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Atlas Culinaire · Philippines · Visayas
Le cochon entier de Cebu, farci d'aromates et tourné des heures au-dessus des braises, dont la peau se mange sans aucune sauce
Le 2 novembre 2008, sur l'île de Cebu, un blogueur cebuano nommé Joel Binamira, que tout le monde connaît sous la signature Marketman, sort du feu une demi-douzaine de cochons pour une équipe de télévision américaine. Anthony Bourdain tourne un épisode de No Reservations. À la fin du repas, il prend le livre de son hôte et y écrit quatre mots : Best Pig… Ever! L'épisode passe à l'antenne en février 2009 et la phrase fait le tour du monde. Deux précisions que la légende a effacées : ce n'était pas un restaurant, et Zubuchon, la maison qui porte aujourd'hui ces mots en devise, n'existait pas encore. Elle naîtra quelques mois plus tard, du même cuisinier et de la même recette.
LA SAUCE, ET LE SLOGAN QUI NE TIENT PAS TOUT À FAIT.
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La forme de fête : vingt à vingt-cinq kilos de cochon farci d'aromates, recousu, embroché sur un bambou et tourné à la main des heures durant au-dessus des braises. Une bête, un feu, deux paires de bras.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Commandez un cochon vidé, gratté, tête et pattes comprises, entre vingt et vingt-cinq kilos. Faites-le livrer la veille au soir, jamais le matin même. Rincez-le à grande eau, dedans comme dehors, puis essuyez-le avec un linge propre jusqu'à ce que la couenne ne colle plus au doigt. Une peau encore humide est une peau qui ne craquera pas.
Le pourquoiLes vendeurs de Talisay attribuent le goût de leur lechon moins à la recette qu'à l'animal : ils achètent du baboy nga bisaya, le cochon indigène, dont la chair et le gras se comportent autrement que ceux d'un porc élevé aux aliments composés. [Vendeuse de lechon interrogée à Talisay, Cebu Daily News, 13 octobre 2023]
Écrasez les tiges de citronnelle au dos d'un couperet jusqu'à ce qu'elles s'effilochent et libèrent leur parfum de citron poivré. Tapissez la cavité de feuilles de bananier, puis bourrez-la sans ménagement : citronnelle, oignons en quartiers, têtes d'ail écrasées, oignons verts entiers, pasotes si vous en avez, et par-dessus la pluie de gros sel et de poivre concassé. Refermez le ventre en cousant à points larges avec une aiguille à brider et de la ficelle de cuisine.
Le pourquoiLe lechon cebuano ne se marine pas et ne se badigeonne pas : tout son goût vient de l'intérieur, la vapeur des aromates traversant la chair pendant des heures sous la peau close. C'est exactement ce qui le distingue du cochon de Manille, qu'on rattrape à table avec de la sauce. [Louella Alix, historienne, dans GMA News Online, 15 décembre 2017 ; recoupé par les praticiens de Talisay]
Frottez toute la couenne à l'eau de coco fraîche additionnée de gros sel, puis essuyez l'excédent. Installez ensuite la bête, ou le rouleau, à découvert dans un endroit frais et bien ventilé, une nuit entière. Au réfrigérateur si c'est un rouleau, sous un ventilateur si c'est un cochon. On ne cherche pas à parfumer : on cherche à assécher.
Le pourquoiJoel Binamira, qui a préparé le cochon de Cebu le plus célèbre du monde, insiste sur ce point : l'eau de coco se passe AVANT, puis on sèche à l'air, sinon la peau ne sera jamais aussi croustillante que si elle avait été parfaitement asséchée. [Joel Binamira (Marketman), Market Manila, série sur le lechon, 2006 à 2009]
Allumez le charbon une bonne heure avant, en quantité généreuse, et attendez qu'il n'y ait plus une seule flamme. Étalez les braises en un lit long et régulier sous l'emplacement de la broche, plus épais sous les épaules et les cuisses, plus mince sous le ventre. Gardez un seau de charbon allumé à part, pour recharger sans jamais devoir raviver.
Le pourquoiLe charbon de bois n'est pas un détail folklorique : il donne une chaleur rayonnante stable et une fumée douce que le gaz ne produit pas. La distance à la braise, elle, se règle à l'œil et se corrige en permanence, jamais au thermomètre. [Pratique documentée des lechoneros de Talisay et de Carcar ; observation de terrain rapportée par Market Manila, 2008]
Enfilez la broche de bambou ou d'acier de la gorge à la queue, en la faisant passer le long de la colonne. Attachez les quatre pattes et le museau au fil de fer, serré, pour que rien ne pende. Posez la broche à cinquante centimètres des braises et tournez, d'un quart de tour toutes les deux ou trois minutes, pendant trois heures et demie à cinq heures selon la taille. C'est un travail à deux, et le second sert à relayer le premier.
Le pourquoiLa rotation continue est ce qui fait le lechon : elle empêche le gras de s'accumuler d'un côté, répartit la chaleur et permet à la peau de sécher uniformément au lieu de rôtir par plaques. [Technique observée et décrite par Joel Binamira, Market Manila, novembre 2008]
Rapprochez du feu, ou montez la température, et ne quittez plus la bête des yeux. La peau va passer en quelques minutes du blond au brun d'acajou, se tendre, puis se mettre à cloquer en minuscules bulles serrées. C'est le moment. Retirez du feu à cet instant précis, sans attendre la couleur du café.
Le pourquoiLa couleur finale vient de deux réactions qui s'emballent ensemble à mesure que l'eau de surface disparaît, le brunissement de Maillard et la caramélisation des sucres de la couenne. Une fois lancées, elles vont très vite et ne redescendent pas. [Science du brunissement, applicable à toute couenne rôtie]
Portez la bête entière sur la table, sur son bambou ou sur un grand plateau, et découpez devant tout le monde. Commencez par détacher la peau en larges plaques avec la pointe du couteau, puis tranchez la viande dessous. Servez avec les puso, et posez à côté le vinaigre de canne où vous aurez jeté l'ail haché et les piments écrasés. Personne n'est obligé d'y toucher.
Le pourquoiLe croustillant ne survit pas à l'attente : il faut manger le lechon alors qu'il fume encore. À Talisay, on résume la doctrine locale d'une phrase, leur lechon est si bon qu'on peut le manger sans aucune sauce. [Habitant de Talisay cité par Cebu Daily News, 13 octobre 2023 ; Joel Binamira, Market Manila, sur la fenêtre de croustillant]
Détaillez les restes, peau ramollie comprise, et faites-les mijoter dans du vinaigre de canne, de l'ail, du poivre en grains, une feuille de laurier et un peu d'eau, à couvert, une heure à petit feu. C'est le paksiw na lechon, et beaucoup de familles le préfèrent au lechon lui-même.
Le pourquoiRien ne se jette dans un cochon de fiesta. Le paksiw acide relance une viande qui a perdu son croustillant, et la même logique de récupération a donné, à Pampanga, un plat devenu célèbre à partir des têtes de porc : le sisig. [Pratique domestique documentée dans tout l'archipel ; le geste du paksiw est celui du vinaigre de conservation]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Le lechon des jours ordinaires. Pas de broche, pas de charbon, pas de fiesta : un morceau de poitrine bouilli puis jeté dans l''huile bouillante, qui donne la même peau soufflée dans une poêle de cuisine. Kawali veut simplement dire le wok.
Voir la recette →CousineMême quête de la peau cassante, appliquée au seul jarret. Le crispy pata fait en deux temps, bouillir puis frire, ce que le lechon fait en un seul geste au-dessus des braises.
Voir la recette →CousineLa réponse ilocano au même problème : obtenir une couenne qui éclate. Le bagnet passe par une double ou triple friture après séchage, là où Cebu mise sur la braise et la rotation. Deux écoles, un seul objectif.
Voir la recette →CousineLe bout de la chaîne. À Pampanga, ce sont les têtes de porc, dont celles des lechons, qui ont donné naissance au sisig : la logique du rien ne se perd, poussée jusqu''à créer un plat national.
Voir la recette →CousineLe lendemain de fête. Le paksiw, cuisson au vinaigre, est le geste qui rattrape un lechon qui a perdu son croustillant : c''est exactement ce qu''on fait au pied de porc dans le paksiw na pata.
Voir la recette →CousineLe lien passe par Carcar, où l''on récupère les jus du cochon pour en faire une sauce sombre au poivre, à l''anis étoilé et au sucre : soit exactement le vocabulaire du humba visayan.
Voir la recette →CousineLe même mot. Asal, en visayan, c''est cuire une bête entière sur la braise vive : inasal nga baboy pour le cochon de Cebu, inasal nga manok pour le poulet de Bacolod. Deux plats-phares nés de la même racine.
Voir la recette →CousineLe parrain du mot, pas de la recette. Lechón, de leche, désigne en Castille le vrai cochon de lait, cuit au four à bois, sans farce, salé et rien d''autre. Les Philippines ont gardé le nom et changé l''animal, la taille, la farce et le feu.
Voir la recette →CousineLa vraie parenté, celle du geste et non du mot. À Bali comme à Cebu, on farcit le cochon entier d''un bouquet d''aromates frais avant de le tourner des heures au feu de bois. Deux branches austronésiennes du même savoir-faire, l''une hindoue, l''autre christianisée.
Voir la recette →CousineL''autre grande école asiatique de la peau croustillante. Cantonais et Cebuanos poursuivent le même son sous la dent, mais le siu yeh jyu passe par un four vertical et un badigeon de maltose, là où Cebu ne met rien du tout sur la peau.
Voir la recette →CousineDeux enfants du même mot espagnol, séparés par le Pacifique. La lechona du Tolima farcit le cochon de riz et de pois, le lechon de Cebu d''herbes fraîches : dans les deux cas, l''Espagne a donné le nom et l''Amérique comme l''Asie ont rempli le ventre à leur façon.
Voir la recette →CousineLe cousin du lechon belly. Poitrine désossée, aromates au centre, roulée et ficelée, rôtie jusqu''à la couenne cassante : la porchetta et le cebuchon sont le même objet géométrique, avec du romarin d''un côté et de la citronnelle de l''autre.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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