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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Manioc fraîchement râpé et essoré, coco râpée et sucre de canne, cuits au four jusqu'à la croûte dorée — le gâteau sans farine des tables créoles mauriciennes, toujours servi froid, coupé en carrés denses et parfumés
Le manioc n'est pas né dans l'océan Indien : parti d'Amérique du Sud sur les routes portugaises, il aborde l'Isle de France en 1735, quand Mahé de La Bourdonnais en fait planter les premières boutures pour nourrir la colonie. Longtemps tenu pour la nourriture des humbles, celle des esclaves puis des engagés qui le cultivaient dans leurs jardins, le tubercule a pris sa plus douce revanche dans ce gâteau sans farine. Vous râpez la chair blanche, vous la tordez dans un torchon jusqu'à la dernière goutte, et l'amidon fait le reste : nul besoin de blé, tout peut venir du jardin et du cocotier. La coco râpée s'y mêle grain à grain, le sucre de canne fond dans les œufs et le lait de coco, une pointe de vanille et d'épices douces parfume la pâte, et le four fait lever une croûte dorée, presque caramélisée, sur un cœur moelleux qui sent bon l'île entière. On ne le mange jamais chaud : c'est en refroidissant que le gato manioc trouve sa vraie texture, dense et fondante, celle qu'on tranche en carrés nets pour les fêtes de famille, les fins de déjeuner du dimanche et le thé de l'après-midi. Sa sœur de vapeur, la poudine manioc, se vendait à la sortie des écoles ; son frère réunionnais lui ressemble comme les deux îles se ressemblent, à un tour de main près.
Deux écoles se disputent le manioc sucré mauricien, et les noms se recouvrent selon les familles : le gato manioc passe au four jusqu'au doré et se tient ferme sous la lame, quand la poudine manioc se cuit au bain-marie ou à la vapeur et se mange fraîche, presque flan.
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Pelez le manioc, retirez la corde fibreuse du centre, lavez et râpez finement la chair. Déposez le manioc râpé dans un torchon propre et tordez fermement pour extraire le maximum d'eau, l'excès de liquide empêchant le gâteau de se tenir. Pesez la pulpe essorée pour ajuster les proportions du reste.
Le pourquoiL'amidon du manioc est le seul liant du gâteau, qui ne contient aucune farine : gorgée d'eau, la pulpe ne prend pas à la cuisson. Essorer concentre l'amidon et le grain, c'est lui qui fera la mie.
Dans un grand bol, mélangez le manioc essoré, la noix de coco râpée et le sucre. Incorporez les œufs battus, le beurre fondu et le lait de coco. Ajoutez la vanille, la muscade et la cannelle, puis mélangez jusqu'à obtenir une pâte homogène. La consistance doit être épaisse mais pas sèche : si la pâte se raidit, détendez-la avec un peu de lait de coco.
Le pourquoiLes œufs et le lait de coco enrobent l'amidon libéré par le râpage et apporteront le moelleux ; mélanger juste ce qu'il faut préserve le grain de la pulpe et de la coco, la signature du gâteau en bouche.
Préchauffez le four à 180 °C. Beurrez et farinez, ou tapissez de papier sulfurisé, un moule rectangulaire ou rond d'environ 25 × 30 cm. Versez la pâte en couche uniforme de 3 à 4 cm d'épaisseur. Enfournez 40 à 45 minutes, jusqu'à ce que le dessus soit bien doré et qu'une brochette plantée au centre ressorte propre.
Le pourquoiLa chaleur gélatinise l'amidon du manioc, la farine invisible du gâteau, pendant que le dessus caramélise : cette croûte ambrée fait le contraste avec le cœur moelleux.
Laissez tiédir 15 minutes dans le moule avant de démouler. Le gato manioc coco se mange toujours froid, jamais chaud : sa texture se développe en refroidissant. Coupez-le en carrés ou en rectangles et conservez-le en boîte hermétique 3 à 4 jours.
Le pourquoiEn refroidissant, l'amidon du manioc se raffermit et resserre la mie : le gâteau, friable à chaud, devient dense et se tranche net. Le repos laisse aussi la vanille et la coco s'épanouir.
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Même famille des gâteaux de tubercule des fêtes mauriciennes : patate douce ou manioc, coco et sucre, l'amidon du légume tenant lieu de farine.
Voir la recette →CousineLe duo coco râpée et sucre poussé à l'état pur : sans tubercule, la coco devient confiserie. Les deux gato partagent le même garde-manger du cocotier.
Voir la recette →VarianteLe frère transîle : à La Réunion comme à Maurice, le manioc arrivé au XVIIIe siècle par la Compagnie des Indes se râpe, s'essore et se cuit en gâteau sans farine. Même plat sous deux drapeaux créoles.
Voir la recette →VarianteMême tubercule, même trio manioc-coco-sucre : à Maurice les noms « gato manioc » et « poudine manioc » désignent souvent le même geste, la frontière (four et mie de cake d'un côté, vapeur et gel tranchable de l'autre) étant très poreuse selon les familles.
Voir la recette →Dans la Caraïbe anglophone, le même trio manioc râpé, coco et épices cuit au four donne le cassava pone, gâteau dense servi en carrés : la diaspora du manioc a semé le même dessert d'un océan à l'autre.
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