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Atlas Culinaire · Philippines · Visayas
Le poulet de Bacolod, mariné au vinaigre de canne et au calamansi, badigeonné d'huile d'atsuete rouge sur la braise, et mangé avec du riz arrosé de sa graisse
Le 16 juillet 2024, la police a tendu du ruban jaune autour des échoppes du Manokan Country, à Bacolod. Vingt-quatre familles de vendeurs ont perdu leur stand du jour au lendemain. La ville avait signé en octobre 2023 un accord avec SM Prime Holdings pour un ensemble immobilier de bureaux, de commerces et d'un Manokan Country reconstruit à neuf, sur seize mille huit cent soixante-quinze mètres carrés loués vingt et un millions de pesos par an. Le Manokan Country historique, ouvert en 1983 sous le mandat du maire Jose Montalvo Jr., avait quarante et un ans. Il faut le savoir avant de lire quoi que ce soit sur ce plat : la rangée d'échoppes que tous les guides décrivent au présent n'existe plus sous la forme où on l'a connue.
IL N'Y A AUCUNE IGP SUR LE CHICKEN INASAL, ET IL N'Y EN A JAMAIS EU DE DEMANDE DOCUMENTÉE.
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Le vinaigre de canne domine, le sucre reste discret, la fumée est franche. C'est le profil qu'on associe aux échoppes du Manokan Country. Chaque stand garde pourtant sa propre proportion : cette école est un profil, pas une norme.
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Détaillez chaque poulet en quatre morceaux à l'ancienne : d'un côté le blanc avec l'aile encore attachée, c'est le pecho, de l'autre la cuisse et le pilon d'une seule pièce, c'est le paa. Gardez la peau, elle est le support de toute la couleur à venir. Piquez chaque morceau une dizaine de fois à la fourchette, jusqu'à la chair.
Le pourquoiCe ne sont pas des découpes de boucherie mais des noms de commande : à Bacolod on demande un pecho ou un paa, et le vendeur sait exactement ce qu'on veut. Les piqûres, elles, ouvrent des chemins à une marinade très acide qui, sinon, ne dépasse pas la peau. [Noms de portions relevés dans les descriptions du plat aux Visayas occidentales]
Écrasez la citronnelle au dos du couteau puis hachez la partie tendre. Mélangez vinaigre, jus de calamansi, citronnelle, gingembre râpé, ail écrasé, sucre roux, sel et poivre, et remuez jusqu'à dissolution complète du sucre et du sel. Plongez les morceaux, massez, couvrez et laissez une nuit entière au réfrigérateur, en retournant une fois.
Le pourquoiLe profil de Bacolod est décrit partout comme le plus acide des deux : le vinaigre y mène, le sucre ne fait qu'arrondir. La longue durée n'est pas un caprice, c'est le seul moyen pour que le vinaigre et le calamansi traversent la peau et parfument jusqu'à l'os. [Différence de profil rapportée par la presse philippine (Lifestyle Inquirer, février 2024) ; durée convergente dans les recettes natives]
Chauffez l'huile ou la graisse de poulet à feu très doux, jetez-y les graines d'atsuete et laissez infuser cinq à sept minutes en remuant, sans jamais dépasser un frémissement. L'huile prend une couleur de brique lumineuse. Filtrez au tamis fin et jetez les graines. Réservez la moitié pour le badigeon, gardez l'autre moitié pour arroser le riz.
Le pourquoiLa couleur de l'inasal ne vient pas d'un colorant mais de la bixine, le pigment de Bixa orellana, qui est liposoluble : il ne passe que dans un corps gras, jamais dans l'eau ni dans le vinaigre. C'est pour cela qu'on fait une huile et pas une infusion. [Botanique de Bixa orellana et pratique convergente des recettes de Bacolod]
Mélangez la moitié de l'huile d'atsuete avec la margarine fondue, une cuillerée de jus de calamansi et une pincée de sel. Gardez ce mélange tiède près du gril, avec un pinceau ou, mieux, un bouquet de citronnelle ficelé qui servira de pinceau et parfumera à chaque passage.
Le pourquoiLe badigeon fait trois choses à la fois : il colore, il empêche la peau de sécher sur la braise, et le gras qui goutte sur les charbons remonte en fumée aromatique. C'est cette fumée-là, et pas celle du charbon nu, qui donne le parfum de l'inasal. [Pratique des échoppes des Visayas occidentales, recoupée par les recettes philippines]
Allumez le charbon, attendez la cendre grise et étalez un lit modéré, pas ardent. Égouttez les morceaux, essuyez-les rapidement et posez-les peau vers le haut d'abord. Comptez trente à quarante minutes en tout, en retournant toutes les cinq à six minutes et en badigeonnant à chaque retournement. La flamme ne doit jamais toucher la viande.
Le pourquoiUn gros morceau de poulet à l'os demande du temps pour que la chaleur atteigne l'os sans dessécher la surface. Sur un feu vif, la peau sucrée brûle en quatre minutes alors que le centre est encore froid : c'est l'erreur qui fait les inasal amers et crus. [Convergence des recettes natives sur le feu modéré et le badigeon toutes les deux à trois minutes]
Servez le riz brûlant et versez dessus une cuillerée d'huile d'atsuete, en visant le centre du monticule. Ajoutez, si vous en avez récupéré, la graisse orangée tombée du poulet pendant la grillade. Le riz doit changer de couleur.
Le pourquoiCe geste n'est pas un ornement : à Bacolod le riz de l'inasal se mange coloré et gras, et c'est ce que les Negrenses regrettent en premier dans les versions servies ailleurs. Un inasal sur du riz blanc nu est un inasal amputé. [Pratique constante de Bacolod, mentionnée comme composante du service (huile de poulet servie avec le riz)]
Écrasez les piments oiseau dans un petit bol, versez le vinaigre puis la sauce soja, ajoutez un trait de calamansi et laissez reposer dix minutes. Chacun sa coupelle : l'inasal se trempe morceau par morceau, jamais nappé.
Le pourquoiLe vinaigre coupe le gras du badigeon, le soja apporte le sel et le fond, le calamansi relance en tête. C'est le trempage canonique du plat. Beaucoup de Visayas lui préfèrent le sinamak, un vinaigre de palme où ont macéré ail, piments et langkawas, le galanga. [Composition du trempage et du sinamak telle que documentée pour les Visayas occidentales]
Posez sur la table l'atchara, ces lanières de papaye verte au vinaigre sucré, et rien de plus. Le repas est complet : un morceau de poulet, un monticule de riz orangé, une coupelle de trempage, un tas d'atchara.
Le pourquoiL'atchara joue le même rôle qu'un cornichon devant une charcuterie : elle nettoie le palais entre deux bouchées grasses. Elle est la seule verdure attendue à un comptoir d'inasal, et elle suffit. [Composition du couvert dans les échoppes des Visayas occidentales]
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L''autre grand poulet grillé du Sud. Le piaparan maranao passe par la noix de coco râpée, le curcuma et le palapa au lieu du vinaigre et de l''atsuete : deux façons musulmane et chrétienne de traiter la même volaille.
Voir la recette →CousineLe poulet grillé des Tausug de Sulu, noirci à la noix de coco brûlée. Même geste de braise, couleur exactement inverse : noir de suie contre rouge d''atsuete.
Voir la recette →CousineFaux ami à ne pas confondre. La tinola est aussi un plat de poulet philippin très aimé, mais c''est une soupe au gingembre et à la papaye verte : rien du gril, rien de l''atsuete, rien du vinaigre.
Voir la recette →CousineLe poulet ilonggo de l''autre côté du feu. Le binakol cuit la volaille dans l''eau de coco, dans le bambou : même pays, même langue hiligaynon, méthode opposée.
Voir la recette →CousineLes deux grandes voies philippines du vinaigre. L''adobo enferme le vinaigre et l''ail dans une marmite fermée ; l''inasal les met dans une marinade puis expose tout au feu vif. Même acide, deux climats.
Voir la recette →CousineLe compagnon obligé. On ne pose rien d''autre à côté d''un inasal : les lanières de papaye verte au vinaigre sucré nettoient le palais entre deux bouchées de peau grasse.
Voir la recette →CousineLe cousin thaïlandais par la citronnelle. Le gai yang de l''Isan marine aussi son poulet à la citronnelle, à l''ail et au poivre avant la braise lente, mais il va chercher son fond dans la sauce de poisson là où l''inasal va le chercher dans le vinaigre.
Voir la recette →CousineDeux poulets de rue nés d''un empire ibérique. Le frango piri piri du Mozambique et l''inasal des Philippines partagent la braise, le badigeon gras répété et l''acide au service ; l''un tient son rouge du piment, l''autre du rocou.
Voir la recette →CousineLes deux poulets rouges d''Asie, et le malentendu qui va avec. Le tandoori doit sa couleur au piment de Cachemire et parfois au colorant ; l''inasal la doit au rocou, un pigment gras et non un piment. Confondre les deux rouges est l''erreur la plus répandue sur ce plat.
Voir la recette →CousineLe même mot. Asal, en visayan, c''est cuire une bête entière sur la braise vive : inasal nga baboy pour le cochon de Cebu, inasal nga manok pour le poulet de Bacolod. Deux plats-phares nés de la même racine.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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