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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
La sauce verte de Maurice : coriandre fraßche pilée au mortier avec piment, ail, sel et citron vert, posée à cÎté de tout ce qui se mange sur l'ßle, du dholl puri du matin au cari du soir
« Cotomili » est un mot qui a traversĂ© l'ocĂ©an : c'est le tamoul kothamalli, la coriandre fraĂźche, entrĂ© dans le crĂ©ole mauricien avec les engagĂ©s indiens dĂ©barquĂ©s Ă l'Aapravasi Ghat de Port-Louis Ă partir de 1834 â et « satini », c'est tout simplement le mot chutney passĂ© Ă la bouche crĂ©ole. De cette rencontre est nĂ© le condiment le plus partagĂ© de l'Ăźle : une poignĂ©e de coriandre Ă©crasĂ©e sur la roche cari avec l'ail, le piment et le sel, rĂ©veillĂ©e en dernier d'un jus de citron vert. Vert franc, frais, piquant, il est la sauce verte de Maurice. On le tartine dans le dholl puri, on y trempe les gato pima, les samoussas et les merveilles achetĂ©s aux marchands de rue de Port-Louis, on le pose Ă cĂŽtĂ© du briani comme du cari du soir : Ă Maurice, un plat arrive rarement seul, et c'est souvent le satini qui l'escorte. NĂ© dans les cuisines indo-mauriciennes, il appartient aujourd'hui Ă toutes les tables de l'Ăźle. Le mĂȘme mot dĂ©signe d'ailleurs la mĂȘme herbe Ă La RĂ©union et jusqu'Ă Madagascar, oĂč l'on dit kotomila : une petite feuille, et tout l'ocĂ©an Indien crĂ©ole tient dans le mortier.
Le vrai débat du satini cotomili est un débat d'outil.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincez abondamment la coriandre Ă l'eau froide pour chasser le sable qui se loge au creux des tiges. Retirez les grosses tiges ligneuses de la base mais gardez les tiges tendres. Ăgouttez et essorez soigneusement. Ăpluchez l'ail et Ă©queutez les piments (gardez les graines si vous aimez que ça pique). Tout doit ĂȘtre propre et bien sec.
Le pourquoiLe satini ne cuit pas : ce que vous mettez dans le mortier arrive tel quel dans le bol. L'eau rĂ©siduelle dilue le chutney, affadit le piquant et accĂ©lĂšre l'oxydation de la coriandre â et les tiges tendres portent autant de parfum que les feuilles, ce serait un gĂąchis de les jeter.
Au mortier, mĂ©thode traditionnelle : commencez par l'ail et le piment avec le sel, pilez en pĂąte grossiĂšre. Ajoutez la coriandre par poignĂ©es et continuez Ă piler jusqu'Ă une texture finement broyĂ©e mais pas complĂštement lisse. Ajoutez le jus de citron vert en dernier. Au mixeur, mĂ©thode moderne : mettez tous les ingrĂ©dients dans le bol et mixez par impulsions courtes en raclant les parois, jusqu'Ă une texture granuleuse â jamais une purĂ©e lisse. Ajoutez 1 Ă 2 cuillĂšres Ă soupe d'eau si nĂ©cessaire.
Le pourquoiLe sel et l'ail pilés d'abord forment une pùte abrasive qui broie ensuite les feuilles à froid, cellule aprÚs cellule, sans les chauffer : les arÎmes sortent, la chlorophylle reste verte. Le citron ajouté en dernier fixe la fraßcheur au lieu de cuire l'herbe dans l'acide pendant le pilage.
GoĂ»tez et rectifiez le sel, le citron et le piment. Si vous ajoutez un filet d'huile, incorporez-le maintenant. Versez dans un petit bol ou un ramequin et servez immĂ©diatement Ă cĂŽtĂ© du plat. Le satini se garde 1 Ă 2 heures Ă tempĂ©rature ambiante dans un bol couvert, et jusqu'Ă 24 heures au rĂ©frigĂ©rateur â il fonce lĂ©gĂšrement mais garde sa saveur.
Le pourquoiUn condiment cru vit sur ses arÎmes volatils : chaque heure qui passe lui vole du parfum et du vert. Le citron équilibre le piquant et ralentit un peu l'oxydation, mais rien ne remplace un satini pilé au moment du repas.
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L'autre grand pilier de la famille des satinis pilés : coco rùpé et grillé écrasé au mortier au lieu de la coriandre. Les deux se retrouvent souvent cÎte à cÎte, jusque dans le pliage du dholl puri.
Voir la recette âCousineLe cousin brĂ»lant : mĂȘme geste du mortier, mĂȘme rĂŽle de condiment de table mauricien, mais ici c'est le piment qui mĂšne, sur une ascendance malgache. Ă Port-Louis, les merveilles se mangent avec l'un ou l'autre.
Voir la recette âCousineLe miroir rĂ©unionnais : sur l'Ăźle sĆur, le condiment cru pilĂ© s'appelle rougail â exactement le rĂŽle que le satini joue Ă Maurice, oĂč « rougaille » dĂ©signe au contraire la sauce tomate mijotĂ©e. Deux mots inversĂ©s pour le mĂȘme geste du pilon.
Voir la recette âCousineL'accompagnement insĂ©parable : le du pain frire se trempe brĂ»lant dans ce chutney cru de coriandre, tomate et piment qui rĂ©veille la friture. L'un ne se sert guĂšre sans l'autre.
Voir la recette âCousineL'autre pilier du condiment frais mauricien : lĂ oĂč la pomme d'amour donne une satini rouge, acide et pulpeuse, le cotomili (coriandre fraĂźche) pilĂ© donne une satini verte et herbacĂ©e. MĂȘme famille, mĂȘme service â un bol posĂ© Ă cĂŽtĂ© du riz, des grains et du cari.
Voir la recette âL'ancĂȘtre direct : le chutney vert de coriandre du sous-continent (dhania, kothamalli en tamoul), arrivĂ© avec les engagĂ©s et crĂ©olisĂ© au citron vert mauricien. MĂȘme plat, mĂȘme nom d'origine, un autre drapeau.
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