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Atlas Culinaire · France · Alsace
Brioche alsacienne levée en moule strié au safran et aux raisins, recette des boulangers de Strasbourg depuis le XVIIe siÚcle, parfum d'Orient sur le Rhin
Le Kougelhopf (ou Gugelhupf, Kugelhopf selon les dialectes) est la brioche emblĂ©matique de l'Alsace â levĂ©e dans un moule striĂ© en cĂ©ramique d'Alsace, parfumĂ©e aux raisins secs macĂ©rĂ©s au Kirsch, aux amandes et au safran, elle est Ă la fois la brioche du dimanche matin, le gĂąteau de mariage et le cĆur de toute table alsacienne festive. Son origine est disputĂ©e entre l'Alsace, la Lorraine et l'Autriche â les trois revendiquent la paternitĂ©. La thĂ©orie alsacienne, la plus documentĂ©e, remonte au XVIIe siĂšcle et aux boulangers de RibeauvillĂ© et de Strasbourg qui maĂźtrisaient dĂ©jĂ la technique de la pĂąte levĂ©e enrichie au beurre. Le moule en cĂ©ramique striĂ© (le « moule Ă Kougelhopf ») est lui-mĂȘme un objet d'artisanat alsacien, produit depuis le XVIIe siĂšcle dans les ateliers de poterie de Soufflenheim (Bas-Rhin) â les seuls au monde Ă le fabriquer selon la technique traditionnelle.
La grande guerre du Kougelhopf oppose l'Alsace Ă l'Autriche depuis des siĂšcles.
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La veille, faites macérer 100g de raisins secs (sultanines blondes) dans 4 cl de Kirsch d'Alsace (eau-de-vie de cerise) et 2 cl d'eau tiÚde. Couvrez d'un film. Les raisins doivent absorber tout le liquide et gonfler.
Le pourquoiLa macĂ©ration de 12h au Kirsch est indispensable : des raisins secs non macĂ©rĂ©s restent durs Ă la cuisson et absorbent l'humiditĂ© de la pĂąte. MacĂ©rĂ©s, ils gardent leur moelleux, concentrent les arĂŽmes de cerise du Kirsch et les diffusent dans toute la brioche. Le Kirsch d'Alsace (eau-de-vie distillĂ©e des cerises de la ForĂȘt-Noire et de la plaine alsacienne) est l'alcool traditionnel du Kougelhopf. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992) ; ConfrĂ©rie du Vrai Kougelhopf d'Alsace (2022).]
DĂ©layez 20g de levure fraĂźche dans 5 cl de lait tiĂšde avec 1 pincĂ©e de sucre. Laissez reposer 10 minutes jusqu'Ă ce que le levain mousse. Dans un robot pĂ©trin, mĂ©langez 500g de farine T45, 80g de sucre, 1 cuillĂšre Ă cafĂ© de sel, 3 Ćufs entiers et le levain. PĂ©trissez 8 minutes Ă vitesse moyenne. Ajoutez 150g de beurre demi-sel en morceaux et pĂ©trissez encore 8 minutes. La pĂąte doit ĂȘtre lisse, Ă©lastique et lĂ©gĂšrement collante.
Le pourquoiLa farine T45 (farine faible) est indispensable pour la brioche : son faible taux de gluten donne une mie fine, lĂ©gĂšre et aĂ©rĂ©e. Une farine T55 ou T65 donnerait une brioche plus lourde. Le pĂ©trissage long (16 minutes total) est nĂ©cessaire pour dĂ©velopper le rĂ©seau glutĂ©nique qui donnera Ă la brioche sa structure levĂ©e. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992).]
Couvrez la pùte d'un torchon propre et laissez-la lever 1h30 à température ambiante (20-22°C) jusqu'à ce qu'elle double de volume. Incorporez délicatement les raisins macérés et 50g d'amandes effilées à la pùte levée, en la travaillant le moins possible pour ne pas la dégazer complÚtement.
Le pourquoiLa premiĂšre levĂ©e de 1h30 Ă 20°C est la phase de fermentation qui dĂ©veloppe les arĂŽmes de la brioche. Une levĂ©e trop courte = brioche sans goĂ»t ; trop longue = brioche acide. L'incorporation douce des raisins aprĂšs levĂ©e prĂ©serve les bulles de gaz formĂ©es pendant la fermentation, qui feront la lĂ©gĂšretĂ© de la brioche. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992) ; McGee, Harold â On Food and Cooking (2004), fermentation.]
Beurrez généreusement et foncez l'intérieur d'un moule à Kougelhopf (moule en céramique stric de Soufflenheim, 22-24 cm). Déposez 1 amande entiÚre dans chaque cannelure. Déposez la pùte délicatement dans le moule. Couvrez et laissez lever encore 1h jusqu'à ce que la pùte arrive au bord du moule.
Le pourquoiLe moule Ă Kougelhopf en cĂ©ramique de Soufflenheim est indispensable : la cĂ©ramique poreuse et lourde diffuse la chaleur uniformĂ©ment, donnant la croĂ»te dorĂ©e caractĂ©ristique du Kougelhopf. L'aluminium ou l'acier produisent une cuisson trop rapide et une croĂ»te trop sĂšche. Les amandes dans les cannelures crĂ©ent le motif dĂ©coratif traditionnel en surface. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992) ; Ateliers de Soufflenheim â moule Ă Kougelhopf (2022).]
Préchauffez le four à 180°C (chaleur statique, pas de chaleur tournante). Enfournez le Kougelhopf 35-40 minutes. Une lame insérée au centre doit ressortir propre. Le Kougelhopf est cuit quand il est d'un brun doré profond et se décolle légÚrement du moule.
Le pourquoiLa chaleur statique est prĂ©fĂ©rable Ă la chaleur tournante pour le Kougelhopf : elle permet Ă la brioche de lever doucement et uniformĂ©ment sans que la surface sĂšche trop vite. La chaleur tournante dessĂšche la croĂ»te avant que l'intĂ©rieur soit cuit. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992).]
Démoulez le Kougelhopf immédiatement à la sortie du four (ne pas attendre) en retournant le moule sur une grille. Laissez refroidir 30 minutes. Saupoudrez généreusement de sucre glace juste avant de servir.
Le pourquoiLe dĂ©moulage immĂ©diat est impĂ©ratif : si on laisse le Kougelhopf refroidir dans le moule, la condensation le ramollit et le colle au fond. Sorti chaud, il se dĂ©colle facilement grĂące Ă la vapeur d'eau encore dans la pĂąte. Le sucre glace sur le Kougelhopf refroidi est sa finition traditionnelle â mais il doit ĂȘtre appliquĂ© juste avant de servir (humiditĂ© et transport le font disparaĂźtre rapidement). [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Alsace (1992) ; ConfrĂ©rie du Vrai Kougelhopf d'Alsace (2022).]
Le Kougelhopf appelle les vins aromatiques d'Alsace. Le Gewurztraminer vendanges tardives (avec sa douceur naturelle et ses arĂŽmes de rose, litchi et Ă©pices) est l'accord festif. Le CrĂ©mant d'Alsace (mĂ©thode traditionnelle, gĂ©nĂ©ralement Pinot Blanc ou Auxerrois) est l'accord du petit-dĂ©jeuner de fĂȘte.
Le pourquoiL'accord Gewurztraminer-Kougelhopf est une synecdoque alsacienne totale : les deux sont des produits de la rĂ©gion du Rhin, parfumĂ©s et sucrĂ©s, avec des arĂŽmes de rose et d'Ă©pices. Les arĂŽmes de litchi du Gewurztraminer rĂ©pondent aux raisins macĂ©rĂ©s au Kirsch du Kougelhopf. [CIVA â Conseil Interprofessionnel des Vins d'Alsace, accords gastronomiques (2022).]
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RibauvillĂ© abrite la ConfrĂ©rie du Vrai Kougelhopf, qui depuis 1972 veille au respect de la recette traditionnelle et du moule en poterie de Soufflenheim. Cette terre alsacienne, utilisĂ©e depuis l'Ă©poque romaine, donne aux moules une porositĂ© qui rĂ©gule l'humiditĂ© pendant la cuisson â un dĂ©tail que les Ateliers de Soufflenheim expliquent comme la raison pour laquelle les moules en mĂ©tal ne donnent jamais le mĂȘme rĂ©sultat.
La lĂ©gende la plus rĂ©pandue veut que Marie-Antoinette, nĂ©e Ă Vienne oĂč le Gugelhupf Ă©tait dĂ©jĂ connu, ait introduit le gĂąteau Ă Versailles aprĂšs son mariage avec Louis XVI en 1770. L'Inventaire du patrimoine culinaire d'Alsace (1992) nuance : le Kougelhopf alsacien existait dĂ©jĂ dans les boulangeries de Strasbourg, et Marie-Antoinette n'a fait que lui donner un lustre parisien. La recette est alsacienne, le prestige vient de Versailles.
La recette traditionnelle du Kougelhopf utilisait des raisins de Malaga, macĂ©rĂ©s dans du kirsch alsacien â une combinaison qui unissait le soleil ibĂ©rique et l'eau-de-vie locale. Au fil du temps, les raisins de Corinthe plus accessibles les ont remplacĂ©s. La ConfrĂ©rie du Vrai Kougelhopf rappelle rĂ©guliĂšrement que les raisins de Malaga donnaient une douceur et une rondeur que les raisins de Corinthe ne peuvent Ă©galer.
En Alsace rurale, le Kougelhopf Ă©tait le gĂąteau du dimanche matin â levĂ© le samedi soir, cuit tĂŽt le dimanche pour accueillir la famille aprĂšs la messe. L'Alsace gastronomique (2009) rapporte que dans les villages du Bas-Rhin, chaque ferme avait son moule en poterie hĂ©ritĂ© de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, et que la forme du moule â certains Ă 12 cannelures, d'autres Ă 8 â permettait d'identifier la maison d'oĂč venait le gĂąteau.
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