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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le porc gras qui fond sous les brèdes morelles, laoka doux-amer des Hautes Terres
Anamamy veut dire « la brède douce », et le nom est presque une malice : la morelle garde en fin de bouche une pointe d'amertume discrète, celle-là même qu'on vient chercher. Sur les Hautes Terres, c'est un laoka de tous les jours, dans la grande grammaire du vary sy laoka : le riz d'abord, l'accompagnement ensuite. Ici, le porc gras est saisi jusqu'à la croûte dorée, mijoté jusqu'à céder sous la pointe du couteau, puis les feuilles jetées par-dessus s'affaissent, foncent jusqu'au vert sombre et boivent le gras. La sauce se resserre à découvert, façon ritra, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un fond brillant que le riz blanc absorbe cuillerée après cuillerée. Les cuisinières distinguent plusieurs anamamy : la sauvage (anamamy dia), celle de première coupe (anamamy lava), les repousses tendres (dimbin'anamamy) ; au marché, l'œil doit rester vigilant, car des plantes proches de la morelle peuvent tromper, et les brèdes se mangent toujours bien cuites, jamais crues. Beaucoup de familles marient l'anamamy aux angivy, ces petites baies amères du sévabé : le duo est si installé qu'il se vend en conserve à Madagascar comme dans les épiceries de la diaspora, sous le nom « anamamy sy angivy ». À table, on verse par-dessus une louche de lasary voatabia bien frais, et l'on boit la ranovola chaude, l'eau de riz grillé dont l'amertume toastée répond à celle des brèdes. C'est une assiette sans apparat, celle des gargotes et des cuisines familiales : de la vapeur, du riz, du vert presque noir et un porc qui s'effiloche — l'ordinaire des Hautes Terres dans ce qu'il a de plus réconfortant.
Avec ou sans angivy ? Le duo anamamy sy angivy est une institution — jusqu'en conserve — mais bien des familles préfèrent, sur le porc gras, l'anamamy seule, gardant les baies amères pour la viande de zébu : la recette de la conserve elle-même recommande le bœuf.
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Effeuillez les brèdes anamamy une à une en détachant les feuilles des tiges : ne conservez que les feuilles et les jeunes pousses, en écartant tiges et baies. Lavez trois fois à grande eau froide pour éliminer terre et insectes, puis égouttez dans une passoire. Si vous utilisez des angivy frais, rincez-les et laissez-les entiers.
Le pourquoiLes tiges restent fibreuses et amères même après une longue cuisson, et seul un lavage répété débarrasse ces feuilles de marché du sable qui crisserait sous la dent.
Dans une cocotte à fond épais, chauffez l'huile à feu vif. Faites revenir les morceaux de porc en une seule couche, sans les entasser, jusqu'à une croûte dorée sur toutes les faces. Ne salez pas encore.
Le pourquoiLa caramélisation des sucs sur le fond de la cocotte est le socle aromatique du plat : c'est elle qui donnera sa profondeur à la sauce, face à l'amertume des brèdes.
Baissez à feu moyen. Ajoutez l'oignon émincé et l'ail haché, remuez jusqu'à ce qu'ils soient translucides et à peine dorés. Ajoutez le gingembre écrasé, puis les tomates en dés avec le sel, et mélangez jusqu'à ce qu'elles se défassent complètement en sauce.
Le pourquoiLes tomates fondues déglacent les sucs de la saisie et forment le liant qui portera brèdes et viande jusqu'au service.
Versez 500 ml d'eau chaude, couvrez et laissez mijoter à feu moyen-doux jusqu'à ce que la viande soit tendre. En cocotte-minute, comptez environ 15 minutes après le chuchotement de la soupape, puis dépressurisez avant d'ouvrir.
Le pourquoiLe mijotage lent laisse le collagène fondre : c'est lui qui donnera à la sauce son onctuosité et au porc sa texture qui s'effiloche.
Quand la viande est tendre, ajoutez d'abord les angivy si vous en utilisez, mélangez, puis déposez les feuilles d'anamamy par-dessus sans les écraser. Couvrez et cuisez 20 minutes à feu doux, en remuant délicatement une fois à mi-cuisson.
Le pourquoiLes baies d'angivy demandent plus de temps que les feuilles pour s'attendrir, et les brèdes doivent cuire à cœur : à Madagascar, les feuilles de morelle se mangent toujours bien cuites, jamais crues.
Découvrez la cocotte et montez à feu moyen-vif : laissez le liquide s'évaporer en remuant doucement jusqu'à obtenir un fond de sauce courte et liée. Rectifiez le sel, ajoutez le poivre noir.
Le pourquoiC'est le geste du ritra, la réduction à découvert chère aux Hautes Terres : elle concentre les sucs et transforme un bouillon en laoka nappant.
Servez directement de la cocotte, à côté d'une généreuse portion de vary fotsy (riz blanc). Accompagnez de lasary voatabia (tomates fraîches en condiment) et, si vous voulez faire comme là-bas, d'une tasse de ranovola chaude, l'eau de riz grillé, à boire pendant le repas.
Le pourquoiDans le repas malgache, le riz est le plat et le laoka son escorte : c'est lui qui absorbe la sauce amère et équilibre le gras du porc.
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Le même laoka aux brèdes morelles, au zébu au lieu du porc : c'est la version la plus documentée (mamina.org, conserves), les angivy y étant réputés mieux convenir à la viande maigre.
Voir la recette →CousineTissage transîle : la brède morelle se cuisine aussi à La Réunion, où le bouillon brèdes sur le riz prolonge exactement le geste malgache du ro versé sur le vary.
Voir la recette →CousineMême technique créole de l'autre côté de la mer : des brèdes étouffées puis réduites presque à sec avec l'aromate et le gras, jusqu'au vert sombre nappant — le ritra malgache en version réunionnaise.
Voir la recette →CousineL'autre grand mariage malgache du porc gras et des feuilles vertes : manioc pilé au mortier chez l'un, morelle entière chez l'autre, même logique de laoka sombre et fondant sur le riz.
Voir la recette →CousineL'anamamy est aussi une brède de romazava : la même feuille sert ici un laoka réduit à sec, là un bouillon clair versé sur le riz — deux destins d'une même morelle.
Voir la recette →VarianteMême brède, l'anamamy (morelle douce), mais montée en laoka de viande avec le porc au lieu d'être liée à l'arachide : la déclinaison carnée du même feuillage.
Voir la recette →CousineMême canevas, autre brède : le porc rendu dans sa graisse accueille ici l'anamamy, la brède morelle douce, à la place des feuilles de patate douce. Le laoka porc-brèdes se décline au gré du marché.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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