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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le « riz à beaucoup de graisse » des Merina, cuit dans le bouillon gras du zébu et du porc pour le famadihana et les grandes fêtes
À Madagascar, chaque repas repose sur le couple vary sy laoka, le riz et ce qui l'accompagne. Le vary be menaka renverse cette hiérarchie. Son nom signifie littéralement « riz à beaucoup de graisse », et ce jour-là c'est le riz lui-même qui devient l'événement. Sur les Hautes-Terres merina, on le prépare pour les grandes cérémonies, d'abord le famadihana, le retournement des morts célébré pendant l'hiver austral, mais aussi les mariages et les circoncisions. Le riz ne se contente plus d'accompagner : il cuit par absorption dans le bouillon gras des viandes, jarret de zébu et lard de porc, jusqu'à ce que chaque grain soit enrobé d'une pellicule dorée et luisante.
Zébu ou porc ? Wikipédia décrit un riz cuit avec de l'huile ou, « de préférence, des portions fortement graisseuses de porc », tandis qu'un témoignage d'Antananarivo décrit un service mêlant zébu et porc, assaisonnés de sel seulement.
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Versez le riz dans un grand bol et couvrez d'eau froide. Frottez délicatement les grains entre vos paumes, puis videz l'eau laiteuse. Répétez l'opération trois fois, jusqu'à ce que l'eau de rinçage soit parfaitement claire. Laissez le riz égoutter dans une passoire pendant la préparation du bouillon.
Le pourquoiL'amidon de surface, s'il reste, colle les grains entre eux et absorbe le gras en pâte terne ; rincé, chaque grain reste distinct et peut se vêtir de la pellicule brillante qui fait le plat.
Placez les morceaux de jarret de zébu (ou de bœuf) et le lard entier dans une grande marmite en fonte ou en aluminium épais. Couvrez avec 1,5 L d'eau froide et portez à ébullition à feu vif. Écumez soigneusement et régulièrement la mousse grise qui remonte en surface pendant 15 à 20 minutes, puis baissez à feu moyen-doux et couvrez.
Le pourquoiLe départ à l'eau froide laisse les protéines et les impuretés coaguler progressivement et remonter en mousse que l'on retire ; un départ à l'eau chaude les disperse dans le liquide et trouble définitivement le bouillon.
Laissez frémir le bouillon à couvert, à feu moyen-doux, pendant 60 à 90 minutes selon la dureté du jarret. En fin de cuisson, salez (environ 12 g) et goûtez : le bouillon doit être franchement salé, car c'est lui qui assaisonnera le riz cuit par absorption. Ne dégraissez jamais, même si la nappe de gras en surface semble importante.
Le pourquoiLe mijotage lent fait fondre le gras du lard et le collagène du jarret dans le liquide : c'est cette graisse dissoute qui donnera son nom, sa brillance et son moelleux au riz.
Prélevez 600 ml de bouillon gras chaud et versez-les dans une seconde marmite. Portez à ébullition vive, versez le riz rincé d'un seul coup, mélangez une seule fois à la cuillère en bois. Couvrez immédiatement et baissez à feu doux. Cuisez 18 à 20 minutes sans soulever le couvercle.
Le pourquoiCuit par absorption, le riz boit le bouillon en entier : le sel, le goût de viande et surtout le gras se logent au cœur et à la surface de chaque grain, ce qu'un riz cuit à l'eau puis nappé de sauce n'obtiendra jamais.
Hors du feu, laissez reposer 5 minutes couvercle fermé. Remettez ensuite la marmite sur feu vif pendant 2 minutes pour former volontairement l'apango, la croûte de riz dorée attachée au fond. Après le service, versez de l'eau bouillante sur cette croûte dans la marmite pour préparer le ranovola.
Le pourquoiLe repos laisse la vapeur résiduelle finir les grains du dessus ; le coup de feu final caramélise légèrement la couche du fond, croûte valorisée qui donnera ensuite la boisson du repas.
Sortez délicatement les morceaux de jarret et le lard entier du bouillon. Posez-les sur le riz cuit, dans la marmite ou directement dans les assiettes. Au moment de servir, versez une généreuse louche de bouillon gras sur le riz : les viandes doivent baigner dans leur propre graisse fondue.
Le pourquoiCe nappage final dépose la dernière couche de gras brillant sur les grains : c'est lui qui donne au plat son éclat d'abondance, le signe visible que rien n'a été compté pour la fête.
Posez sur la table un bol de sakay, le condiment pimenté, que chaque convive dose à sa guise : il ne s'incorpore jamais à la marmite. Servez le ranovola bien chaud en boisson d'accompagnement. En contexte cérémoniel, riz brillant, viandes et bouillon forment à eux seuls le repas complet.
Le pourquoiLe sakay servi à part respecte la table malgache, où le feu se dose individuellement, et le ranovola chaud rince le palais de la richesse du gras entre deux bouchées.
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Même logique du zébu mijoté jusqu'à rendre son gras sur les Hautes-Terres ; le vary be menaka pousse cette logique un cran plus loin en faisant cuire le riz lui-même dans ce gras.
Voir la recette →VarianteMême geste du riz cuit avec la viande dans une seule marmite, en registre quotidien avec des brèdes ; le vary be menaka en est le versant cérémoniel, sans légumes et saturé de graisse.
Voir la recette →CousineNée de la même marmite : la croûte d'apango que le vary be menaka forme volontairement au fond donne, arrosée d'eau bouillante, le ranovola qui se boit pendant tout le repas de fête.
Voir la recette →CousineDeux plats d'apparat des Hautes-Terres merina réservés aux grandes occasions : le zébu longuement cuit du varanga et le riz saturé de gras du vary be menaka disent la même abondance cérémonielle.
Voir la recette →CousineParenté typologique transîle : un riz de fête créole cuit au gras avec grains ou viande dans l'océan Indien. Rapprochement de forme, sans filiation documentée entre les deux plats.
Voir la recette →CousineLe « riz gras » au zébu des grandes cérémonies est le vrai plat d'abondance carnée du répertoire malgache : il incarne ce que ce ragoût généreux évoque, le zébu réservé aux grandes occasions et partagé en grande tablée.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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