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Atlas Culinaire · Maroc · Afrique
Le couscous de fête marocain : une graine montée trois fois dans la vapeur, un poulet doré au safran, et la tfaya — ce confit d'oignons aux raisins secs, au miel ou au sucre et à la cannelle — posé en couronne, entre œufs durs et amandes. « Sept légumes le vendredi, tfaya les jours de fête. »
Dans le répertoire marocain, chaque couscous a son heure. Celui aux sept légumes nourrit le vendredi après la mosquée ; la seffa, poudrée de sucre glace et de cannelle, clôt les banquets ; entre les deux règne le couscous tfaya, celui des grandes occasions. « Il y a aussi des couscous de fête, comme le tfaya », résume Fatéma Hal [Slate, 2019]. L'encyclopédie arabe le classe deuxième couscous le plus répandu du royaume, juste derrière celui du vendredi, et l'écrivain marocain Saad Sarhan le dit en une phrase : « le couscous à la tfaya et aux amandes concassées, fierté de ses gens dans leur table » [Diwan al-Maïda, 2015].
On lit partout que le couscous tfaya serait « la recette andalouse du XIIIᵉ siècle rapportée par les Morisques ».
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La version la plus répandue au Maroc aujourd'hui : un poulet doré au safran sous la couronne de tfaya. Celle des vendredis de fête de Casablanca comme des tables de Fès.
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La veille, mettez les pois chiches à tremper dans un grand volume d'eau froide. Le jour même, réunissez tout avant d'allumer le feu : la tfaya et la graine vont réclamer vos deux mains. Couvrez les raisins secs d'eau tiède — additionnée, si vous aimez son parfum, d'une cuillerée d'eau de fleur d'oranger — et laissez-les se regonfler une dizaine de minutes. Émiettez les pistils de safran dans un fond d'eau chaude : ils y déploieront leur couleur d'or pendant que vous émincez les oignons en fines demi-lunes.
Le pourquoiLe safran infusé colore et parfume bien mieux que jeté sec dans la marmite ; chez Fatéma Hal, les raisins trempent dans une eau froide parfumée à la fleur d'oranger.
Chauffez l'huile d'olive dans le bas du couscoussier et faites-y dorer les morceaux de poulet sur toutes leurs faces, en compagnie des deux oignons émincés. Quand la peau blondit, saupoudrez le gingembre et le curcuma, salez, poivrez, puis versez l'eau safranée et environ deux litres d'eau. Glissez-y les pois chiches égouttés, le bâton de cannelle et le bouquet de coriandre et de persil ficelé. Portez au frémissement — un frisson régulier, jamais un bouillon furieux — et laissez le poulet s'attendrir à couvert.
Le pourquoiLe frémissement doux extrait les arômes sans dessécher la volaille ; c'est ce bouillon d'or qui humectera la graine au dressage.
Versez la semoule dans un grand plat creux — la gsâa des familles marocaines — arrosez-la d'huile et roulez-la entre vos paumes pour vêtir chaque grain d'une fine pellicule. Déposez-la sans la tasser dans le haut du couscoussier, posé sur le bouillon qui frémit. Dès que la vapeur perce la surface de la graine en petites cheminées, comptez vingt minutes.
Le pourquoiL'huile gaine les grains et les empêche de se souder : c'est le secret de la graine qui ne fait jamais de grumeaux.
Pendant que la graine cuit, lancez la tfaya. Déposez les oignons émincés dans une marmite à fond épais avec le beurre, une pincée de sel et le reste de safran. Couvrez et laissez-les tomber à feu très doux, en remuant de loin en loin : ils vont d'abord suer, rendre leur eau de végétation, puis s'affaisser en une masse translucide et souple. Ajoutez alors la cannelle en poudre et les bâtons, et poursuivez à couvert, avec patience.
Le pourquoiL'oignon stocke ses sucres sous forme de fructanes ; la cuisson lente les libère en fructose, le plus doux des sucres simples. La tfaya est sucrée bien avant le miel — c'est Harold McGee qui l'explique.
Renversez la semoule dans la gsâa et laissez-la tiédir un instant. Arrosez-la d'un grand verre d'eau froide salée, puis aérez-la : soulevez, égrenez, roulez sous les paumes, en écrasant délicatement les grumeaux entre les doigts. Quand toute l'eau est bue, remettez la graine dans le haut du couscoussier pour son deuxième passage de vingt minutes, toujours à compter de la vapeur qui perce.
Le pourquoi« Dès que la vapeur s'échappe, on sépare la graine », dit Fatéma Hal — sinon elle cuit en galette. Ces gestes répétés font gonfler le grain à plusieurs fois son volume.
Découvrez la marmite de tfaya. Ajoutez les raisins égouttés et le miel — ou le sucre, les deux écoles se valent au Maroc — et poursuivez la cuisson à découvert, à feu toujours doux, en remuant régulièrement. L'eau va s'évaporer peu à peu, les oignons vont se dorer et s'enrober d'un sirop ambré qui sent la cannelle et la fête.
Le pourquoiLe sucrant n'arrive qu'en fin de cuisson, unanimité de toutes les sources marocaines : versé trop tôt, il caramélise avant que l'oignon ne soit fondu.
Offrez à la graine son troisième et dernier passage : aérez-la une dernière fois avec une louche de bouillon tiède, remontez-la dans le couscoussier, et laissez la vapeur la traverser vingt minutes encore. Renversez-la alors dans la gsâa et incorporez le beurre — ou le smen, si vous en avez — par petites noisettes, en soulevant la graine à la fourchette puis à pleines mains dès qu'elle le permet.
Le pourquoiLa troisième vapeur donne cette légèreté que Paula Wolfert comparait à un soufflé : le grain a gonflé plusieurs fois son volume et roule, libre, sans coller.
Dressez la semoule en dôme généreux sur le grand plat de service, du bout des mains mouillées. Creusez un nid discret au sommet, logez-y la viande, puis nappez-la de tfaya en la laissant ruisseler sur les pentes. Disposez les quartiers d'œufs durs en couronne, semez les amandes, tracez si le cœur vous en dit quelques rayons de cannelle, et portez le bouillon fumant à part, en saucière. On sert au centre de la table : le couscous tfaya ne se mange jamais seul.
Le pourquoiLe dressage en dôme est une signature marocaine : plus il est haut, plus l'honneur fait aux convives est grand. Œufs durs et amandes sont attestés de Dari à Fatéma Hal — Saad Sarhan y voyait la fierté d'une table.
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Le frère du vendredi : le couscous aux sept légumes est l'ordinaire sacré, la tfaya le couscous de fête. « Sept légumes le vendredi, tfaya les jours de fête », résume Fatéma Hal. À Fès, les deux se rejoignent parfois : une école coiffe le sept légumes d'une tfaya.
Voir la recette →CousineLe couscous du vendredi casablancais reçoit souvent la tfaya en garniture posée dessus ou servie à part : chez les Bidawis, le confit d'oignons-raisins vient adoucir le couscous aux légumes, trait d'union entre les deux plats.
Voir la recette →CousineLa quasi-jumelle algérienne : à Tlemcen, le couscous au poulet, sauce jaune safranée aux pois chiches et compotée d'oignons-raisins s'appelait historiquement « tâam bel tafaya », devenu « tâam b'zbib ». Même plat, deux noms, deux rives de la frontière.
Voir la recette →CousineLe miroir sucré : la seffa est une semoule sucrée en masse (sucre glace, cannelle, amandes) qui cache le poulet en son cœur — « medfouna », enterrée. La tfaya, c'est l'inverse : un couscous salé coiffé d'un confit sucré, viande à découvert. Deux étages du sucré marocain.
Voir la recette →CousineLe même ADN miel-raisins-cannelle, mais en tajine : la mrouzia confit l'agneau de l'Aïd el-Adha dans le miel et le ras el hanout. Son ancêtre nominal, la muruziyya, figure déjà dans un manuscrit andalou du XIIIᵉ siècle — l'aînée documentée du registre sucré-salé maghrébin.
Voir la recette →CousineLe miroir algérien du sucré-salé en tajine : l'agneau aux pruneaux et abricots secs, parfumé de cannelle et de fleur d'oranger, indissociable du premier ftour de Ramadan et des mariages. Quand le registre de la tfaya quitte le couscous pour la sauce douce.
Voir la recette →La tfaya hors couscous : à Fès et Rabat, le même confit couronne un tajine de viande — c'est d'ailleurs sous cette forme, aux œufs durs safranés et amandes, que Zette Guinaudeau consigne la première « tfaia » écrite en 1958. Chez les familles juives marocaines, on la préparait pour Yom Kippour et la nuit de noces.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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