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Atlas Culinaire · Grèce · Athènes & Attique
La broche qui tourne, venue de Smyrne en 1922, devenue grecque et devenue porc par décision d'État
Commençons par le nom, parce qu'il dit déjà l'essentiel. Le Dictionnaire de la langue néo-hellénique commune, publié par la Fondation Triantafyllidis, donne à γύρος un sens culinaire précis et sans détour : des morceaux de viande de porc auxquels on donne une forme à peu près conique, rôtis sur une broche spéciale et servis découpés en petits morceaux. Le mot lui-même est vieux et grec, il vient du grec hellénistique gyros, le cercle. Mais dans cet emploi il ne traduit rien d'autre que le turc döner, du verbe dönmek, tourner. Le nom a changé, la technique est restée la même. Un plat grec qui porte un mot grec pour dire une chose ottomane : toute l'histoire du gyros tient dans cette phrase.
LES FRITES DANS LA PITA.
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Épices menées par l'origan, et la pita roulée avec du tzatziki généreux, de la tomate, de l'oignon rouge et du persil. Les frites dedans si vous êtes de ce camp là, la moitié de la Grèce vous dira que non.
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Demandez du collier de porc, le laimos, et si votre boucher peut vous le donner avec son os, prenez-le et désossez-le vous-même. Taillez-le en tranches fines d'environ cinq millimètres. Taillez la poitrine aussi fin, à part : elle servira de couches grasses.
Le pourquoiC'est le morceau que les maisons de gyros fait main achètent, et elles le désossent chaque matin. Le collier est persillé, il tient la cuisson longue de la broche sans se dessécher, et la poitrine intercalée fournit le gras qui arrose tout le cône en fondant. [Pratique décrite pour les gyradika artisanaux d'Athènes, qui commencent à sept heures du matin et travaillent la viande du cou avec l'os.]
Dissolvez le gros sel et le sucre dans l'eau froide. Plongez-y les tranches de viande, couvrez, et laissez douze heures au réfrigérateur. Égouttez ensuite et épongez soigneusement.
Le pourquoiC'est un vrai saumurage, pas un assaisonnement. Le sel fait entrer de l'eau dans les fibres et les détend, le sucre travaille la coloration à la cuisson. C'est l'étape que les recettes maison sautent, et c'est elle qui fait la différence entre une viande juteuse et une viande grise. [Double marinage donné par la recette de gyros maison publiée par Ethnos : d'abord douze heures dans l'eau, le sel et le sucre, ensuite la marinade grasse et épicée.]
Mélangez l'huile d'olive avec l'origan écrasé entre les paumes, le thym, la coriandre moulue, la moutarde en poudre, une pointe de paprika et le poivre. Enrobez chaque tranche et laissez au moins quatre heures au frais.
Le pourquoiAu sud, c'est l'origan qui mène, et le reste l'accompagne. La moutarde en poudre n'est pas un caprice moderne : elle apporte l'amertume et l'accroche qui font tenir le parfum sur une viande grasse. [Composition de marinade donnée par Ethnos pour le gyros maison : huile d'olive, origan, thym, coriandre, paprika doux, moutarde en poudre.]
Empilez les tranches à plat, en alternant régulièrement une tranche de poitrine grasse toutes les trois ou quatre tranches de collier. Serrez la pile, puis traversez-la de part en part avec deux ou trois brochettes métalliques pour la solidariser. Posez le tout sur une grille, au dessus d'un plat contenant un grand verre d'eau.
Le pourquoiDans une boutique, ces tranches sont enfilées verticalement pour former un bloc plus large au milieu et plus étroit aux extrémités, exactement comme Evliya Çelebi le décrivait déjà chez les Tatars de Crimée. À la maison, on reproduit le principe à plat : une masse compacte qui cuit par l'extérieur pendant que le gras des couches descend à travers. [Montage maison décrit par Ethnos, brochettes de fixation et plat d'eau ; forme du cône décrite par Evliya Çelebi au dix-septième siècle.]
Enfournez à 180 degrés pendant une heure trente. Si votre four a un tournebroche, utilisez-le. Sinon, tournez la pile une fois à mi-cuisson.
Le pourquoiLe principe du gyros est qu'une seule face reçoit la chaleur à la fois : la surface se déshydrate et se colore en croûte pendant que l'intérieur reste juteux, et on ne prélève que ce qui est cuit. C'est exactement ce que faisaient les voyageurs turcs rencontrés par Bertrandon de la Broquière près de Brousse au quinzième siècle, qui découpaient les couches extérieures sans attendre que le bloc entier soit prêt. [Cuisson maison à 180 degrés pendant une heure trente d'après Ethnos ; principe de prélèvement des couches extérieures décrit par Bertrandon de la Broquière au quinzième siècle.]
Taillez les pommes de terre en bâtonnets de huit millimètres, rincez-les à l'eau froide et séchez-les à fond. Premier bain à 150 degrés jusqu'à ce qu'elles soient cuites mais encore pâles, égouttez, laissez reposer. Second bain à 180 degrés juste avant de servir, jusqu'à ce qu'elles soient dorées. Salez à la sortie.
Le pourquoiLe premier bain cuit l'intérieur, le second construit la croûte. Une frite en un seul bain sera soit molle, soit brûlée dehors et crue dedans, et dans une pita elle rendra son eau au pain. [Frites servies dans la pita ou dessous selon les écoles ; à Livadeia elles étaient déjà en lit sous le souvlaki dans les années 1950.]
Râpez le concombre, salez légèrement, laissez dégorger un quart d'heure dans une passoire puis pressez-le fort dans un torchon. Mélangez au yaourt égoutté avec l'ail, l'huile, le vinaigre et l'herbe. Une heure au frais au minimum.
Le pourquoiL'ancêtre lointain de cette sauce est le yaourt qui accompagnait déjà le kebab ottoman, et qui survit aujourd'hui dans l'iskender kebap turc. En Grèce, il est devenu le tzatziki. [Filiation du yaourt d'accompagnement vers le tzatziki relevée par LiFO dans son enquête sur l'histoire du gyros.]
Avec un long couteau bien affûté, prélevez la viande en copeaux fins en descendant le long de la surface dorée. Ne tranchez que ce que vous allez servir tout de suite.
Le pourquoiLa découpe est le geste de métier du gyros, et les Grecs la décrivent comme un rituel : il faut savoir quand couper, comment, et à quelle épaisseur. Un copeau trop épais reste mou au centre et perd la croûte, qui est tout l'intérêt de cette cuisson. [Le Greek Gastronomy Guide décrit la découpe comme un rituel qui exige un tranchant expérimenté sachant quand, comment et à quelle épaisseur couper.]
Badigeonnez chaque pita d'un filet d'huile d'olive et posez-la trente secondes par face sur une plancha ou une poêle très chaude. Elle doit être chaude, marquée et souple.
Le pourquoiLa pita grecque n'est pas la pita à poche du Levant : elle est épaisse, moelleuse et pleine, et son rôle est d'absorber le jus de la viande et la sauce plutôt que de les contenir. Une pita sèche se fendra en roulant. [Distinction entre la pita grecque épaisse et la pita à poche levantine posée explicitement par Diane Kochilas.]
Étalez généreusement le tzatziki sur toute la pita. Déposez les copeaux de viande, puis la tomate, l'oignon rouge, le persil, et les frites si vous êtes de ce camp là.
Le pourquoiC'est la composition que donne le guide officiel de la ville d'Athènes : tomate, oignon rouge, tzatziki, et le porc en copeaux. Les frites, elles, divisent, et cette page ne tranche pas. [Composition athénienne d'après le guide officiel This is Athens ; la contestation des frites est portée notamment par le magazine Andro.]
Rabattez le bas de la pita, puis roulez en serrant du côté le plus garni vers l'autre, pour obtenir un cône. Enveloppez immédiatement dans du papier sulfurisé, la ladokolla, en repliant le bas. Servez tout de suite.
Le pourquoiLe papier n'est pas un emballage, c'est un ustensile. Il tient le cône fermé pendant que le pain s'imbibe, et c'est ce qui permet de manger le gyros debout d'une seule main. Le tour de main se compte en secondes chez un professionnel. [La ladokolla est le papier traditionnel des souvlatzidika grecs ; l'enveloppage y est décrit comme un art qui se joue en une quinzaine de secondes.]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Le jumeau, et la confusion la plus répandue hors de Grèce. Même pita, même tomate, même oignon, même tzatziki, mais le souvlaki s'embroche en morceaux sur une petite broche horizontale et le gyros s'empile en cône sur une broche verticale qui tourne. Deux plats, deux histoires, et deux mots que les Grecs eux-mêmes emploient différemment selon qu'ils sont d'Athènes ou de Thessalonique.
Voir la recette →CousineLa sauce de la version athénienne, et son ancêtre est ottoman : le yaourt accompagnait déjà le kebab, il a survécu tel quel dans l'iskender kebap turc, et il est devenu le tzatziki en Grèce. Sa règle tient en un geste, sortir l'eau du concombre.
Voir la recette →CousineL'autre grande broche grecque, mais horizontale et en gros morceaux, pour les fêtes et les tavernes. Le kontosouvli et le gyros se ressemblent de loin et n'ont ni le même geste ni la même origine : l'un vient de la broche méditerranéenne, l'autre de la broche verticale ottomane.
Voir la recette →VarianteLe gyros parti avec la diaspora. En Australie du Sud on l'écrit yiros, et il a pris ses propres habitudes loin d'Athènes. C'est la même trajectoire que celle qui a mené le gyros à Chicago et à New York après la guerre, avec l'émigration grecque.
Voir la recette →Le rival devenu adversaire juridique. Le döner allemand a tellement divergé de la recette turque qu'il est aujourd'hui un plat national de fait en Allemagne. Quand la Turquie a demandé en avril 2024 une protection européenne qui aurait imposé une recette stricte, Berlin s'y est opposée, et la presse a rapporté le retrait de la demande turque en septembre 2025.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre direct, et le gyros ne s'en cache pas : gyros est la traduction littérale de döner, du verbe dönmek, tourner. Le mot turc n'est attesté par écrit qu'en 1908, chez le romancier Hüseyin Rahmi Gürpınar, mais la chose est bien plus vieille. Elle est arrivée en Grèce avec les réfugiés de Smyrne et de Constantinople en 1922 et 1923.
Pas encore dans l'AtlasLe gyros industrialisé. Dès 1970 il est populaire à Chicago et à New York, et les broches verticales commencent à y être produites en série, notamment par Gyros Inc. of Chicago. Mais le cône américain type est fait de bœuf finement haché mélangé à de l'agneau, c'est-à-dire exactement ce que le gyros grec n'est pas : de la viande hachée.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin qui a gardé le yaourt. Là où la Grèce a transformé le yaourt d'accompagnement du kebab en tzatziki étalé dans la pita, l'iskender de Brousse l'a gardé tel quel, versé sur des lamelles de döner posées sur des morceaux de pain, avec du beurre fondu et de la sauce tomate.
Pas encore dans l'AtlasLa même broche verticale, la même découpe au fil de la cuisson, le même pain plat autour. Gyros, döner et shawarma sont trois branches d'un seul arbre ottoman, séparées par les épices, les viandes autorisées et les sauces.
Pas encore dans l'AtlasLa branche la plus lointaine. La broche verticale a voyagé du Levant jusqu'au Mexique avec les migrants libanais, où elle est devenue le trompo du taco al pastor, ananas compris. Wikipédia en grec range d'ailleurs le taco al pastor parmi les plats voisins du gyros.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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