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Atlas Culinaire · France · Bourgogne
Œufs pochés nappés d'une meurette au vin rouge de Bourgogne, lardons, champignons et oignons grelots sur un croûton à l'ail : le plat de vigneron devenu gloire des bouchons, servi au Clos de Vougeot depuis 1953
Voici un plat dont le nom ment sur ses origines. « Meurette » ne vient ni du vin, ni de la couleur de la mûre : il descend du vieux mot *muire* — l'eau salée, la saumure (du latin *muria*) — qui désignait jadis une sauce de conservation au sel. La première trace écrite, *murrette de poisson*, apparaît près des salines de Salins au début du XVᵉ siècle, et l'on trouve même des « œufs à la murette » dès 1614. Mais attention : c'était alors une sauce de poisson, salée. La meurette au vin rouge que nous aimons, elle, est bien plus tardive.
La vraie ligne de partage, c'est le pochage de l'œuf.
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L'œuf poché à l'eau vinaigrée, blanc nacré resté blanc, puis nappé de meurette.
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Détaillez la poitrine en lardons, blanchissez-les une minute à l'eau bouillante, égouttez puis faites-les rissoler à sec. Réservez. Faites glacer les petits oignons grelots au beurre avec une pincée de sucre, et sautez vivement les champignons de Paris émincés. Réservez le tout : la garniture rejoindra la sauce à la fin.
Le pourquoiCuire chaque élément à part garde à chacun sa texture ; jetés crus dans la sauce, lardons et champignons la délaveraient de leur eau. [Convergence des sources bourguignonnes (Larousse, chefs)]
Dans la même cocotte, faites suer échalotes, oignon et ail. Versez le vin rouge de Bourgogne, ajoutez le bouquet garni et laissez réduire de moitié, voire des trois quarts, à feu doux (avec le fond de veau si vous le choisissez). Liez à votre goût : en fouettant un beurre manié (beurre malaxé avec un peu de farine), ou en montant la sauce au beurre froid hors du feu. Passez au tamis, rectifiez d'une pincée de sucre si le vin reste acide.
Le pourquoiRéduire concentre les arômes, évapore l'alcool et adoucit l'acidité et les tanins du Pinot ; le beurre manié lie sans grumeau et donne le brillant. La meurette ne se lie jamais au sang, à la différence du coq au vin. [CNRTL ; Escoffier, Œufs à la Bourguignonne (1903) ; McGee]
Faites griller ou rissoler au beurre des tranches de pain de campagne, idéalement un peu rassis, puis frottez-les à l'ail cru. C'est le socle de chaque œuf.
Le pourquoiLe pain grillé absorbe la sauce sans se déliter et porte l'œuf ; l'ail cru frotté parfume sans dominer. C'est le canon, de Dijon à Beaune. [meurette.fr ; Bourgogne Tourisme ; CNRTL]
Cassez chaque œuf très frais dans une passoire fine pour éliminer le blanc liquide, puis glissez-le dans une eau frémissante (jamais bouillante, ~82 °C) additionnée de vinaigre, au cœur d'un léger tourbillon. Pochez deux à trois minutes : le blanc prend, le jaune reste coulant. Égouttez sur un linge. Le blanc garde alors un beau blanc nacré, qu'on nappera de sauce.
Le pourquoiL'œuf extra-frais a un blanc épais qui tient ; retirer le blanc liquide (astuce de Kenji López-Alt) donne un pochage net, plus fiable que le seul vinaigre. L'acide accélère la prise mais, seul, peut filamenter le blanc. [J. Kenji López-Alt (Serious Eats) ; Harold McGee, On Food and Cooking p.90]
Réunissez lardons, champignons et grelots dans la sauce meurette et réchauffez doucement. Posez chaque œuf poché sur son croûton à l'ail, nappez généreusement de sauce et répartissez la garniture autour. Parsemez de persil haché.
Le pourquoiOn n'assemble qu'au dernier moment pour que le croûton reste croustillant et l'œuf chaud : la meurette est un plat qui se dresse minute. [Tradition bourguignonne]
Servez aussitôt, avec le vin rouge de Bourgogne qui a servi à la sauce — un Pinot Noir de la Côte, souple et fruité. Le cuisinier et le sommelier ne font ici qu'un.
Le pourquoiLe plat appelle le vin de sa sauce : l'accord est évident, et la tradition vigneronne le veut ainsi. [Chefs bourguignons (J.-M. Lorain) ; BIVB]
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Le cousin dont la meurette est née : la sauce des œufs en meurette EST celle du bœuf bourguignon. « Après la viande et les légumes, que faire de cette sauce si savoureuse ? Y pocher des œufs. »
Voir la recette →CousineLe faux-jumeau aquatique : la pôchouse est « la meurette de poissons » de Saône, mais traditionnellement au vin BLANC (aligoté), là où la meurette des œufs est au rouge. Même geste, autre rivière.
Voir la recette →CousineLa meurette est d'abord une sauce « à tout » : on la sert aussi sur l'andouillette, le museau, la cervelle. La même sauce au vin rouge, posée sur la charcuterie au lieu de l'œuf.
Voir la recette →CousineLe voisin de cave : la gougère, petit chou au comté, est l'amuse-bouche que l'on grignote en Bourgogne autour du même verre de rouge qui sert la meurette.
Voir la recette →CousineLa variante crémée : les « œufs pochés à la crème d'époisses » remplacent la meurette rouge par une sauce au fromage d'Époisses et au vin blanc. Le même œuf poché, une autre robe bourguignonne.
Voir la recette →CousineLa même sauce bourguignonne — la meurette — ici nappant des œufs pochés au lieu de la volaille. Née de la récupération de la sauce du braisé.
Voir la recette →Le plat-parent : la matelote est le ragoût générique de poissons au vin (rouge ou blanc) ; la meurette en est la déclinaison bourguignonne au vin rouge. Toute meurette est une matelote, mais l'inverse est faux.
Pas encore dans l'AtlasLe nom savant du plat : Escoffier code les œufs en meurette sous « Œufs à la Bourguignonne » (n°1323 du Guide Culinaire, 1903) — un litre de vin rouge réduit, garniture bourguignonne, liaison au beurre manié, sur croûton. « En meurette » est le nom régional du même plat.
Pas encore dans l'AtlasLa cousine du Sud : Paul Bocuse signe une version au vin du Beaujolais plutôt qu'au Bourgogne — même œuf poché, même esprit, autre vignoble.
Pas encore dans l'AtlasLe terme « meurette » désigne une sauce bourguignonne au vin rouge avec lardons, champignons et oignons grelots — pas uniquement la préparation aux œufs. On parle d'anguilles en meurette, de carpe en meurette, de lapin en meurette dans les vieux recueils. Les œufs en meurette sont la version la plus économique et la plus populaire de ce fonds de sauce, devenue aujourd'hui la plus connue grâce à son accessibilité.
Auguste Escoffier, qui consacra sa vie à élever la cuisine française au rang des arts, inscrivit les œufs en meurette dans son Guide Culinaire (1903) avec une mention notable : « recette de pays, d'une économie parfaite, mais d'une saveur que bien des apprêts élaborés ne sauraient égaler. » Cette reconnaissance par le chef le plus influent de son époque légitima définitivement un plat qui aurait pu rester cantonné aux auberges de village.
Dans les bouchons bourguignons de Dijon, le pochage des œufs dans le vin est considéré comme un test de compétence. L'eau ne doit pas bouillir — un frémissement à 85°C, jamais davantage. L'œuf doit être cassé à moins de cinq centimètres de la surface. Et le vinaigre ajouté dans le liquide doit être le vinaigre de vin rouge de Bourgogne, pas le vinaigre blanc. Ces trois règles font l'objet d'une transmission orale stricte dans les cuisines des bistrots dijonnais.
Paul Bocuse, lyonnais jusqu'à l'os, servit des œufs en meurette à son auberge de Collonges-au-Mont-d'Or dans les années 1970 comme hommage à la tradition bourguignonne voisine. Il modifia légèrement la recette en remplaçant le vin ordinaire par un Gevrey-Chambertin de village — une dépense jugée excessive par ses pairs lyonnais. Bocuse répondit que « la meurette vaut bien qu'on lui consacre une belle bouteille, c'est elle qui donne tout le plaisir ».
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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