin exige impĂ©rativement un vieux coq de basse-cour, dont les muscles durcis par l'exercice livreront au vin leur plus prĂ©cieuse substance. » Escoffier ne cuisinait pas pour des convives pressĂ©s. Dans sa brigade du Savoy et du Ritz, le coq marinait 36 heures et braisait 4 heures. Ce qu'il dĂ©crit n'est pas une recette rustique amĂ©liorĂ©e â c'est une technique de transformation : transformer la rĂ©sistance d'un vieux coq en onctuositĂ© de grand restaurant.
Curnonsky â nĂ© Maurice Sailland, Ă©lu « prince des gastronomes » par les cuisiniers français en 1927 â considĂ©rait le coq au vin comme « la plus belle preuve que la cuisine de mĂ©nage peut atteindre Ă la grandeur ». Dans Cuisine et Vins de France (1953), il Ă©crit : « Le coq au vin n'a pas d'inventeur. Il est l'Ćuvre d'une civilisation paysanne qui a compris que la patience et le vin pouvaient rendre prĂ©cieux ce que la nature avait fait dur. » Cette formule rĂ©sume en une phrase tout ce qu'il faut savoir sur la gastronomie française.
Quand Julia Child prĂ©sente le coq au vin dans The French Chef en 1963, elle utilise un poulet ordinaire, pas un coq. Elle le sait et le dit : « En France, on utilise un vrai coq. Ici, en AmĂ©rique, on n'en trouve pas. Alors on prend un beau poulet fermier et on fait au mieux. » Ce pragmatisme, assumĂ© et expliquĂ©, est ce qui fait la grandeur de Julia Child : elle ne trahit pas la tradition, elle la rend accessible en nommant ce qu'elle change. Mastering the Art of French Cooking (1961) introduit la recette en prĂ©cisant que le rĂ©sultat sera excellent â mais diffĂ©rent d'un vrai coq au vin.
Paul Bocuse avait une rĂšgle absolue pour le coq au vin, qu'il rĂ©pĂ©tait Ă ses stagiaires : « Vous cuisinez avec le vin que vous servez Ă table. Si vous ne serviriez pas ce vin Ă un invitĂ©, ne le mettez pas dans la cocotte. » Dans La Cuisine du marchĂ© (1976), il dĂ©veloppe : le vin de cuisson n'est pas une recette, c'est un investissement. Un Bourgogne village de qualitĂ© dans la cocotte donne une sauce honnĂȘte. Un Chambertin donne une sauce noble. Ce n'est pas du snobisme â c'est de la cohĂ©rence.
Sourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.