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Atlas Culinaire · Hongrie · Budapest
Le dessert-roi des restaurants hongrois, né au Gundel à la fin des années 1950 et présenté à l'Expo 58 de Bruxelles — trois génoises (nature, cacao, noix) tirées d'une seule pâte, gorgées de sirop au rhum et aux agrumes, crème vanille, raisins et noix, servi en quenelles sous sauce chocolat tiède et chantilly
De tous les desserts hongrois, le somlói galuska est à la fois le mieux documenté et le plus légendaire — et la frontière entre les deux ne passe pas où on la met d'habitude. Le galuska, lui, ne ment pas : c'est la « petite quenelle ». Le somlói ne se découpe jamais en parts ; il se sert à la cuillère, en grosses quenelles prélevées à même le plat, généreuses et un peu débraillées.
QUI A INVENTÉ LE SOMLÓI — ET A-T-IL VRAIMENT SA MÉDAILLE ? La paternité officielle (l'idée du serveur en chef Gollerits, la main du pâtissier Szőcs) est une tradition de maison : la FILLE de Szőcs conteste tout rôle de Gollerits, une prime d'innovation de 200 forints versée en 1955 brouille la chronologie, et l'enquête d'archives conclut qu'on ne sait pas.
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Commencez la veille, comme au Gundel : versez le rhum sur les raisins secs et laissez-les boire toute la nuit. Ils doivent redevenir charnus, gorgés, presque noirs de parfum. C'est le premier étage de l'âme rhumée du somlói.
Le pourquoiDes raisins secs jetés tels quels resteraient durs et voleraient l'humidité du gâteau ; gonflés au rhum, ils fondent et parfument de l'intérieur.
Voici le cœur du canon Gundel, et il tient en une règle : un œuf pour vingt grammes de sucre et vingt grammes de farine, jamais de levure. Fouettez les huit œufs avec le sucre jusqu'au ruban épais et mousseux, puis incorporez la farine tamisée à la spatule, délicatement, de bas en haut. Divisez la pâte en trois parts égales : laissez la première nature, glissez le cacao tamisé dans la deuxième, les noix finement moulues dans la troisième. Étalez chacune en couche fine sur une plaque et cuisez au four vif quelques minutes à peine, l'une après l'autre. Laissez refroidir.
Le pourquoiUne seule pâte divisée en trois garantit trois génoises jumelles qui boiront le sirop au même rythme ; la levure est le marqueur des versions de magazine, le ruban des œufs suffit.
Fendez la gousse de vanille, grattez les graines et faites-les infuser dans le lait chaud. Fouettez les jaunes avec le sucre et la farine jusqu'à blanchiment, versez le lait chaud dessus en filet sans cesser de remuer, puis remettez sur feu doux. Tournez jusqu'à ce que la crème épaississe et nappe la cuillère. Débarrassez aussitôt, filmez au contact et laissez refroidir. Une seule crème, à la vanille : le chocolat, lui, n'arrivera qu'au service, en nappage.
Le pourquoiLa farine et les jaunes cuits ensemble lient le lait en une crème souple — c'est elle qui soude les étages ; la crème chocolat en couche est la marque des dérivés de comptoir, pas du somlói du Gundel.
Faites bouillir l'eau avec le sucre et les zestes d'orange ET de citron — les deux, c'est le verbatim du Gundel — un bon quart d'heure, jusqu'à un sirop léger et très parfumé. Retirez du feu, laissez refroidir, puis seulement versez le rhum, avec celui des raisins égouttés. C'est ce sirop qui transformera trois plaques de génoise en un dessert fondant.
Le pourquoiLe sirop tiède pénètre la génoise et la gorge d'agrumes et de rhum : c'est lui l'âme humide du somlói.
Hachez le chocolat noir et faites-le fondre doucement avec l'eau, en remuant jusqu'à une sauce lisse, brillante et franchement épaisse. Hors du feu, ajoutez le rhum. Gardez-la tiède : elle doit couler en ruban lourd sur les quenelles au moment du service — c'est le « sűrű csokoládéöntet », le nappage épais du livre Gundel, au vrai chocolat, jamais au cacao délayé.
Le pourquoiL'eau, contrairement à la crème, laisse parler le chocolat pur : la sauce du Gundel est un nappage franc, pas une ganache.
Dans un grand plat creux, posez la génoise aux noix — elle ouvre le bal, c'est l'ordre de la maison. Imbibez-la généreusement d'un tiers du sirop, parsemez d'un tiers des raisins et des noix hachées, couvrez d'un tiers de crème vanille. Posez la génoise au cacao, recommencez ; puis la nature, et recommencez encore. Lissez la crème restante sur le dessus et poudrez-la d'un voile de cacao amer — le geste canonique qui signe le somlói. Couvrez et confiez le plat au réfrigérateur pour la nuit entière : c'est le repos qui fait le dessert.
Le pourquoiPendant la nuit, le sirop migre, la crème imprègne les génoises et les trois saveurs se fondent en une seule : l'édifice devient somlói.
Voici le geste qui donne son nom au dessert. Sortez le plat du froid et, avec une grande cuillère — « leveseskanállal », dit le Gundel, une cuillère à soupe —, détachez de grosses quenelles arrondies à même la masse fondante. Deux ou trois par assiette, montées en petit dôme généreux et volontiers débraillé : le somlói doit ressembler, disent les Hongrois, à une pâtisserie tombée — surtout pas à un dessert trop bien coiffé.
Le pourquoiLa quenelle rustique est la signature du plat depuis l'origine : galuska veut dire quenelle, jamais on ne découpe le somlói en parts.
Nappez généreusement les quenelles de sauce chocolat tiède, qu'elle coule en rubans brillants dans les vallons. Montez la crème bien froide en chantilly avec le sucre glace et posez une belle cuillerée sur chaque assiette. Parsemez de noix hachées grossièrement et servez sans attendre : le froid fondant des quenelles, le tiède du chocolat et la légèreté de la chantilly, c'est tout le somlói dans une bouchée.
Le pourquoiLe contraste tiède-froid est la dramaturgie du service : il ne survit pas à l'attente.
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Le Rákóczi túrós, frère d'armes de l'Expo 58 : présenté à Bruxelles aux côtés du somlói — et nommé d'après son chef, Rákóczi János, pas d'après le prince.
Voir la recette →CousineLe madártej, son grand rival des sondages : en 2010, un scrutin le place devant le somlói, quand un autre sacre le somlói « gâteau préféré de la Hongrie ». Match nul au sommet — le dessert de ferme contre le dessert de restaurant.
Voir la recette →CousineLe Dobos torta, l'autre grand dessert d'auteur hongrois — et le précédent exact du même mythe fondateur : un dessert lancé dans une exposition (Budapest 1885, devant François-Joseph), comme le somlói rejouera la scène à Bruxelles en 1958.
Voir la recette →CousineLa Gundel palacsinta, l'autre gloire sucrée de la même maison : crêpe aux noix et au rhum sous sauce chocolat — la parenté de garde-manger (noix, rhum, chocolat) saute aux yeux.
Voir la recette →CousineL'aranygaluska, le faux-ami : galuska aussi, mais levée à la brioche, dorée au beurre et servie à la crème vanille — seule la quenelle leur est commune, pas la famille.
Voir la recette →Le cousin viennois structurel : biscuits imbibés et crème montés en couches, nommé d'après une bataille de la guerre de Crimée — la même famille d'entremets d'Europe centrale.
Pas encore dans l'AtlasLa déclinaison de vitrine : le somlói discipliné en carrés, deux génoises et deux crèmes pudding (vanille ET chocolat) — c'est d'elle que vient la confusion des « deux crèmes », étrangère au canon du Gundel.
Pas encore dans l'AtlasLe somlói traduit en gâteau moderne par Damniczki Balázs (Székesfehérvár), sacré « Gâteau de la Hongrie » 2014 : mousse chocolat au rhum, insert orange, croûte noix-caramel — 30 000 parts vendues en deux jours de festival.
Pas encore dans l'AtlasLe jumeau d'époque — biscuit imbibé, crème, cacao, deux icônes nationales de restaurant du XXᵉ siècle. Et c'est le somlói l'aîné : le tiramisù n'entre à la carte du Beccherie de Trévise qu'en 1972.
Pas encore dans l'Atlas« Le somlói est la réponse hongroise au sherry trifle » (Shaun Hill) : même architecture — génoise imbibée, crème, chantilly — mais convergence de forme, aucune filiation documentée.
Pas encore dans l'AtlasLa cousine structurelle la plus proche : génoise imbibée d'alcool et crème pâtissière en couches, codifiée chez Artusi dès 1891 — soixante-dix ans avant le somlói.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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