vers 1 000 av. J.-C.
Commerce d'épices et d'encens depuis la Corne
Les côtes de l'actuelle Somalie, connues sous le nom de « Pays de Pount » dans les sources égyptiennes antiques, constituaient un point d'exportation majeur d'encens, de myrrhe et d'épices vers l'Égypte, l'Arabie et la Mésopotamie. Ces échanges commerciaux intenses ont posé les bases d'une culture culinaire ouverte aux influences extérieures. Les navigateurs phéniciens, arabes et indiens fréquentaient régulièrement ces côtes, introduisant progressivement de nouveaux ingrédients et techniques de préparation.
vers le IXe siècle
Implantation arabe et islamisation de la côte somalienne
L'arrivée de marchands et de colons arabes et persans sur les côtes somaliennes, notamment autour des villes de Mogadiscio, Zeila et Berbera, entraîne une profonde transformation des habitudes alimentaires locales. L'islamisation de la région impose les règles halal et introduit de nouvelles épices, techniques de cuisson au riz et pratiques d'hospitalité codifiées. Le bariis (riz épicé) et l'usage intensif du xawaash dans la cuisine festive datent en grande partie de cette période d'influence arabo-persane.
XIIIe siècle
Mogadiscio, carrefour culinaire de l'océan Indien
Au XIIIe siècle, Mogadiscio est décrite par le voyageur arabe Ibn Battûta (lors de son passage vers 1331) comme une ville prospère où l'hospitalité culinaire est remarquable, avec des repas abondants servis aux visiteurs comprenant du riz, de la viande et des sauces épicées. Ce témoignage constitue l'une des premières descriptions ethnographiques précises de la cuisine somalienne côtière. Les échanges commerciaux avec l'Inde, la Chine et la péninsule arabique enrichissent continuellement le répertoire culinaire local.
années 1880-1900
Colonisation et introduction de nouveaux aliments
La colonisation britannique (Somaliland) et italienne (Somalie méridionale) introduit de nouveaux ingrédients comme la pasta (pâtes italiennes) et certaines techniques de conservation, qui s'intègrent progressivement dans la cuisine locale pour donner des plats hybrides comme le baasto iyo suugo, pâtes à la sauce somalienne épicée. Cette période illustre la capacité d'adaptation de la cuisine somalienne, qui absorbe les influences étrangères tout en préservant ses fondements pastoraux et épicés. Les pâtes italiennes restent aujourd'hui un élément distinctif de la cuisine somalienne par rapport aux autres cuisines est-africaines.
depuis 1991
Diaspora et rayonnement mondial de la cuisine somalienne
La guerre civile déclenchée en 1991 provoque une diaspora somalienne massive vers l'Europe (Royaume-Uni, Pays nordiques, Pays-Bas), l'Amérique du Nord et le Moyen-Orient, entraînant un phénomène de diffusion et de redécouverte de la cuisine somalienne à l'échelle mondiale. Des restaurants somaliens s'ouvrent à Londres, Minneapolis, Toronto et Nairobi, faisant connaître des plats comme le bariis iskukaris, l'anjero et le hilib ari (viande de chèvre) à un public international. Ce mouvement diasporique a également favorisé une réflexion identitaire sur la cuisine somalienne comme vecteur de mémoire culturelle et de résistance.