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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le « pain Ă la feuille » malgache : une pĂąte de farine de riz et de banane bien mĂ»re, parfumĂ©e Ă la vanille, pliĂ©e dans une feuille de bananier passĂ©e Ă la flamme et cuite en douze minutes â le goĂ»ter express de toute la Grande Ăle, petit frĂšre pressĂ© du koba ravina.
Mofo ravina, littĂ©ralement le « pain Ă la feuille » : mofo, c'est toute la famille des pains et beignets malgaches, ravina, c'est la feuille de bananier qui sert ici de moule, d'emballage et de parfum. La recette tient en trois gestes que l'on retrouve d'un bout Ă l'autre de la Grande Ăle : on Ă©crase des bananes trĂšs mĂ»res Ă la fourchette, jamais au mixeur, on les mĂȘle Ă de la farine de riz, un peu de sucre et les graines d'une gousse de vanille, puis on plie de petites galettes dans des rectangles de feuille assouplis Ă la flamme avant de les cuire Ă l'eau frĂ©missante ou Ă la vapeur, une douzaine de minutes Ă peine.
Le nom lui-mĂȘme fait dĂ©bat : selon les rĂ©gions et les familles, « mofo ravina » et « koba ravina » dĂ©signent tantĂŽt deux prĂ©parations distinctes, tantĂŽt la mĂȘme.
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Dans un grand bol, Ă©crasez 3 Ă 4 bananes bien mĂ»res Ă la fourchette jusqu'Ă obtenir une purĂ©e grossiĂšre avec quelques morceaux â jamais au mixeur. Fendez une gousse de vanille, grattez les graines et ajoutez-les avec 1 Ă 2 cuillĂšres Ă soupe de sucre. Incorporez progressivement environ 250 g de farine de riz en mĂ©langeant Ă la main, jusqu'Ă obtenir une pĂąte homogĂšne, souple, qui se tient sans couler.
Le pourquoiLa banane trĂšs mĂ»re apporte Ă la fois le sucre, le parfum et le liant : c'est elle qui hydrate la farine de riz. ĂcrasĂ©e Ă la fourchette, elle garde des fragments qui fondent Ă la cuisson en poches moelleuses, alors qu'un mixeur libĂšre tout son jus et rend la pĂąte trop liquide.
Passez chaque feuille de bananier au-dessus d'une flamme vive (gaz ou braise) pendant 5 à 10 secondes, en mouvements réguliers, jusqu'à ce qu'elle vire du vert vif au vert olive et devienne souple et brillante. Coupez-la ensuite en rectangles d'environ 20 à 15 cm en retirant la nervure centrale trop rigide.
Le pourquoiLa chaleur détend les fibres et les cires naturelles de la feuille : crue, elle casse net au premier pli ; passée à la flamme, elle se plie comme un tissu et libÚre en prime son parfum végétal dans la pùte.
Déposez 2 à 3 cuillÚres à soupe de pùte au centre de chaque rectangle de feuille. Aplatissez légÚrement avec la paume mouillée : visez une galette d'environ 6 cm de long sur 2 cm d'épaisseur. Rabattez le grand cÎté supérieur, puis l'inférieur, repliez les deux extrémités dessous pour former un paquet bien fermé, et ficelez d'un raphia croisé en X.
Le pourquoiLe paquet hermétique transforme chaque feuille en mini-papillote : la galette cuit dans sa propre vapeur, garde son moelleux et s'imprÚgne du parfum de la feuille au lieu de se gorger d'eau.
Rangez les paquets dans une grande marmite, en une ou deux couches serrées. Versez de l'eau à mi-hauteur des paquets, sans les immerger complÚtement. Portez à ébullition à feu vif, couvrez, puis laissez cuire à feu moyen 10 à 15 minutes selon l'épaisseur.
Le pourquoià mi-hauteur, le bas des paquets poche doucement pendant que le haut cuit à la vapeur sous le couvercle : la feuille protÚge la pùte du délavage et la galette reste dense et moelleuse au lieu de se gorger d'eau.
Autre voie : disposez les paquets dans un panier vapeur ou une passoire posée sur une casserole d'eau bouillante, couvrez et cuisez 12 minutes environ, un peu plus si vos galettes dépassent 2 cm d'épaisseur.
Le pourquoiLa vapeur cuit sans aucun contact avec l'eau : la texture est plus aérienne et le parfum de la feuille de bananier, qui se dilue à l'eau bouillante, reste concentré dans la galette.
Sortez les paquets avec une écumoire et laissez-les reposer 2 minutes avant d'ouvrir : la vapeur emprisonnée finit la cuisson et la galette se détache proprement de la feuille. Servez chaud ou tiÚde, la feuille ouverte en corolle en guise d'assiette, tel quel ou saupoudré d'un voile de sucre.
Le pourquoiLe repos laisse l'amidon de riz se raffermir : ouverte trop tÎt, la galette colle à la feuille et se déchire ; deux minutes plus tard, elle s'en détache d'un seul tenant.
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MĂȘme duo fondateur banane-pĂąte au sein de la grande famille des mofo, mais deux chemins opposĂ©s : la friture dorĂ©e pour le mofo akondro, la douceur de la vapeur en feuille pour le mofo ravina.
Voir la recette âCousineTissage transĂźle : Ă Maurice comme Ă Madagascar, la banane bien mĂ»re Ă©crasĂ©e devient gĂąteau du goĂ»ter. Le gato banane mauricien passe au four ou Ă la poĂȘle, le mofo ravina Ă la vapeur dans sa feuille, mais le rĂ©flexe crĂ©ole est le mĂȘme â sucrer le quotidien avec la banane trop mĂ»re.
Voir la recette âVariantePĂąte riz-banane en feuille de bananier des deux cĂŽtĂ©s : la frontiĂšre entre koba akondro et mofo ravina est surtout lexicale, koba dĂ©signant la pĂąte et mofo le « pain ». Doublon possible Ă trancher par l'arbitre.
Voir la recette âVarianteLe grand frĂšre au long cours : mĂȘme feuille de bananier, mĂȘme base riz-banane, mais enrichi d'arachides et bouilli des heures jusqu'Ă caramĂ©liser, quand le mofo ravina cuit en douze minutes. Selon les rĂ©gions, les deux noms se recouvrent, au point que certaines sources les emploient l'un pour l'autre.
Voir la recette âL'Ă©cho austronĂ©sien le plus troublant : en IndonĂ©sie, le nagasari enveloppe une pĂąte de farine de riz autour de la banane dans une feuille de bananier passĂ©e Ă la flamme, cuite Ă la vapeur. Riz, banane et feuille sont prĂ©cisĂ©ment les trois Ă©lĂ©ments arrivĂ©s Ă Madagascar avec les migrants austronĂ©siens venus de l'archipel.
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