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Atlas Culinaire · France · Périgord, Quercy & Bordelais
Gùteau nuptial quercynois à l'anis et aux écorces d'orange confites, brioché et ferme, servi trempé dans le vin de Cahors noir selon le cérémonial du mariage lotois
La coque de Cahors est l'un des gĂąteaux de mariage les plus singuliers de France, quasi inconnu hors du Lot. Ce grand gĂąteau circulaire â un pain briochĂ© Ă©picĂ© Ă l'anis, Ă la fleur d'oranger et aux zestes d'orange â est traditionnellement prĂ©parĂ© pour les noces quercynoises oĂč il est servi accompagnĂ© du vin de Cahors, le « vin noir » aux tanins puissants. Le geste rituel du mariage voulait que les invitĂ©s trempent leur morceau de coque dans le vin de Cahors â une pratique appelĂ©e *goudaloupade* locale â avant de le dĂ©guster. La coque est donc indissociable du vin : elle n'a pas de sens sans lui, et lui n'a pas son complĂ©ment sucrĂ© sans elle. L'anis vert (anethum graveolens ou Pimpinella anisum) qui parfume la coque est cultivĂ© dans le Lot depuis le XVIe siĂšcle. Son arĂŽme doux et lĂ©gĂšrement rĂ©glissĂ© est l'identitĂ© olfactive du gĂąteau â on reconnaĂźt une coque de Cahors Ă son odeur avant mĂȘme de l'avoir vue.
La querelle principale de la coque porte sur la texture.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
DĂ©layez 20g de levure fraĂźche de boulanger (ou 7g de levure sĂšche active) dans 10 cl de lait tiĂšde (35°C) avec une pincĂ©e de sucre. Laissez activer 10 minutes jusqu'Ă ce que la levure mousse. Cette Ă©tape garantit que la levure est vivante et active â une levure morte donnerait une coque dense et sans lĂ©gĂšretĂ©.
Le pourquoiLa levure vivante produit le gaz carbonique qui va faire lever la coque. La coque de Cahors est un gĂąteau fermentĂ©, proche d'une brioche : sa lĂ©gĂšretĂ© vient entiĂšrement de la levure, pas de la poudre Ă lever chimique. Un pain ou une brioche bien levĂ©s ont de l'arĂŽme et de la texture â une pĂąte mal levĂ©e est dense et ennuyeuse. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Midi-PyrĂ©nĂ©es (1996).]
Dans un grand saladier ou le bol d'un robot, mĂ©langez 500g de farine de blĂ© T55 avec 100g de sucre, le zeste rĂąpĂ© de 2 oranges non traitĂ©es, 1 cuillĂšre Ă soupe de graines d'anis vert, et une pincĂ©e de sel. Ajoutez la levure activĂ©e, 3 Ćufs battus, 100g de beurre mou et 10 cl de lait restant. PĂ©trissez pendant 10 minutes jusqu'Ă obtenir une pĂąte lisse, Ă©lastique et lĂ©gĂšrement collante.
Le pourquoiL'anis vert est l'arĂŽme signature de la coque de Cahors â il est aussi indispensable que la lavande Ă la calissone ou le geniĂšvre Ă la choucroute. Le zeste d'orange apporte une note fraĂźche et florale. Le pĂ©trissage long dĂ©veloppe le gluten de la farine qui donnera Ă la coque sa texture moelleuse et filante caractĂ©ristique. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Midi-PyrĂ©nĂ©es (1996) ; Boulangers du Lot (2022).]
Formez une boule avec la pùte, déposez-la dans un grand saladier légÚrement huilé, couvrez d'un torchon humide et laissez lever dans un endroit chaud (25-28°C) pendant 2 heures. La pùte doit doubler de volume.
Le pourquoiLa premiĂšre levĂ©e (pointage) permet Ă la levure de produire massivement du gaz carbonique qui s'emprisonne dans le rĂ©seau de gluten â la structure alvĂ©olĂ©e qui donnera Ă la coque sa lĂ©gĂšretĂ©. Plus la levĂ©e est longue et douce, plus les arĂŽmes se dĂ©veloppent (fermentation lactique). [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Midi-PyrĂ©nĂ©es (1996).]
DĂ©gazez la pĂąte levĂ©e en l'aplatissant doucement avec la paume. Sur un plan farinĂ©, formez une galette Ă©paisse de 3-4 cm et environ 25 cm de diamĂštre. DĂ©posez sur une plaque tapissĂ©e de papier cuisson. Couvrez et laissez lever Ă nouveau 1 heure (deuxiĂšme levĂ©e). Badigeonnez ensuite avec un mĂ©lange d'Ćuf battu et de lait. Saupoudrez de sucre et de graines d'anis.
Le pourquoiLa deuxiĂšme levĂ©e (apprĂȘt) est indispensable aprĂšs le façonnage : la pĂąte a Ă©tĂ© dĂ©gazĂ©e en la façonnant et doit retrouver sa lĂ©gĂšretĂ© avant d'entrer dans le four. La dorure Ă l'Ćuf donne Ă la coque sa couleur brun-dorĂ© brillante caractĂ©ristique. [Boulangers du Lot, tradition nuptiale quercynoises.]
Préchauffez le four à 180°C (chaleur statique). Enfournez la coque pour 35 à 45 minutes. à mi-cuisson, couvrez d'une feuille d'aluminium si le dessus colore trop vite. La coque est cuite quand elle est bien dorée, que son dessous sonne creux quand on le frappe et qu'une brochette en ressort sÚche.
Le pourquoiLa chaleur statique de 180°C permet une cuisson uniforme qui commence par les bords (cuits en premier) et progresse vers le centre. La coque, plus Ă©paisse qu'un gĂąteau ordinaire (3-4 cm), nĂ©cessite ce temps de cuisson long pour que la levure soit tuĂ©e et la mie cuite Ă cĆur sans que la surface brĂ»le. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Midi-PyrĂ©nĂ©es (1996).]
Laissez la coque refroidir complĂštement sur une grille â au minimum 1 heure. Elle se tranche ensuite en parts Ă©paisses comme un pain briochĂ©. Traditionnellement, la coque se sert en tranches lĂ©gĂšrement sĂšches (pas chaudes) qui rĂ©sistent mieux au trempage dans le vin de Cahors.
Le pourquoiLa coque chaude est difficile Ă trancher proprement â la mie encore humide se dĂ©chire plutĂŽt qu'elle ne se coupe. Refroidie, elle se tranche nettement et sa texture est ferme mais moelleuse, parfaite pour absorber le vin de Cahors sans s'effondrer. [Tradition quercynoises des mariages lotois.]
La tradition quercynoises veut que la coque soit dĂ©gustĂ©e trempĂ©e dans un verre de vin de Cahors (AOC, cĂ©page malbec/auxerrois) â ce geste s'appelle localement la *goudaloupade*. Le vin de Cahors « noir », aux tanins puissants et aux arĂŽmes de prune et de rĂ©glisse, pĂ©nĂštre la mie de la coque et lui donne une dimension supplĂ©mentaire impossible Ă obtenir autrement. Servez le vin Ă 17°C dans un verre large.
Le pourquoiL'accord coque-Cahors est l'un des accords les plus singuliers de la gastronomie française. La coque absorbe le vin et s'enrichit de ses tanins et de ses arĂŽmes de fruits noirs â une transformation que les boulangeries de Cahors appellent « la naissance du vrai goĂ»t de la coque ». L'anis de la coque et la rĂ©glisse naturelle du malbec sont deux arĂŽmes frĂšres. [Appellation AOC Cahors â PrĂ©sentation du Cahors noir et accords gastronomiques (2022).]
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Cahors est une ville Ă fort caractĂšre mĂ©diĂ©val, enrichie par son universitĂ© (XIIIe siĂšcle) et par le commerce du vin noir vers le nord de l'Europe via la Garonne et Bordeaux. Son vin, fait de cĂ©page auxerrois/malbec, Ă©tait exportĂ© en Angleterre, en Scandinavie et jusqu'en Russie. Les tsars russes le consommaient Ă la cour impĂ©riale de Saint-PĂ©tersbourg. La coque de Cahors est nĂ©e dans ce contexte de prospĂ©ritĂ© mĂ©diĂ©vale qui permettait des gĂąteaux Ă©picĂ©s Ă l'anis â des Ă©pices alors coĂ»teuses.
La *goudaloupade* â tremper la coque dans le vin de Cahors â est un rituel de mariage quercynois dont les origines restent floues. Certains ethnologues y voient un symbole d'alliance entre les Ă©poux (le pain et le vin de la mĂȘme coupe), d'autres une simple pratique gustative que la mĂ©moire collective a sacralisĂ©e. Ce geste est aujourd'hui menacĂ© de disparition : les enquĂȘtes de terrain rĂ©alisĂ©es par l'Inventaire du patrimoine culinaire entre 1990 et 1996 signalaient dĂ©jĂ sa raretĂ© dans les mariages urbains.
L'anis vert (Pimpinella anisum) Ă©tait cultivĂ© dans le Lot jusqu'au milieu du XXe siĂšcle, notamment dans la vallĂ©e du CĂ©lĂ©. Cette culture locale s'est effondrĂ©e dans les annĂ©es 1960-1970 sous la concurrence des anis importĂ©s d'Espagne et de Turquie. Aujourd'hui, les boulangers de Cahors qui prĂ©parent la coque utilisent de l'anis d'importation â une ironie que les dĂ©fenseurs du patrimoine culinaire lotois notent avec amertume.
Le cĂ©page qui donne au vin de Cahors son caractĂšre tannique puissant â le malbec (ou auxerrois ou cĂŽt) â a connu un destin mondial inattendu. Introduit en Argentine au XIXe siĂšcle par des immigrants français, il y a trouvĂ© dans les sols de la Mendoza andine des conditions encore plus favorables qu'en France. Le malbec argentin est aujourd'hui un des rouges les plus consommĂ©s dans le monde. La coque de Cahors, elle, reste confidentiellement quercynoise.
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