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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
La plante-remède des cases malgaches passée du cataplasme à la marmite : jeunes feuilles de centella sautées vif à l'ail, sur le vary fotsy
À Madagascar, tout le monde connaît le talapetraka. Vous l'avez sans doute déjà bu en tisane ou vu poser en cataplasme sur une plaie : cette petite plante rampante aux feuilles rondes, la centella (Centella asiatica), est d'abord un remède de case, réputé cicatrisant, que les familles ramassent au bord des rizières et des fossés humides. C'est de cette même plante qu'est né le Madécassol, médicament cicatrisant mis au point par les laboratoires Laroche-Navarron sur la proposition du chercheur malgache Albert Rakoto Ratsimamanga et du botaniste Pierre Boiteau : une humble brède de bas-fond devenue molécule pharmaceutique exportée.
Remède ou aliment ? Le talapetraka est avant tout connu des Malgaches comme plante médicinale (tisane, cataplasme cicatrisant, et matière première du Madécassol), au point que son usage culinaire comme brède sautée reste peu documenté et cantonné à certains foyers ruraux.
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Sélectionnez uniquement les jeunes feuilles rondes de talapetraka, de moins de 3 cm de diamètre : elles sont plus tendres et moins amères que les grandes feuilles adultes. Retirez les tiges épaisses en gardant les pétioles fins. Plongez les feuilles dans un grand bol d'eau froide, agitez pour déloger la terre, égouttez, renouvelez l'eau une fois. Laissez reposer 2 minutes dans la passoire pour que l'excès d'eau s'évacue.
Le pourquoiLa centella pousse au ras du sol dans les bas-fonds humides : elle retient terre et sable, et un rinçage bâclé croque sous la dent. Un excès d'eau résiduelle transformerait le sauté en cuisson vapeur qui délaverait le goût.
Émincez finement l'oignon en demi-rondelles. Écrasez les gousses d'ail au plat du couteau puis taillez-les en fines lamelles. Coupez la tomate en dés de 1 cm. Si vous utilisez du gingembre, râpez-le finement ou écrasez-le au mortier avec une pincée de sel.
Le pourquoiÉcraser l'ail avant de l'émincer rompt les cellules et libère mieux les composés soufrés que l'ail passé au presse-ail, qui chauffe et brûle plus vite. L'ordre de cuisson (ail-oignon, puis tomate, puis feuilles) est ce qui donne du corps au sauté.
Chauffez l'huile dans un wok ou une grande sauteuse à feu vif jusqu'à ce qu'elle scintille. Ajoutez l'oignon et faites-le revenir 3 minutes en remuant, jusqu'à ce qu'il dore sur les bords. Ajoutez l'ail (et le gingembre si désiré) et poursuivez 1 à 2 minutes en remuant : l'ail doit blondir sans brûler.
Le pourquoiLe feu vif caramélise les sucres de l'oignon au lieu de les faire suer en eau : c'est cette légère coloration qui donne la saveur signature des brèdes malgaches.
Ajoutez les dés de tomate et mélangez vigoureusement. Laissez cuire 2 minutes en pressant légèrement avec la spatule pour qu'ils rendent leur jus et forment un fond de sauce léger. Ne cherchez pas une sauce épaisse : une base humide et aromatique suffit.
Le pourquoiL'acidité de la tomate contrebalance l'amertume naturelle du talapetraka et sert de liant humide qui empêchera les feuilles d'attacher.
Versez les feuilles égouttées en une seule fois. Mélangez vite pour bien les enrober des aromates. Couvrez 1 minute pour créer une mini-étuve qui les affaisse, puis ôtez le couvercle et sautez à feu vif 3 à 4 minutes en remuant sans cesse.
Le pourquoiLa centella surcuite tourne en bouillie brune sans texture ni goût. Une cuisson courte et vive la fait flétrir tout en gardant sa couleur et un léger croquant.
Retirez la poêle du feu. Goûtez et ajustez le sel en commençant par une demi-cuillère à café, puis goûtez à nouveau. Servez immédiatement, chaud, dans un bol ou sur le côté du riz blanc.
Le pourquoiSalé seulement en fin de cuisson, le talapetraka garde sa texture. Le plat ne supporte pas d'être réchauffé : les feuilles continuent de cuire et s'affaissent.
Servez les brèdes comme laoka du vary fotsy (riz blanc nature cuit à l'eau) : comptez une bonne cuillerée de brèdes pour un bol de riz. Dans les familles, on peut aussi arroser le riz d'un bouillon de zébu léger (ro) posé à côté.
Le pourquoiLe laoka n'est pas un plat autonome : c'est l'accompagnement qui relève le riz, socle du repas malgache. Un riz cuit un peu ferme contraste avec la tendreté des brèdes.
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Même geste malgache du sauté de brèdes à feu vif avec ail et oignon : ici avec la centella (talapetraka), là avec les feuilles de courge. Deux laoka végétaux de la même famille technique, servis sur le vary.
Voir la recette →CousineAutre brède de bas-fond humide (le cresson, anandrano) cuisinée en laoka. Comme la centella, une herbe ramassée au bord de l'eau, cousine par le terroir et l'usage.
Voir la recette →CousineCousinage transîle créole : le sauté de brèdes à l'ail est un geste partagé de Madagascar à La Réunion. La brède mafane (anamalaho) réunionnaise est elle-même d'origine malgache, cuisinée exactement de la même manière.
Voir la recette →CousineVariante créole réunionnaise de la brède cuisinée (ici étouffée plutôt que sautée vif). Même logique de feuille verte servie en accompagnement du riz, écho des laoka d'anana malgaches.
Voir la recette →CousineAutre facette du couple riz + brèdes (vary sy anana) : au lieu de sauter la brède à part comme laoka, on la cuit directement dans le riz. Même matière verte, service différent.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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