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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
Le poulet du quotidien saint-martinois, mijoté dans les lolos de Grand Case et les cuisines de Marigot : une volaille roussie au caramel de sucre de canne (ou colorée au rocou), parfumée au bois-d'Inde, avec un piment Bonda Man Jak entier qui flotte en sentinelle sur la sauce.
La fricassée de poulet est le plat créole du quotidien par excellence dans toutes les Petites Antilles, et Saint-Martin ne fait pas exception. On la retrouve sous le nom cousin de « poulet roussi » : le verbe roussir dit tout, il s'agit de « brûler un peu » la volaille sur toutes ses faces jusqu'à une couleur brun acajou profonde, avant de la mijoter dans une sauce courte et parfumée. Cette technique de caramélisation, héritée de la cuisine créole antillaise, transforme un simple poulet en un plat de fond de terroir.
Sucre ou pas sucre ? C'est LE point qui divise les cuisiniers créoles.
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Marinade — Préparer la marinade créole et mariner le poulet — Découper le poulet en 8 morceaux et laver sous eau froide avec le vinaigre blanc. Dans un grand bol, mélanger le jus des citrons verts, l'ail écrasé au mortier, le sel, le poivre, les branches de thym effeuillées et les oignons émincés. Plonger les morceaux de poulet dans cette marinade, couvrir et réfrigérer au minimum 2 heures — idéalement toute une nuit pour que l'ail et le citron pénètrent la chair.
Le pourquoiL'acidité du citron vert et les composés soufrés de l'ail attendrissent la chair en surface et l'imprègnent en profondeur : c'est le socle aromatique de tout le plat. Le lavage au vinaigre et au citron, geste rituel de la cuisine antillaise, nettoie et raffermit la volaille avant la marinade.
Huile de rocou — Infuser l''huile de rocou pour la couleur naturelle — Verser 3 c.à.s. d'huile dans une cocotte à fond épais et chauffer à feu doux. Ajouter les graines de rocou et laisser infuser 6-8 minutes en remuant occasionnellement : l'huile doit devenir orange vif — signe que les pigments de bixine ont été extraits. Retirer les graines avec une écumoire en laissant l'huile colorée dans la cocotte. C'est cette huile qui donnera la teinte brun-acajou caractéristique sans sucre brûlé.
Le pourquoiEn infusant les graines de rocou dans l'huile tiède, on extrait la bixine, un pigment orange qui teinte le corps gras. C'est la voie « douce » vers la couleur acajou, sans le risque d'amertume du caramel poussé trop loin.
Caramélisation — Dorer le poulet (avec ou sans caramel selon école) — Égoutter les morceaux de poulet en réservant la marinade. Monter la cocotte à feu moyen-fort. Pour la version caramélisée traditionnelle : ajouter le sucre roux dans l'huile de rocou chaude et remuer jusqu'à obtenir un caramel brun — environ 90 secondes — puis ajouter immédiatement les morceaux de poulet. Pour la version sans sucre : déposer directement le poulet dans l'huile de rocou chaude. Dans les deux cas, faire dorer sur chaque face 4-5 minutes : la peau doit être brun-acajou profond et croustillante.
Le pourquoiC'est l'étape signature. Les réactions de Maillard (et, en version sucrée, la caramélisation) construisent la couleur brun acajou et une profondeur de goût torréfiée que rien ne remplace ensuite. « Roussir », c'est brûler juste ce qu'il faut la surface de la peau.
Aromatis ation — Ajouter les aromates créoles — Réduire à feu moyen. Ajouter les cives émincées, les oignons, le concentré de tomates et les tomates en dés. Incorporer les feuilles de bois-d'Inde, les clous de girofle et les gousses d'ail restantes. Faire revenir 3-4 minutes en remuant : les oignons doivent devenir translucides et les arômes du bois-d'Inde commencer à se dégager — une odeur chaude, épicée et légèrement poivrée envahit la cuisine.
Le pourquoiÀ chaleur modérée, oignons, cives, ail, tomate et surtout bois-d'Inde libèrent leurs huiles essentielles et parfument le gras coloré. Le bois-d'Inde donne ici sa note chaude, poivrée et légèrement anisée, marque de fabrique du plat.
Flambage — Flamber au rhum agricole (optionnel, traditionnel) — Verser le rhum agricole vieux sur les morceaux de poulet, incliner légèrement la cocotte et approcher une flamme — le rhum s'embrase en une belle flamme bleue qui dure 20-30 secondes. Cette étape, pratiquée dans les lolos de Grand Case, brûle l'alcool tout en caramélisant une dernière fois les sucs et en déposant les arômes profonds du rhum sur la viande. Laisser les flammes s'éteindre naturellement.
Le pourquoiVerser un rhum agricole vieux et l'enflammer brûle l'alcool tout en déposant sur la viande les arômes profonds du rhum et en caramélisant une dernière fois les sucs collés au fond.
Braisage — Braiser à couvert dans le jus de marinade — Verser la marinade réservée sur le poulet, puis ajouter environ 200 ml d'eau chaude avec le cube de bouillon dissous. Le liquide doit atteindre la mi-hauteur des morceaux de poulet — pas plus. Poser délicatement le piment Madame Jacques entier et sans le percer sur la surface. Couvrir et laisser mijoter à feu doux-moyen pendant 35 minutes : la sauce prend une couleur brun-orange, le poulet devient fondant et se décolle de l'os.
Le pourquoiUn braisage en liquide court, à couvert et à feu doux, attendrit la volaille jusqu'à ce qu'elle se détache de l'os tout en concentrant la sauce. Le piment Bonda Man Jak, posé entier, ne diffuse que son parfum : sa capsaïcine reste enfermée tant qu'il est intact.
Réduction — Réduire et ajuster la sauce — Retirer délicatement le piment Madame Jacques et le réserver. Ôter le couvercle et augmenter légèrement le feu pour laisser la sauce réduire 8-10 minutes à découvert. Elle doit épaissir et napper une cuillère. Goûter et rectifier l'assaisonnement en sel et poivre. La sauce finale est brillante, brun-acajou, avec les arômes enchevêtrés du bois-d'Inde, du thym et de la cive.
Le pourquoiDécouvrir et monter légèrement le feu fait évaporer l'eau et concentre la sauce jusqu'à la texture brillante et nappante qui fait la réputation des fricassées de lolo. C'est une affaire de texture, pas seulement de goût.
Dressage — Dresser et servir à la saint-martinoise — Disposer les morceaux de poulet dans un plat creux chaud. Napper généreusement de sauce et replacer le piment Madame Jacques entier au centre — il parfume visuellement et aromatiquement sans brûler les convives. Parsemer de cives fraîches ciselées. Servir immédiatement avec du riz blanc créole cuit à l'eau, des pois d'Angole ou des pois rouges, et des tranches de banane plantain poêlées au beurre.
Le pourquoiReplacer le piment entier au centre parfume le plat visuellement et olfactivement sans brûler personne, et les cives fraîches ciselées apportent au dernier moment une note verte et vive qui réveille l'ensemble.
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Autre façon antillaise d'apprêter le poulet, cousine par les aromates créoles mais fondée sur le fumage au bois plutôt que sur le roussi en cocotte ; on le retrouve sur les grils des lolos aux côtés de la fricassée.
Voir la recette →CousineAutre pilier du répertoire des lolos de Grand Case, le colombo de poulet partage la volaille et les aromates créoles (ail, cive, piment) mais s'en distingue par sa poudre d'épices (le colombo, cousin antillais du curry) qui lui donne sa couleur jaune-ocre, là où la fricassée mise sur le roussi acajou.
Voir la recette →VarianteMême technique de fricassée créole (marinade citron-ail, roussi, sauce courte au bois-d'Inde et piment) appliquée au lambi (conque royale) au lieu du poulet ; le ragoût de lambi est l'un des plats signatures des lolos saint-martinois.
Voir la recette →CousineLes deux plats partagent le geste de faire colorer/roussir le poulet créole avant de le mijoter avec des aromates ; le pelau prolonge ce brunissement jusqu'au caramel foncé et y intègre le riz dans le même faitout.
Voir la recette →CousineMême famille du plat de viande mijotée en sauce brune, plat de repas familial partagé par les deux communautés de l'île.
Voir la recette →Le poulet roussi et le coq roussi sont, aux Antilles, la même préparation que la fricassée : on « roussit » (brûle légèrement) la volaille jusqu'à la couleur acajou avant de la mijoter en sauce courte. Le coq roussi en est la version au coq ou au poulet fermier, plat emblématique de la cuisine créole antillaise.
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