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Atlas Culinaire · Grèce · Europe
Yaourt égoutté, concombre pressé jusqu'à la dernière goutte et beaucoup d'ail : la sauce que la Grèce a reçue de l'Empire ottoman, puis hellénisée au point de la donner au monde entier sous son nom grec.
TZATZIKI, OU CE QUE RACONTE UN MOT QU'ON CROIT GREC
L'ANETH DIVISE LES GRECS EUX MÊMES, ET NOUS NE TRANCHERONS PAS C'est la vraie ligne de fracture, et elle traverse les cuisines natives, pas la frontière.
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Lavez le concombre et râpez-le sur la grosse grille d'une râpe à main. Si sa peau est fine et sans cire, gardez-en une partie, elle donnera de petits éclats verts dans le blanc. Salez d'une bonne cuillerée à café, mélangez du bout des doigts, et laissez-le s'égoutter vingt minutes dans une passoire posée sur un bol. Ne le surveillez pas, il travaille tout seul.
Le pourquoiUn concombre est fait de plus de quatre vingt quinze pour cent d'eau. Le sel l'appelle vers l'extérieur par osmose, et c'est cette eau là, pas le yaourt, qui décide si votre tzatziki tiendra à la cuillère ou s'effondrera en flaque au bout d'une heure. [Point sur lequel convergent toutes les sources natives lues, d'Argyró Barbarigou à la presse grecque iefimerida.]
Versez le concombre dans un torchon propre, ajoutez une cuillerée à soupe de votre vinaigre par dessus, refermez en baluchon et tordez au dessus de l'évier, franchement, en reprenant votre prise deux ou trois fois. Il rendra encore deux ou trois cuillerées d'eau que vous n'auriez pas cru y trouver. Continuez jusqu'à ce qu'il ne donne plus rien du tout.
Le pourquoiToute l'eau que vous laissez ici finira dans la sauce. C'est la seule étape du tzatziki où l'on peut échouer pour de bon, et c'est aussi celle que les recettes pressées expédient en trois mots. [Eli Giannopoulos insiste sur ce point précis, drain the pulp really really well, et préfère presser à la main dans un linge plutôt que d'attendre.]
Pelez trois gousses d'ail et pilez-les au mortier avec une pincée de gros sel et une cuillerée de votre huile d'olive, jusqu'à obtenir une pâte lisse et nacrée. À défaut de mortier, râpez-les à la microplane puis mélangez-les à l'huile. L'odeur qui monte à ce moment est franche, presque piquante : c'est exactement ce qu'on cherche.
Le pourquoiL'huile ajoutée au mortier enrobe les composés soufrés de l'ail dès qu'ils se libèrent sous le pilon. L'ail se diffuse alors dans toute la sauce au lieu de rester en points brûlants, et son mordant se pose au lieu d'agresser. [Geste du mortier et de l'huile relevé au texte dans la recette d'Akis Petretzikis, chef de référence nationale : χτυπάμε το σκόρδο στο γουδί μαζί με το ελαιόλαδο.]
Videz cinq cents grammes de yaourt grec égoutté entier dans un grand bol. Il doit tenir en masse et garder la trace de la cuillère. Détendez-le à peine à la spatule, quelques tours suffisent, juste pour le rendre souple.
Le pourquoiLe στραγγιστό, le yaourt dit de sachet, a perdu son petit lait par égouttage. C'est lui qui donne au tzatziki grec sa densité, celle qui le sépare du cacık turc que le dictionnaire officiel turc autorise à être allongé d'ayran. [Définition officielle du cacık au Türk Dil Kurumu, qui admet le yaourt dilué et même la laitue à la place du concombre.]
Ajoutez au yaourt l'ail râpé, puis le concombre pressé. Versez maintenant l'huile d'olive et le vinaigre de vin en alternant, un filet d'huile, un trait de vinaigre, en mélangeant à la spatule entre chaque ajout. Terminez par l'aneth ciselé, salez, poivrez, goûtez. La sauce doit être franche en ail et vive en acidité.
Le pourquoiEn alternant les deux liquides plutôt qu'en les versant d'un coup, on laisse le yaourt les absorber sans se casser. C'est le vinaigre de vin, et non le citron, que les cuisines grecques emploient ici. [Méthode décrite par Elena Paravantes, et vinaigre confirmé par Argyró Barbarigou, Akis Petretzikis et la presse grecque.]
Couvrez le bol et mettez-le au réfrigérateur. Une heure suffit à rendre la sauce mangeable, une nuit la rend bien meilleure. L'ail perd son mordant agressif, l'aneth diffuse, et l'ensemble se resserre en une masse lisse.
Le pourquoiLe froid et le temps arrondissent les composés soufrés de l'ail cru, qui attaquent le palais dans les premières minutes puis se fondent. C'est pour cela que le tzatziki de la veille est toujours le meilleur. [Argyró Barbarigou conseille de le laisser une nuit, selon ses mots pour que δέσουν τα αρώματα, que les parfums se lient.]
Sortez-le un quart d'heure avant de servir, il ne doit pas être glacé. Versez-le dans une coupelle creuse, lissez le dessus, creusez un petit puits au centre et remplissez-le d'un filet d'huile d'olive. Une pluche d'aneth, quelques olives si le cœur vous en dit, et du pain chaud à côté.
Le pourquoiLe tzatziki se sert à part, dans son propre bol, et non étalé sur le pain. En Grèce il arrive avec les autres mezedes, et c'est chacun qui se sert, entre deux gorgées d'ouzo ou de tsipouro. [Usage décrit par la Βικιπαίδεια grecque, qui le donne comme meze d'accompagnement de l'ouzo et du tsipouro autant que comme sauce du souvlaki en pita.]
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Le parent direct, et la source du nom. Le grec τζατζίκι est un emprunt au turc cacık. Mais le Türk Dil Kurumu, l'institution officielle de la langue turque, définit le cacık comme un aliment fait de concombre OU DE LAITUE émincé dans du yaourt OU DE L'AYRAN : il peut donc être dilué, là où le tzatziki grec est toujours épais. Deux plats parents, pas deux noms du même bol.
Voir la recette →CousineLa cousine chypriote, et c'est elle qui règle une partie de la querelle des herbes. Le talattouri se fait à la menthe fraîche et au jus de citron, là où la Grèce continentale penche pour l'aneth et le vinaigre. Eli Giannopoulos s'appuie précisément sur cette distinction pour dire que la menthe est chypriote et non grecque.
Voir la recette →CousineLa branche qui a choisi la soupe plutôt que la trempette. Même trio yaourt, concombre, ail, mais allongé d'eau glacée et servi froid en entrée, souvent avec des noix. La Βικιπαίδεια grecque désigne d'ailleurs le tarator comme l'une des formes dont le tzatziki relève.
Voir la recette →CousineLe même tarator, en Macédoine du Nord. La famille des sauces froides au yaourt et au concombre ne s'arrête pas aux frontières nationales modernes : elle suit l'aire ottomane, des Balkans au Levant.
Voir la recette →CousineLe versant persan, et il n'est pas là par hasard. La racine même du mot cacık remonte au persan ژاژ (zhazh), qui désigne des herbes de cuisine, consignée par le lexicographe Asadi Tusi au XIe siècle. Le mast-o-khiar est le yaourt au concombre de cette aire linguistique.
Voir la recette →CousineL'autre bout de la famille iranienne, du côté des soupes au yaourt aux herbes. La Βικιπαίδεια grecque rapproche explicitement le tzatziki de l'ash-e doogh iranien et du raita indien.
Voir la recette →CousineLa version de la diaspora. Melbourne compte l'une des plus grandes populations grecques hors de Grèce, et Peter Georgakopoulos y transmet la recette tenue de son père, à l'aneth et au vinaigre de vin blanc, en admettant la menthe ou le persil comme solutions de rechange.
Voir la recette →CousineLa sauce de la version athénienne, et son ancêtre est ottoman : le yaourt accompagnait déjà le kebab, il a survécu tel quel dans l'iskender kebap turc, et il est devenu le tzatziki en Grèce. Sa règle tient en un geste, sortir l'eau du concombre.
Voir la recette →CousineLa sauce obligatoire, et le seul accompagnement que personne ne conteste dans la pita athénienne. Sa règle tient en un geste : sortir l'eau du concombre, sinon elle finit dans le pain. Sa propre controverse, l'aneth, reste ouverte chez les autorités grecques.
Voir la recette →L'ancêtre honnête, et il faut dire exactement ce qu'il est. Galien décrit au IIe siècle ce lait caillé épais qu'on mangeait avec du miel, et Columelle en donne un siècle plus tôt une version égouttée dix jours puis macérée aux herbes fraîches, origan, menthe, oignon, coriandre. C'est le geste du lait fermenté aux herbes, pas encore le tzatziki : ni concombre, ni ail en signature. Le confondre avec le tzatziki, c'est fabriquer une fausse antiquité.
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