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Atlas Culinaire · France · Languedoc & Roussillon
Haricots lingots du Lauragais, confit de canard et saucisse de Toulouse : le cassoulet « pÚre » selon la Grande Confrérie de Castelnaudary, sa croûte dorée enfoncée sept fois, cuit dans la cassole de terre d'Issel.
Le cassoulet porte le nom de sa terre cuite : la cassole d'Issel, ce village du Lauragais oĂč, dit-on, un potier façonne ces jarres tronconiques depuis 1377. Sans la cassole, pas de cassoulet, juste un ragoĂ»t de haricots. L'identitĂ© du plat est insĂ©parable de son rĂ©cipient, et son nom vient de lĂ : cassolo en occitan, le plat avant d'ĂȘtre le mets.
LA GUERRE DES TROIS VILLES.
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La version la plus épurée et la plus ancienne : porc, confit de canard ou d'oie, couenne, saucisse pur porc. Ni mouton, ni tomate, ni chapelure. Le canon défendu par la Grande Confrérie.
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Rincez 500 g de lingots du Lauragais IGP Ă l'eau froide, puis couvrez-les d'eau froide Ă hauteur triple. Laissez tremper une nuit entiĂšre (minimum 12 heures) Ă tempĂ©rature ambiante. Le lendemain, Ă©gouttez et rincez Ă nouveau. Placez-les dans une grande casserole, couvrez d'eau froide â jamais d'eau bouillante d'emblĂ©e, qui durcirait les peaux. Portez Ă Ă©bullition, laissez frĂ©mir 5 minutes, puis Ă©gouttez et rincez. Cette premiĂšre Ă©bullition, qu'on appelle le blanchiment d'usage, emporte la mousse grise et les sucres indigestes qui troubleraient la cassole.
Le pourquoiLe haricot lingot contient des oligosaccharides (raffinose, stachyose) qui fermentent dans l'intestin. Le trempage et le blanchiment initial en Ă©liminent 30 Ă 40 %, rendant le cassoulet plus facile Ă digĂ©rer. C'est aussi ce qui donne au fond de cuisson sa transparence nacrĂ©e â pas de mousse, pas de trouble. [Harold McGee â On Food and Cooking (2004)]
Dans une grande marmite, faites revenir 150 g de couenne de porc fraĂźche dans un filet de graisse d'oie (ou d'huile neutre) jusqu'Ă lĂ©gĂšre coloration. Ajoutez 2 oignons piquĂ©s de 2 clous de girofle chacun, 4 gousses d'ail entiĂšres non Ă©pluchĂ©es, 2 carottes en tronçons, un bouquet garni gĂ©nĂ©reux (thym, laurier, queues de persil). Couvrez de 2,5 litres d'eau froide. Portez Ă Ă©bullition, Ă©cumez soigneusement pendant 5 minutes jusqu'Ă ce que l'Ă©cume cesse, puis ajoutez les haricots blanchis. Maintenez un frĂ©missement doux â jamais de gros bouillons â pendant 45 minutes Ă 1 heure, jusqu'Ă ce que les haricots soient tendres en surface mais encore fermes au cĆur.
Le pourquoiLa couenne libĂšre du collagĂšne qui se transforme en gĂ©latine au fil de la cuisson. Cette gĂ©latine est l'Ăąme de la cassole : elle lie le fond, lui donne son onctuositĂ© caractĂ©ristique, et fait tenir la croĂ»te lors des brisages successifs. Un cassoulet sans couenne produit un jus aqueux qui s'Ă©vapore sans laisser de corps. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Languedoc-Roussillon (1995)]
Sortez 2 cuisses de confit de canard de leur graisse et essuyez-les soigneusement. Faites-les dorer dans une poĂȘle chaude cĂŽtĂ© peau, 4 Ă 5 minutes, jusqu'Ă ce que la peau soit dorĂ©e et lĂ©gĂšrement croustillante â la graisse rendue est prĂ©cieuse, conservez-la dans la poĂȘle. Dans cette mĂȘme graisse, faites revenir Ă feu vif 2 grosses saucisses de Toulouse (250 g chacune, artisanales) jusqu'Ă coloration dorĂ©e sur toutes leurs faces. RĂ©servez. Faites Ă©galement dorer 200 g de poitrine de porc demi-sel (prĂ©alablement blanchie 5 minutes) et, si vous en trouvez, 100 g de saucisse de couenne. DĂ©glacez la poĂȘle avec un verre de vin blanc du Languedoc : grattez bien les sucs caramĂ©lisĂ©s et versez-les dans le bouillon des haricots.
Le pourquoiLe brunissement Maillard qui se produit entre 130 et 180°C crĂ©e plusieurs centaines de composĂ©s aromatiques (pyrazines, furannes, aldĂ©hydes) qui n'existent pas dans la viande crue. Ces composĂ©s infusent dans la cassole pendant les heures de cuisson et constituent l'identitĂ© olfactive profonde du cassoulet de Castelnaudary. Une viande non dorĂ©e produit un cassoulet terne et sans profondeur. [Harold McGee â On Food and Cooking, chapitre "Meat" (2004)]
Frottez gĂ©nĂ©reusement l'intĂ©rieur de la cassole en terre cuite (ou d'une cocotte en fonte Ă dĂ©faut) avec une gousse d'ail fendue. Tapissez le fond d'une couche de couennes prĂ©levĂ©es du fond de cuisson. Ăgouttez les haricots en gardant le bouillon Ă portĂ©e. Disposez une premiĂšre couche de haricots (environ un tiers). Ajoutez les viandes dans l'ordre suivant : la poitrine de porc d'abord, puis la saucisse de couenne si vous en avez, les 2 cuisses de confit de canard peau vers le haut, et les saucisses de Toulouse enfoncĂ©es Ă mi-hauteur. Couvrez avec les haricots restants. Ajoutez 4 gousses d'ail Ă©crasĂ©es, du thym effeuillĂ©, du persil hachĂ© et poivrez gĂ©nĂ©reusement. Versez dĂ©licatement le bouillon tiĂšde jusqu'Ă affleurer le niveau des haricots â pas plus. Salez avec discernement : le confit est dĂ©jĂ salĂ©.
Le pourquoiLa cassole en terre cuite d'Issel n'est pas un simple contenant â c'est un matĂ©riau de cuisson Ă part entiĂšre. Sa porositĂ© permet une Ă©vaporation lente et rĂ©guliĂšre qui empĂȘche la surchauffe en fond de cassole. L'ordre des couches garantit que les viandes les plus grasses (confit) diffusent leur gras vers les haricots pendant la cuisson, tandis que les couennes du fond libĂšrent leur gĂ©latine de bas en haut. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Languedoc-Roussillon (1995)]
Couvrez la cassole de son couvercle (ou d'un papier sulfurisĂ© Ă©pais) et enfournez Ă 160°C chaleur tournante, grille basse. Laissez cuire 1 heure 30 sans ouvrir ni intervenir. Ă l'issue de ce premier temps, retirez le couvercle. La surface doit prĂ©senter une fine croĂ»te blanchĂątre qui commence Ă peine Ă prendre couleur â elle est encore fragile et pĂąle. Ă partir de ce moment, la cuisson se fait entiĂšrement Ă dĂ©couvert : la croĂ»te va se former, se colorer, ĂȘtre brisĂ©e, et se reformer, plus Ă©paisse et plus dorĂ©e Ă chaque cycle.
Le pourquoiLa cuisson couverte initiale permet aux haricots de s'imprĂ©gner du fond, aux viandes de commencer Ă diffuser leurs graisses et leurs jus, et au collagĂšne de la couenne de poursuivre sa transformation en gĂ©latine. Sans cette phase d'imprĂ©gnation protĂ©gĂ©e, le cassoulet serait sec Ă l'arrivĂ©e malgrĂ© tout le bouillon. C'est la logique du braiser : d'abord l'humiditĂ©, puis la croĂ»te. [Ăric Roux â Le Cassoulet (Ăd. du Rouergue, 2019)]
Toutes les 30 Ă 45 minutes, sortez la cassole du four. Avec le dos d'une cuillĂšre en bois, brisez doucement la croĂ»te dorĂ©e en l'enfonçant vers le fond de la cassole, en travaillant du bord vers le centre. Versez 2 Ă 3 cuillĂšres Ă soupe de bouillon chaud sur les parties Ă©mergĂ©es â jamais directement sur la croĂ»te, mais sur les bords contre la paroi, pour que le liquide s'infiltre par le bas. Remettez au four. RĂ©pĂ©tez l'opĂ©ration 5 Ă 7 fois sur une durĂ©e totale de 3 Ă 4 heures de cuisson Ă dĂ©couvert, jusqu'Ă obtenir une croĂ»te finale Ă©paisse, brun-acajou et brillante. Le cassoulet est prĂȘt quand la croĂ»te tient seule et que les bords de la cassole montrent une lĂ©gĂšre caramĂ©lisation sombre.
Le pourquoiChaque brisage plonge dans la masse les composĂ©s Maillard formĂ©s en surface et les redistribue dans tout le cassoulet. Il rĂ©hydrate en mĂȘme temps les haricots qui s'assĂšchent progressivement. Ce mĂ©canisme crĂ©e un cassoulet dont chaque haricot est imprĂ©gnĂ© de saveurs caramĂ©lisĂ©es â pas seulement la surface. C'est la diffĂ©rence fondamentale entre un cassoulet de Castelnaudary et une simple cassole de haricots. [AcadĂ©mie Universelle du Cassoulet de Castelnaudary, recette officielle (1978)]
Sortez la cassole du four, couvrez-la lĂąchement d'un torchon propre et laissez reposer 20 minutes hors du four. Pendant ce temps, la croĂ»te termine sa prise, les jus se redistribuent, et la graisse du confit remonte lĂ©gĂšrement en surface pour briller. Portez la cassole entiĂšre Ă table â jamais transvasĂ©e dans un plat. Servez Ă la grande cuillĂšre en creusant la croĂ»te Ă table devant les convives, en veillant Ă donner Ă chacun un morceau de croĂ»te dorĂ©e, un morceau de confit, un bout de saucisse et une gĂ©nĂ©reuse portion de haricots. Accompagnez d'un CorbiĂšres, d'un Fitou ou d'un Minervois.
Le pourquoiLe repos est une Ă©tape de cuisson Ă part entiĂšre : la conduction de chaleur continue dans la masse encore chaude, et les protĂ©ines de surface se dĂ©tendent. Un cassoulet servi immĂ©diatement Ă la sortie du four est trop chaud pour ĂȘtre goĂ»tĂ©, et ses jus n'ont pas eu le temps de se stabiliser dans les haricots. [Harold McGee â On Food and Cooking (2004)]
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le cousin gascon. La garbure partage le confit (oie ou canard) et le garde-manger du Sud-Ouest, mais c'est une soupe Ă©paisse de chou et de lĂ©gumes, pas un gratin de haricots. MĂȘme famille, forme diffĂ©rente.
Voir la recette âCousineLe cousin ibĂ©rique. MĂȘmes gros haricots blancs (fabes) longuement mijotĂ©s avec du porc, mais relevĂ©s de chorizo, morcilla et pimentĂłn, sans gratin ni confit. Une parentĂ© peut-ĂȘtre tissĂ©e le long du Chemin de Compostelle.
Voir la recette âCousineLe cousin catalan, plus simple : haricots blancs (mongetes) et boudin/saucisse (botifarra) poĂȘlĂ©s ensemble. La rencontre haricot-charcuterie sous une forme du quotidien, sans la longue cuisson en cassole.
Voir la recette âCousineLe cousin lusophone. LĂ©gumineuse et porc longuement mijotĂ©s, mais aux haricots noirs et avec des morceaux variĂ©s, servie avec riz et farofa. Souvent rangĂ©e avec le cassoulet et la fabada au panthĂ©on mondial des grands plats de haricots.
Voir la recette âCousineLe cousin lointain anglo, par analogie de concept : haricots blancs et porc salĂ© cuits des heures au four. Mais le registre est inverse, sucrĂ© (mĂ©lasse, sirop d'Ă©rable), sans confit ni saucisse. ParentĂ© d'idĂ©e, pas de filiation.
Voir la recette âCousineLe grand descendant : le confit (canard ou oie) est l'une des viandes-clĂ©s du cassoulet de Castelnaudary, oĂč il fond parmi les haricots. Le plat du Sud-Ouest dont le confit est un pilier.
Voir la recette âCousineL'autre monument du one-pot rĂ©gional : le cassoulet partage la logique du grand plat de charcuterie longuement mijotĂ©, mais sur un fĂ©culent de haricots au lieu du chou fermentĂ©.
Voir la recette âCousineLe grand cousin du sud-ouest français : le Cassoulet est l'autre monument du mariage porc-et-lĂ©gumineuse, oĂč l'on a d'ailleurs remplacĂ© la fĂšve mĂ©diĂ©vale (fevolat) par le haricot venu d'AmĂ©rique. Le Judd, lui, est restĂ© fidĂšle Ă la fĂšve.
Voir la recette âLe nom portĂ© par le cassoulet au XVIIá” siĂšcle, avant que le mot « cassoulet » ne s'impose. « Estouffat de mounjes » : un ragoĂ»t de haricots cuit Ă l'Ă©touffĂ©e, forme antĂ©rieure du mĂȘme plat.
Pas encore dans l'AtlasLe cassoulet de l'AriĂšge sous son nom occitan, de « mongeta » (haricot). Coco de Pamiers, confit de canard, porc et saucisses : c'est le mĂȘme plat que celui de Castelnaudary, avec parfois de la tomate, dĂ©fendu par sa propre confrĂ©rie, la Tasto-Mounjetos.
Pas encore dans l'AtlasLe village d'Issel, Ă 8 kilomĂštres de Castelnaudary, est le berceau de la cassole â cette jarre tronconique en terre cuite dont les parois Ă©paisses et poreuses font toute la diffĂ©rence. Les potiers d'Issel en façonnent depuis le Moyen Ăge : la terra negra locale, une argile grise et dense, cuit Ă une tempĂ©rature qui lui confĂšre une porositĂ© permettant l'Ă©vaporation lente et contrĂŽlĂ©e. C'est cette Ă©vaporation qui empĂȘche la surchauffe au fond, protĂšge les haricots d'un bouillonnement trop violent, et donne au cassoulet sa cuisson douce et enveloppante. Sans la cassole d'Issel, le plat s'appellerait autrement â et cuirait diffĂ©remment.
En 1929, Prosper MontagnĂ© â nĂ© Ă Carcassonne, auteur du Larousse Gastronomique â prononce la formule qui va dĂ©clencher une guerre fratricide entre trois villes occitanes : « Le cassoulet est le dieu de la cuisine occitane. Un dieu en trois personnes : Dieu le PĂšre Ă Castelnaudary, Dieu le Fils Ă Carcassonne, le Saint-Esprit Ă Toulouse. » La comparaison est thĂ©ologique et dĂ©libĂ©rĂ©ment provocatrice. Depuis, chaque ville revendique la paternitĂ© du plat et refuse de reconnaĂźtre les versions des deux autres. L'AcadĂ©mie Universelle du Cassoulet, fondĂ©e en 1978 Ă Castelnaudary, a tranchĂ© en faveur de la ville du Lauragais â mais Carcassonne et Toulouse ne se sont toujours pas inclinĂ©es.
L'expression « briser la croĂ»te sept fois » ne vient pas d'une tradition culinaire millĂ©naire. Elle vient d'Anatole France qui, dans L'Histoire Comique (1903), dĂ©crit de façon pittoresque un cassoulet dont la croĂ»te serait brisĂ©e sept fois au cours de la cuisson. La formule est belle â trop belle pour ĂȘtre vraie. L'AcadĂ©mie de Castelnaudary a expliquĂ© que le nombre de brisages dĂ©pend du feu, du four, du vent, de la cassole et de l'humeur du cuisinier. Ce qui compte, ce n'est pas le chiffre : c'est que chaque croĂ»te reformĂ©e soit plus dorĂ©e et plus parfumĂ©e que la prĂ©cĂ©dente. La tradition, parfois, doit se mĂ©fier de ses propres poĂštes.
Le haricot lingot du Lauragais est cultivĂ© dans la plaine du mĂȘme nom depuis le XVIIe siĂšcle. Cette plaine entre Toulouse et Carcassonne bĂ©nĂ©ficie d'un ensoleillement exceptionnel et d'une terre argilo-calcaire qui donne Ă ce haricot blanc sa peau fine, sa texture fondante et sa capacitĂ© Ă s'imprĂ©gner des fonds sans se dĂ©sintĂ©grer. En 2004, l'INAO lui accorde l'IGP â Indication GĂ©ographique ProtĂ©gĂ©e â aprĂšs des dĂ©cennies de dĂ©marches portĂ©es par les producteurs locaux. Depuis, le cassoulet de Castelnaudary ne peut prĂ©tendre Ă l'appellation authentique qu'avec ce haricot prĂ©cis. C'est l'Ă©quivalent culinaire d'un terroir viticole : le mĂȘme plat avec d'autres haricots est autre chose.
Sourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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