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Atlas Culinaire · République dominicaine · Amériques
Le riz dominical de l'abuela â sucre caramĂ©lisĂ© avant le poulet, sofrito, olives vertes, et la croĂ»te de concĂłn qu'on gratte au fond du caldero.
Le locrio est le riz du dimanche, et il commence par un geste que personne ne fait en Europe : on brûle du sucre.
Les raisins secs divisent les familles depuis trois générations.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincer les morceaux de poulet Ă l'eau froide et Ă©goutter. Retirer la peau si vous visez la version classique de Tia Clara (les puristes dominicains la retirent pour limiter le gras). Dans un grand bol, frotter le poulet avec le jus de citron vert, l'ail Ă©crasĂ© en pĂąte, l'origan sĂ©chĂ© caribĂ©en, l'adobo, la sazĂłn Ă l'achiote, le sel et le poivre. Couvrir, frigo 30 minutes minimum (1 heure idĂ©al). Clara Gonzalez insiste â la marinade construit le socle aromatique du locrio, ne pas la sauter.
Le pourquoiLe locrio n'a pas de sauce : tout le goĂ»t du poulet passera dans le riz, ou nulle part. La marinade est donc le seul moment oĂč l'on assaisonne vraiment la viande.
Pendant que le poulet marine, Ă©mincer l'oignon rouge fin, couper le poivron cubanelle en dĂ©s de 5 mm, hacher l'ail, ciseler le cilantro grossiĂšrement (tiges comprises). Hacher les feuilles de culantro/recao si vous en avez. Hacher le cĂ©leri. Couper l'auyama (courge kabocha) en dĂ©s de 1,5 cm â pas plus petit, sinon elle disparaĂźt complĂštement dans le riz. Faire chauffer 750 ml de bouillon de poulet Ă part, le garder chaud (couvert, feu doux).
Le pourquoiLe sofrito dominicain â oignon rouge, cubanela, ail â est la base aromatique de toute la cuisine de l'Ăźle. Le tailler pendant la marinade Ă©vite de courir aprĂšs pendant la caramĂ©lisation, oĂč l'on n'a pas une seconde.
CaramĂ©liser le sucre brun dans l'huile chaude â Dans une grande cocotte en fonte ou caldero dominicain, chauffer les 3 c.Ă .s. d'huile vĂ©gĂ©tale neutre Ă feu moyen-vif jusqu'Ă frĂ©missement (170-180°C). Saupoudrer 1 c.Ă .s. de sucre brun au centre de la cocotte. NE PAS REMUER. Attendre 30 Ă 60 secondes que le sucre fonde et passe du blanc cassĂ© au caramel ambre profond, presque acajou. DĂšs que la couleur ambre apparaĂźt, passer IMMĂDIATEMENT Ă l'Ă©tape suivante â au-delĂ , ça brĂ»le et devient amer (Clara Gonzalez : « How dark you let the sugar get will determine how dark the meat will get »).
Le pourquoiC'est ce qui fait un locrio. Le sucre brun poussĂ© jusqu'Ă l'ambre acajou donne la couleur ET la profondeur lĂ©gĂšrement amĂšre qui empĂȘche le riz d'ĂȘtre plat. Ni le paprika cubain ni l'achiote portoricain ne produisent cela.
Sans hĂ©siter, dĂ©poser les morceaux de poulet Ă©gouttĂ©s (rĂ©server la marinade liquide et les lĂ©gumes de marinade Ă part) directement sur le caramel ambre. Le caramel va paraĂźtre « accrocher » et noircir la peau du poulet â c'est EXACTEMENT ce qu'on veut, c'est le « color de la abuela ». Saisir 4-5 minutes par face, sans dĂ©placer les morceaux. Cette pellicule sombre va se dissoudre dans le bouillon et donner sa teinte mahogany caractĂ©ristique au riz final.
Le pourquoiLe poulet arrĂȘte la caramĂ©lisation et se laque en s'y roulant. C'est ainsi que la couleur passe du sucre Ă la viande, puis, tout Ă l'heure, au riz.
Pousser les morceaux de poulet sur les bords de la cocotte (ou les rĂ©server dans une assiette). Ajouter l'oignon rouge Ă©mincĂ© et le poivron cubanelle, faire suer 5 minutes en grattant le fond caramĂ©lisĂ© avec une cuillĂšre en bois. Ajouter l'ail, le cilantro, le culantro et le cĂ©leri, cuire 1 minute sans brunir. Incorporer le concentrĂ© de tomate, remuer 1 minute pour le « cuire » et lui ĂŽter son goĂ»t mĂ©tallique. Le sofrito doit ĂȘtre doux et parfumĂ©, jamais brĂ»lĂ©.
Le pourquoiLe concentrĂ© de tomate doit ĂȘtre « cuit » une minute dans le gras avant tout liquide : cru, il garde un goĂ»t mĂ©tallique qui traverserait tout le plat.
Verser le bouillon de poulet chaud (750 ml) dans la cocotte, ajouter les dĂ©s d'auyama (courge kabocha), les olives manzanilla avec 1 c.Ă .s. de leur saumure, les cĂąpres et le reste de la marinade liquide. Remettre les morceaux de poulet si vous les aviez rĂ©servĂ©s. GoĂ»ter le bouillon, ajuster sel â il doit ĂȘtre un peu plus salĂ© que ce qui te semble normal, car le riz absorbera. Porter Ă Ă©bullition franche.
Le pourquoiL'auyama est l'ingrédient discret du locrio : elle fond entiÚrement, épaissit le bouillon et donne au riz sa couleur dorée et son moelleux. On ne la voit pas dans l'assiette, on la remarquerait si elle manquait.
Ajouter le riz long grain (NON RINCĂ â c'est l'amidon qui aide Ă former le concĂłn) directement dans le bouillon bouillant. MĂ©langer UNE FOIS pour rĂ©partir, puis NE PLUS TOUCHER. Cuire Ă feu moyen-vif Ă dĂ©couvert jusqu'Ă ce que le bouillon descende au niveau du riz et que de petits cratĂšres apparaissent en surface (8-10 minutes). Baisser le feu au minimum, couvrir hermĂ©tiquement avec un couvercle bien lourd ou une feuille d'aluminium plus le couvercle. Cuire 18-20 minutes sans soulever le couvercle.
Le pourquoiC'est le point contre-intuitif : on ne rince PAS le riz. L'amidon de surface, qu'on chasse partout ailleurs, est ici ce qui permettra au concĂłn de se former au fond du caldero.
AprĂšs 18-20 minutes couvert, monter le feu Ă vif pendant 2-3 minutes â vous devez entendre un lĂ©ger crĂ©pitement, c'est le riz qui caramĂ©lise au fond et forme le concĂłn craquant. Couper le feu, laisser reposer 5 minutes couvercle fermĂ©. Soulever le couvercle, mĂ©langer dĂ©licatement le riz du dessus avec une fourchette (sans toucher le fond pour prĂ©server le concĂłn). Servir dans un grand plat creux, dĂ©coller le concĂłn Ă la cuillĂšre en bois et le dĂ©poser sur le dessus en morceaux. Accompagner d'avocat tranchĂ©, salade verte vinaigrette, et plĂĄtanos maduros frits si vous en avez.
Le pourquoiLe concĂłn est le trophĂ©e du plat, pas un accident. Deux ou trois minutes Ă feu vif en fin de cuisson font caramĂ©liser la couche au contact du mĂ©tal â c'est ce qu'on gratte et qu'on se dispute Ă table.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le vocabulaire dominicain du riz, en deux plats. On dit MORO quand le riz et la lĂ©gumineuse cuisent ensemble dans la mĂȘme marmite ; LOCRIO quand le riz cuit avec une viande dans un bouillon caramĂ©lisĂ©. Ce ne sont pas des synonymes, et les confondre est l'erreur qu'un Dominicain relĂšve tout de suite. Les deux se font au caldero, les deux visent le concĂłn.
Voir la recette âCousineLe mĂȘme geste d'ouverture : l'azĂșcar quemada, le sucre brun poussĂ© jusqu'Ă l'ambre acajou avant que le poulet n'entre. Le pollo guisado s'arrĂȘte lĂ et devient une sauce ; le locrio enchaĂźne avec le riz. RĂ©ussissez l'un, vous saurez faire l'autre.
Voir la recette âCousineLe mĂȘme geste Ă deux Ăźles de distance : le sucre brun poussĂ© jusqu'Ă l'acajou presque noir avant que la viande n'entre, puis le riz par-dessus, puis la croĂ»te au fond de la marmite. Les Trinidadiens l'appellent bun-bun, les Dominicains concĂłn. Le pelau est indo-crĂ©ole et va au lait de coco ; le locrio est hispano-crĂ©ole et va aux olives.
Voir la recette âCousineDeux dimanches, deux langues, un seul caramel. Le locrio dominicain et le stewed goat crucien commencent tous deux par le sucre brun poussĂ© Ă l'ambre â et la rĂšgle est la mĂȘme des deux cĂŽtĂ©s : plus le sucre est foncĂ©, plus la viande le sera.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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