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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
Le poisson mijoté du Marigot Market : vivaneau lavé au citron vert, mijoté en sauce rocou-tomate parfumée d'ail, cive, thym et bois d'Inde, piment Bonda Man Jak laissé entier. Le court-bouillon créole du cÎté français de l'ßle partagée.
Sur la plus petite Ăźle du monde partagĂ©e entre deux nations â 87 kmÂČ dont 53 cĂŽtĂ© français au nord, le reste nĂ©erlandais au sud, depuis le TraitĂ© de Concordia signĂ© en 1648 â le court-bouillon de poisson est le plat crĂ©ole du quotidien comme du dimanche, cĂŽtĂ© français. Le vivaneau (ou la daurade, le capitaine) est d'abord frottĂ© et marinĂ© au citron vert : ce geste de « lavage » commun Ă toutes les Antilles françaises resserre la chair et efface le goĂ»t d'iode. Le poisson mijote ensuite dans une sauce d'huile de rocou et de tomates, relevĂ©e d'ail, de cive, de thym et de bois d'Inde, avec un piment Bonda Man Jak laissĂ© entier pour parfumer sans incendier. On le sert nappĂ© sur du riz crĂ©ole, avec de l'igname bouillie et des tranches d'avocat frais.
Le « court-bouillon saint-martinois » est souvent présenté comme radicalement distinct de celui de Martinique et de Guadeloupe, grùce au gingembre et au clou de girofle qui seraient un « héritage néerlandais » propre à l'ßle.
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Marinade â Frotter et mariner le vivaneau au citron vert â Rincer les darnes Ă l'eau claire. Frotter chaque darne avec le zeste et le jus d'1 citron vert pendant 30 sec â geste crĂ©ole de 'lavage' qui retire l'iode forte du poisson, hĂ©ritĂ© des Antilles françaises et commun Ă toutes les Ăźles. Rincer rapidement. Disposer dans un plat creux. Couvrir avec l'ail pilĂ©, la cive, le persil, le thym, le bois d'Inde Ă©miettĂ©, le sel et le piment Madame Jacques fendu. Bien malaxer dĂ©licatement. Filmer, frigo 30 min minimum.
Le pourquoiLe frottage acide « lave » le poisson : il resserre les protéines de surface et neutralise les composés qui portent le goût d'iode et de vase, tout en amorçant la pénétration du sel et des aromates.
Huile rocou â PrĂ©parer l'huile de rocou (achiote) maison â Dans une petite casserole, verser 60 ml d'huile neutre + 2 c.Ă .s. de graines de rocou. Chauffer Ă FEU TRĂS DOUX (jamais de friture, max 80°C) pendant 4-5 min â l'huile vire orangĂ© profond, presque rouge. Retirer du feu, laisser tiĂ©dir, filtrer dans un bol. Le rocou maison parfume avec une note presque florale, lĂ©gĂšrement poivrĂ©e â le rocou industriel donne 50% du goĂ»t seulement.
Le pourquoiLe pigment du rocou (la bixine) est liposoluble : une huile menĂ©e en douceur en extrait la couleur rouge-orangĂ© et les notes poivrĂ©es sans les dĂ©grader â d'oĂč un parfum bien plus franc que le colorant industriel.
Sauce base â Suer oignons-poivron dans l'huile rocou â Dans une grande sauteuse Ă fond Ă©pais ou marmite crĂ©ole, verser l'huile rocou tiĂšde. Chauffer Ă feu moyen. Ajouter les oignons Ă©mincĂ©s et le poivron rouge en laniĂšres. Faire fondre 8 min en remuant â pas de coloration, juste translucide et tendre. Les lĂ©gumes se gorgent de la couleur rouge orangĂ©e. Ajouter le concentrĂ© de tomate, mĂ©langer 1 min pour torrĂ©fier.
Le pourquoiSuer sans colorer développe la douceur des oignons et du poivron et libÚre leur eau ; les légumes se gorgent alors de l'huile colorée et posent l'assise aromatique de la sauce.
Tomates fraĂźches â Ajouter tomates et Ă©craser â Verser les tomates fraĂźches concassĂ©es dans la sauteuse. Ăcraser un peu Ă la cuillĂšre en bois pour libĂ©rer leur jus. Cuire 5-6 min Ă feu moyen-doux jusqu'Ă ce que les tomates se dĂ©fassent et la sauce s'Ă©paississe. Ă ce stade la base est rouge orangĂ©e vive, encore un peu liquide â c'est normal. GoĂ»ter et saler lĂ©gĂšrement (le poisson est dĂ©jĂ marinĂ© salĂ©).
Le pourquoiLes tomates fraßches apportent l'acidité et la pectine qui lient la sauce ; les écraser libÚre jus et pulpe pour une base nappante plutÎt qu'aqueuse.
Signature MF â Ajouter gingembre + clou de girofle (cĆur signature saint-martinois) â C'est ICI que se signe la diffĂ©rence avec MQ/GP : ajouter le gingembre frais rĂąpĂ© et les 2 clous de girofle entiers DANS la sauce maintenant â pas avant. Cette mise en place tardive prĂ©serve les huiles essentielles du gingembre (sinon brĂ»lĂ©es par la chaleur prolongĂ©e) et infuse le girofle sans amertume. MĂ©langer 2 min puis verser 400 ml d'eau chaude. Porter Ă frĂ©missement doux.
Le pourquoiAjoutés tard, gingembre et girofle infusent leurs huiles volatiles sans les brûler ni virer à l'amertume : c'est une infusion courte, pas une cuisson longue, qui garde leur parfum vif.
Pochage poisson â Pocher les darnes 12-15 min â Sortir les darnes de la marinade. RĂ©cupĂ©rer la marinade (aromates) et la verser dans la sauce frĂ©missante. DĂ©poser dĂ©licatement les darnes â elles doivent ĂȘtre Ă demi-immergĂ©es dans la sauce. Arroser Ă la louche par-dessus. Couvercle ENTROUVERT (pas fermĂ©). POCHER 12-15 MIN Ă frĂ©missement DOUX SANS bouillir, sans remuer (ne pas casser le poisson). Tester Ă la pointe du couteau : la chair doit se dĂ©tacher facilement de l'arĂȘte mais rester ferme.
Le pourquoiUn frémissement doux cuit la chair en douceur et la maintient entiÚre ; une eau qui bout casserait les darnes et les rendrait cotonneuses.
Igname â Cuire l'igname bouillie en parallĂšle â Pendant le pochage : Ă©plucher l'igname blanche, la couper en gros cubes de 4 cm. Plonger dans une grande casserole d'eau bouillante salĂ©e (1 c.Ă .s. sel par litre) + 1 feuille de laurier. Cuire 30 min â l'igname doit cĂ©der sous la fourchette sans s'Ă©craser. Ăgoutter. RĂ©server au chaud. L'igname est l'accompagnement distinctif saint-martinois â Ă la place du plantain martiniquais.
Le pourquoiFĂ©culent doux et neutre, l'igname Ă©ponge la sauce ; cuite Ă l'eau salĂ©e, elle reste fondante Ă cĆur tout en gardant de la tenue.
Finition â Acidifier et reposer â En fin de cuisson du poisson : ajouter 1 c.Ă .s. de vinaigre blanc Ă la sauce (pas directement sur le poisson). GoĂ»ter, rectifier sel. Retirer le piment Madame Jacques et le bois d'Inde TRĂS prĂ©cautionneusement (le piment pourrait ĂȘtre prĂȘt Ă Ă©clater). Verser le jus du second citron vert juste sur la sauce. Couvrir, laisser reposer hors feu 3-4 min â le poisson finit doucement, les arĂŽmes s'unifient.
Le pourquoiUn trait de vinaigre et le second citron réveillent la sauce en fin de course ; le repos hors du feu unifie les arÎmes et achÚve la cuisson du poisson par inertie.
Service â Dresser Ă la saint-martinoise â Sur grande assiette creuse : un dĂŽme de riz blanc crĂ©ole d'un cĂŽtĂ©, une darne de vivaneau au centre gĂ©nĂ©reusement nappĂ©e de sauce rouge orangĂ©e, 3-4 cubes d'igname Ă cĂŽtĂ©, 4-5 tranches d'avocat frais sur le bord (jamais cuit, juste tranchĂ©). Quartier de citron vert pour pressage. Saupoudrer de persil ciselĂ©. Servir BRĂLANT â le court-bouillon froid perd son caractĂšre vibrant.
Le pourquoiServi trÚs chaud, le court-bouillon garde sa sauce nappante et ses arÎmes volatils vivants ; l'avocat cru, gras et doux, apporte le contraste qui équilibre le piquant.
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Le plat-totem revendiquĂ© du cĂŽtĂ© nĂ©erlandais Sint Maarten de la mĂȘme Ăźle de 87 kmÂČ : un ragoĂ»t mijotĂ© servi avec des johnny cakes, pendant nord-hollandais du court-bouillon français dans une Ăźle unique divisĂ©e entre deux traditions culinaires.
Voir la recette âCousineAutre grand plat de poisson des Antilles françaises : comme le court-bouillon, le poisson est d'abord marinĂ© au citron vert, mais il est ensuite pochĂ© dans un bouillon clair et Ă©picĂ©, sans huile de rocou ni tomate â la cousine « blanche » du court-bouillon rouge.
Voir la recette âCousineLe plat frĂšre du blaff sur la mĂȘme Ăźle : mĂȘme poisson, mĂȘme famille crĂ©ole, mais version riche et tomatĂ©e (roucou, sauce liĂ©e) lĂ oĂč le blaff reste clair et maigre. Les deux forment le couple structurant de la cuisine de poisson antillaise, distinguĂ©s par la prĂ©sence ou l'absence de tomate et de matiĂšre grasse.
Voir la recette âCousineMĂȘme poisson vedette, le vivaneau rouge (red snapper), mais traitĂ© en court-bouillon crĂ©ole tomatĂ© plutĂŽt que grillĂ© et vinaigrĂ©. Cousin par le produit et la culture crĂ©ole de l'Ăźle.
Voir la recette âCousineDeux façons saint-martinoises de traiter le mĂȘme poisson : ici le vivaneau pochĂ© dans un bouillon de tĂȘtes et arĂȘtes avec provisions, lĂ mijotĂ© dans un court-bouillon crĂ©olisĂ©. MĂȘme famille de bouillons de poisson de l'Ăźle, cĂŽtĂ©s français et nĂ©erlandais.
Voir la recette âLe court-bouillon saint-martinois est une variante locale du court-bouillon de poisson pan-antillais de Martinique et de Guadeloupe : mĂȘme marinade au citron vert et mĂȘme sauce rocou-tomate, avec ici l'igname et l'avocat en garniture caractĂ©ristiques de l'Ăźle.
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