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Atlas Culinaire · Pologne · Europe
Les galettes de pommes de terre crues rùpées, liées à leur propre amidon récupéré au fond du bol et frites au saindoux : le plat qui a remplacé le pain chez les pauvres du XIXᔠsiÚcle
Il faut d'abord rĂ©gler le sort d'une belle histoire. On raconte volontiers que la pomme de terre est entrĂ©e en Pologne dans les bagages de Jean III Sobieski, rapportĂ©e de Vienne en 1683 aprĂšs sa victoire sur les Turcs et offerte Ă la reine MarysieĆka. C'est un rĂ©cit charmant et c'est une lĂ©gende. Les traces sĂ©rieuses sont plus prosaĂŻques et plus anciennes : une culture probablement amorcĂ©e dĂšs la fin du XVIá” siĂšcle par les apothicaires de WrocĆaw, et selon d'autres sources des nobles ariens de Petite-Pologne qui l'auraient plantĂ©e au milieu du XVIIá” siĂšcle. Il a ensuite fallu prĂšs d'un siĂšcle de dĂ©fiance, de rumeurs de maladie et d'encouragements officiels pour que le paysan polonais s'y rĂ©solve.
L'AMIDON RĂCUPĂRĂ, PAS LA FARINE.
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Ăpluchez le kilo de pommes de terre et rĂąpez-les CRUES au cĂŽtĂ© fin de la rĂąpe, celui qui donne une purĂ©e humide plutĂŽt que des filaments. RĂąpez l'oignon dans la mĂȘme masse, au fur et Ă mesure, et non Ă la fin.
Le pourquoiL'oignon rùpé en cours de route est un antioxydant : ses composés soufrés freinent l'enzyme qui fait virer la rùpée de pommes de terre au gris rosé puis au brun. Une rùpée sans oignon grisaille en dix minutes.
Laissez reposer la masse un quart d'heure. Penchez le bol et versez lentement le liquide clair, ou pressez la rùpée dans une passoire au-dessus d'un saladier. Laissez ce liquide décanter cinq minutes : une couche blanche et compacte se dépose au fond. Jetez l'eau, RACLEZ ce dépÎt à la cuillÚre et remettez-le dans la rùpée.
Le pourquoiCe dépÎt blanc est l'amidon des pommes de terre. C'est lui, et non la farine, qui soude la galette, la rend souple au centre et lui donne ses bords dentelés et croustillants. Le jeter revient à jeter le liant du plat, puis à le remplacer par de la farine qui alourdit. [geste convergent des sources culinaires polonaises]
Ajoutez l'Ćuf, le sel, le poivre, et seulement si la masse vous paraĂźt fragile une Ă trois cuillerĂ©es de farine. MĂ©langez d'un mouvement franc, sans travailler longtemps.
Le pourquoiLe sel appelle l'eau des pommes de terre par osmose. SalĂ©e trop tĂŽt, la masse relĂąche du liquide dans le bol et redevient coulante juste au moment de passer Ă la poĂȘle. On sale Ă la derniĂšre minute, et on cuit tout de suite.
Versez l'huile dans une poĂȘle large sur un demi-centimĂštre de hauteur et ajoutez la cuillerĂ©e de saindoux. Chauffez Ă feu moyen-vif jusqu'Ă ce que la graisse ondule et qu'une miette de rĂąpĂ©e jetĂ©e dedans grĂ©sille immĂ©diatement en remontant.
Le pourquoiUne galette de pomme de terre crue déposée dans une graisse tiÚde absorbe avant de saisir : elle devient lourde et grasse. Il faut que la croûte se forme dans les premiÚres secondes pour que l'intérieur cuise à la vapeur de sa propre eau.
Déposez des cuillerées de rùpée dans la graisse chaude et aplatissez chacune au dos de la cuillÚre sur un demi-centimÚtre d'épaisseur, en laissant les bords irréguliers. Laissez cuire quatre à cinq minutes sans y toucher, puis retournez et comptez trois à quatre minutes de plus.
Le pourquoiLes bords irréguliers sont volontaires : ce sont eux qui dentellent et croustillent. Une galette parfaitement ronde et lissée à la spatule cuit uniformément et ennuie.
Sortez les galettes sur une grille, ou sur du papier absorbant en les posant cĂŽte Ă cĂŽte. Ne les empilez jamais et ne les couvrez pas.
Le pourquoiUne galette posée sur une autre emprisonne sa propre vapeur, qui repasse dans la croûte et la ramollit en deux minutes. Tout le croustillant obtenu en huit minutes de friture se perd en cent vingt secondes d'empilement.
Servez immĂ©diatement. En salĂ©, une bonne cuillerĂ©e de Ćmietana bien froide sur la galette brĂ»lante et de la ciboulette ciselĂ©e. En sucrĂ©, un voile de sucre en poudre et une compote de pommes Ă cĂŽtĂ©. Rien n'interdit de faire les deux dans la mĂȘme poĂȘlĂ©e.
Le pourquoiLe contraste de tempĂ©rature est la moitiĂ© du plaisir : la crĂšme froide qui commence Ă fondre au contact de la galette brĂ»lante est exactement ce que cherche la table polonaise. Servie tiĂšde sur tiĂšde, la mĂȘme assiette perd tout son intĂ©rĂȘt.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Cousines slaves d'Europe centrale. MĂȘme geste de base, noms diffĂ©rents selon la frontiĂšre â frontiĂšre elle-mĂȘme historiquement mouvante entre Pologne et Ukraine.
Voir la recette âCousineCousines balto-slaves directes. La Lituanie et la Pologne ont partagĂ© des siĂšcles d'histoire commune (Union de Lublin 1569-1795) et cette galette de pomme de terre en tĂ©moigne.
Voir la recette âCousineLa branche allemande, dĂ©veloppĂ©e en parallĂšle. Les Kartoffelpuffer, ou Reibekuchen, naissent de la mĂȘme façon et Ă la mĂȘme Ă©poque, et les sources polonaises reconnaissent explicitement que les premiĂšres recettes se sont levĂ©es de front dans les cuisines juive, allemande et polonaise. Personne n'a copiĂ© personne.
Voir la recette âCousineLe faux jumeau suisse, et la diffĂ©rence tient en un mot : CRU. Le rösti se fait le plus souvent de pommes de terre cuites la veille et refroidies, sans Ćuf ni oignon dans la masse, et forme une seule grande galette qu'on dĂ©coupe. Le placek se fait de pommes de terre crues rĂąpĂ©es, liĂ© Ă leur propre amidon, et se cuit en portions individuelles. MĂȘme apparence, deux techniques opposĂ©es.
Voir la recette âCousineLe cousin tchĂšque, Ă l'ail et Ă la marjolaine. Les bramborĂĄky suivent la mĂȘme mĂ©thode de pomme de terre crue rĂąpĂ©e mais assument un assaisonnement bien plus marquĂ©, ail Ă©crasĂ© et marjolaine, lĂ oĂč le placek polonais s'en tient Ă l'oignon, au sel et au poivre.
Voir la recette âCousineL'autre grande rĂ©ponse polonaise Ă la pomme de terre. LĂ oĂč le placek la rĂąpe crue et la fait croustiller Ă la poĂȘle, les kopytka la cuisent, l'Ă©crasent et la pochent en petits sabots moelleux. Deux traitements opposĂ©s du mĂȘme tubercule qui a sauvĂ© la Pologne de la faim.
Voir la recette âCousineCousines slaves directes. La frontiĂšre entre BiĂ©lorussie et Pologne est poreuse sur ce plat â les deux pays se disputent parfois la paternitĂ© de la galette de pomme de terre rĂąpĂ©e.
Voir la recette âCousineBoxty irlandais et Placki polonais convergent sur la mĂȘme Ă©conomie : transformer la pomme de terre en galette frite. Deux pĂ©riphĂ©ries de l'Europe catholique, mĂȘme rĂ©ponse.
Voir la recette âCousineLes placki ziemniaczane, galettes de pomme de terre polonaises.
Voir la recette âLa branche juive ashkĂ©naze, nĂ©e dans la mĂȘme rĂ©gion et Ă la mĂȘme Ă©poque. Les latkes se frient pour Hanoucca, oĂč la friture commĂ©more l'huile du Temple, et se servent avec de la compote de pommes ou de la crĂšme aigre, exactement comme les deux services du placek polonais. Les sources polonaises rangent la cuisine juive parmi les trois foyers d'origine de la galette de pommes de terre rĂąpĂ©es.
Pas encore dans l'AtlasLa grande galette nappĂ©e de goulash de bĆuf, star des auberges du Podhale, et un nom qui ment trois fois. Elle n'est pas hongroise malgrĂ© son nom, seul le goulash l'est ; « Ă la maniĂšre des brigands » renvoie aux zbĂłjnicy des Tatras ; et autour de Cracovie on l'appelle encore autrement. L'hypothĂšse la plus rĂ©pandue sur son origine la situe Ă l'Ă©poque de la Pologne populaire, quand la pĂ©nurie de viande obligeait les restaurateurs Ă Ă©taler trĂšs peu de ragoĂ»t sur une trĂšs grande galette. Plausible, non dĂ©montrĂ©.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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