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Atlas Culinaire · Soudan du Sud · Afrique
Porridge épais de sorgho façonné en dôme et entouré d''un "fossé" de mulah dengo (sauce viande de bœuf, tomate, oignon) — repas-totem partagé Soudan/Soudan du Sud, signature du quotidien Dinka, Nuer, Bari et de Juba post-indépendance 2011
L'asida est le moteur calorique de la vie sud-soudanaise : un porridge épais de sorgho, façonné en dôme, entouré d'un « fossé » de mulah dengo, la sauce de bœuf, de tomate et d'oignon. C'est le repas-totem du quotidien, partagé avec le Soudan mais devenu, depuis l'indépendance du 9 juillet 2011, un plat de revendication culturelle — celui des Dinka, des Nuer, des Bari et des tables de Juba.
L'asida cristallise les débats d'un jeune pays.
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La veille au soir, dans un grand bol non métallique (verre, céramique, plastique alimentaire), mélanger 500 g de farine de sorgho avec 500 ml d''eau tiède et 1 c.à.s. de yaourt nature non sucré. Mélanger énergiquement à la cuillère en bois jusqu''à obtention d''une pâte lisse sans grumeau. Couvrir d''un linge propre et laisser fermenter à température ambiante 12 heures (idéalement toute la nuit, dans une cuisine à 20-25°C). Au matin, la pâte aura développé une odeur légèrement aigre et de petites bulles en surface — c''est le marqueur de la fermentation lactique réussie documentée par Hamid A. Dirar dans son ouvrage de référence sur les ferments soudanais.
Le pourquoiLa fermentation d'une nuit au yaourt développe l'acidité signature de l'asida.
Le lendemain, commencer par la sauce. Dans une grande marmite à fond épais, chauffer 3 c.à.s. d''huile végétale à feu moyen-vif. Faire saisir les dés de bœuf 5-6 minutes en remuant pour qu''ils soient dorés sur toutes les faces. Réserver la viande dans un plat. Dans la même marmite, ajouter les oignons hachés finement avec une pincée de sel; faire suer 8 minutes à feu moyen-doux jusqu''à ce qu''ils soient translucides et fondants, sans brûler. Ajouter l''ail haché, 1 c.à.c. de cumin moulu et 1 c.à.c. de coriandre moulue; faire revenir 1 minute jusqu''aux premiers parfums.
Le pourquoiSaisir la viande développe les sucs qui donneront corps à la mulah dengo.
Remettre la viande dorée dans la marmite. Ajouter les tomates fraîches pelées et concassées, le concentré de tomate, le piment shatta (si utilisé), et un peu de sel. Mélanger, faire cuire 5 minutes à feu moyen pour que les tomates fondent et que l''huile remonte en perles oranges en surface. Verser 800 ml de bouillon ou d''eau chaude, porter à ébullition puis baisser à frémissement doux. Couvrir partiellement et laisser mijoter 35-40 minutes jusqu''à ce que la viande soit tendre sous la fourchette et la sauce épaissie en consistance nappante. Goûter et rectifier le sel.
Le pourquoiLa tomate mijotée avec la viande forme la sauce épaisse qui ceinturera le dôme.
Pendant que la sauce mijote, préparer l''asida. Dans une grande marmite à fond épais (en INOX ou fonte, JAMAIS aluminium selon Taste of South Sudan), porter 1,2 litre d''eau à grande ébullition avec 2 c.à.c. de sel fin. L''eau doit bouillir à gros bouillons quand la farine fermentée sera incorporée — c''est non négociable pour éviter les grumeaux.
Le pourquoiUne eau salée bouillante en marmite inox ou fonte reçoit la pâte sans qu'elle attache.
Sortir la pâte fermentée du bol. Remuer brièvement pour réhomogénéiser. Réduire le feu sous l''eau bouillante à feu moyen-vif. Verser la pâte EN UN SEUL JET au centre de la marmite (geste maîtrisé documenté par Sudanese Kitchen). Avec une grande cuillère en bois ou un bâton à asida traditionnel (mufrāka), mélanger ÉNERGIQUEMENT pendant 5-10 minutes en raclant constamment les parois et le fond pour éviter les grumeaux et la caramélisation. La pâte va d''abord paraître liquide puis épaissir brusquement vers la 5e minute pour devenir une masse compacte et brillante qui se détache des parois.
Le pourquoiVersée en un seul jet au centre puis travaillée, la pâte prend en masse sans grumeaux.
Une fois la masse compacte et brillante (elle se détache des parois en un seul bloc), réduire le feu au minimum, couvrir la marmite hermétiquement et laisser cuire 5 minutes en vapeur douce. Si la masse paraît trop sèche ou difficile à manipuler, ajouter 50-100 ml d''eau chaude par dessus puis remuer brièvement. Goûter — l''asida doit être ferme mais souple, avec une légère acidité signature de la fermentation, sans goût de farine crue.
Le pourquoiUn temps à couvert à feu doux achève la cuisson ; on détend à l'eau chaude si besoin.
Huiler généreusement l''intérieur d''un grand bol creux ou d''une calebasse traditionnelle avec 1 c.à.s. d''huile de sésame ou de ghee. À l''aide d''une cuillère humidifiée à l''eau froide, transférer la totalité de l''asida brûlante dans le bol huilé en tassant légèrement pour former une demi-sphère lisse. Attendre 30 secondes que la surface fige légèrement. Retourner d''un coup sec sur le plat de service rond — l''asida démoule en un dôme parfait, brillant et lisse.
Le pourquoiMoulée dans un bol huilé et démoulée, l'asida forme le dôme signature du plat.
Verser la mulah dengo brûlante TOUT AUTOUR du dôme d'asida, en formant une couronne ou "fossé" généreux — la viande et la sauce épousent la base du dôme sans le recouvrir. Cette présentation signature documentée par Sudanese Kitchen, Oasis Market et RJ Travel Agency est dite "l'île d'asida dans le fossé de mulah". Servir immédiatement, brûlant, au centre de la table familiale. Au Soudan du Sud, on mange traditionnellement à la main droite : pincer un morceau d'asida entre pouce, index et majeur, former une petite boule, scooper la sauce et la viande, porter à la bouche. Accompagner d'un verre de laban (lait fermenté) ou d'eau fraîche.
Le pourquoiLa mulah versée en couronne autour du dôme est le dressage totem de l'asida.
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La kisra est l'autre grand féculent quotidien : le second staple après l'asida, galette de sorgho fermenté déchirée pour saucer les mêmes ragoûts.
Voir la recette →CousineLe rob, babeurre fermenté, se verse sur l'asida ou l'accompagne, dans le registre pastoral dinka et nuer.
Voir la recette →CousineLe kajaik, ragoût de poisson du Nil, est l'une des sauces qu'on verse autour du dôme d'asida, côté pêcheurs nilotiques.
Voir la recette →CousineLe combo, épinards à l'arachide, est une autre sauce onctueuse que l'asida vient saucer.
Voir la recette →CousineL'asida est le féculent qu'on sert avec le basico pour honorer les beaux-parents kuku : le duo d'alliance par excellence.
Voir la recette →CousineL'asida est le frère salé du wala-wala : même famille de porridges de sorgho, mais fermentée une nuit et servie avec une sauce, quand le wala-wala fermente plusieurs jours et finit sucré.
Voir la recette →L'aseeda soudanaise est le même porridge, partagé avant la frontière de 2011 : le Sud en a fait un plat de revendication au sorgho.
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