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Atlas Culinaire · Espagne · Galice
L'empanada des pĂšlerins de Compostelle : une masa levĂ©e au vin blanc galicien (Albariño ou Ribeiro), garnie d'un sofrito lent d'oignons, poivrons, tomate et pimentĂłn, puis de son thon, sa viande ou ses sardines â refermĂ©e ronde et scellĂ©e d'un repulgue tressĂ©.
Sur le PĂłrtico da Gloria de la cathĂ©drale de Saint-Jacques-de-Compostelle â chef-d'Ćuvre roman sculptĂ© par le MaĂźtre Mathieu vers 1188 â un homme retenu par une corde serre dans sa main un objet circulaire et feuilletĂ©. C'est une allĂ©gorie de la gourmandise (la gula), et les historiens de l'art galiciens y reconnaissent une empanada : la plus ancienne reprĂ©sentation sculptĂ©e connue du plat, au cĆur de l'apogĂ©e du Camino de Santiago. Portative, scellĂ©e, nourrissante deux jours sans rĂ©frigĂ©ration, l'empanada Ă©tait la comida de viaxe des pĂšlerins.
Quatre fractures dans la pĂąte.
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Le bonito de l'Atlantique sur son sofrito lent, Ćufs durs et olives : la plus vendue de Galice.
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Dans une grande sauteuse, chauffez 150 ml d'huile d'olive Ă feu moyen-doux. Ămincez 600 g d'oignons doux en fines demi-lunes et faites-les fondre 20 minutes en remuant, sans les colorer. Ajoutez 1 poivron rouge et 1 poivron vert en petits dĂ©s, 4 gousses d'ail, une feuille de laurier, et 400 g de tomates concassĂ©es. Poursuivez 20 Ă 25 minutes Ă feu doux jusqu'Ă une compotĂ©e presque confite. Hors du feu, incorporez 1 cuillĂšre Ă soupe de pimentĂłn (dulce, ou 3 doses de dulce pour 1 de picante) et salez. Laissez REFROIDIR complĂštement.
Le pourquoiLa cuisson longue et douce ĂŽte l'ĂącretĂ© de l'oignon et fond les poivrons en sauce ; on ajoute le pimentĂłn hors du feu pour qu'il ne brĂ»le pas (il devient amer au-delĂ de ~130 °C). [Recettes traditionnelles galiciennes ; ConfrarĂa da Empanada Galega ; McGee (le paprika brĂ»le vite).]
DĂ©layez 15 g de levure fraĂźche dans 150 ml d'eau tiĂšde. MĂ©langez 500 g de farine (blĂ©, ou un tiers de millo/maĂŻs Ă la galicienne) et 10 g de sel ; faites un puits. Versez la levure, 50 ml de vin blanc galicien (Albariño ou Ribeiro), 60 ml de l'huile orangĂ©e du sofrito et 1 Ćuf. PĂ©trissez 10 minutes jusqu'Ă une pĂąte souple, Ă©lastique, qui ne colle plus. Couvrez et laissez lever 1 heure, jusqu'Ă ce qu'elle double.
Le pourquoiLa levure et le repos donnent une croĂ»te fine mais moelleuse (l'empanada gallega n'est pas une pĂąte brisĂ©e sĂšche) ; le vin blanc apporte souplesse et aciditĂ©, l'huile du sofrito la couleur et le goĂ»t. [Masa gallega traditionnelle (levĂ©e, au vin et Ă l'huile du sofrito) ; ConfrarĂa.]
Ăgouttez 400 g de bonito del Norte Ă l'huile et dĂ©faites-le en gros morceaux (avec du thon frais : pochez-le 6-8 min Ă l'eau salĂ©e, puis effeuillez). MĂ©langez-le dĂ©licatement au sofrito FROID avec 2 Ćufs durs concassĂ©s et 50 g d'olives noires. Gardez des morceaux identifiables, pas une pĂąte. La garniture doit ĂȘtre lĂ©gĂšrement trop salĂ©e : la pĂąte l'adoucira Ă la cuisson.
Le pourquoiLe thon n'est ajoutĂ© qu'au sofrito froid et sans le recuire, pour garder sa texture feuilletĂ©e ; rĂ©chauffĂ©, il devient sec et pĂąteux. [Empanada de atĂșn/bonito, garniture de rĂ©fĂ©rence galicienne.]
Divisez la masa en deux. Ătalez la premiĂšre moitiĂ© en un disque fin de 30-32 cm sur une plaque huilĂ©e. RĂ©partissez toute la garniture en laissant 2 cm de bord nu. Recouvrez du second disque. Soudez les bords en les repliant en cordon tressĂ© â le repulgue galicien, le sceau qui retient les jus. Percez un petit trou au centre (la chimenea) pour la vapeur. Avec les chutes, dessinez une rosace, la signature du faiseur. Badigeonnez d'Ćuf battu.
Le pourquoiLe repulgue scelle l'empanada pour qu'elle cuise sans fuir ; la chimenea Ă©vacue la vapeur pour que la pĂąte reste croustillante au lieu de bouillir de l'intĂ©rieur. [Technique galicienne (repulgue, chimenea) ; ConfrarĂa.]
Enfournez Ă 200 °C, chaleur statique, au milieu du four, 35 Ă 40 minutes, jusqu'Ă une surface uniformĂ©ment dorĂ©e (dorĂ©e, pas brune). Ă mi-cuisson, un second coup de pinceau Ă l'Ćuf sur les bords intensifie la dorure. La pĂąte doit sonner creux quand on la tape.
Le pourquoi200 °C dore la croûte et cuit la garniture sans la dessécher ; la chaleur statique évite que le dessus ne brunisse avant que le dessous ne soit cuit. [Cuisson traditionnelle de l'empanada (four ~200 °C).]
Laissez reposer 20 Ă 30 minutes avant de dĂ©couper : Ă la sortie du four, la garniture est brĂ»lante et coule. On sert l'empanada gallega Ă tempĂ©rature ambiante ou tiĂšde â jamais brĂ»lante, jamais froide du rĂ©frigĂ©rateur. DĂ©coupez en carrĂ©s. L'accord galicien : un Albariño RĂas Baixas bien frais.
Le pourquoiLe repos laisse la garniture se stabiliser et les saveurs s'unir ; tiÚde, la pùte est à son meilleur croustillant et le sofrito exprime tout son parfum. [Usage galicien (empanada servie tiÚde ou à température ambiante).]
Plus qu'une recette, un marqueur collectif. Aux romerĂas â les fĂȘtes de village en l'honneur d'un saint â chaque famille pose SON empanada sur la nappe commune, et il serait impoli d'en apporter une d'un autre boulanger. Sur le Camino, les pĂšlerins l'emportaient comme provision de route. La ConfrarĂa da Empanada Galega (Santiago, 1997) veille au canon et couronne le meilleur faiseur au Concurso da Empanada. La forme et la masa doivent ĂȘtre galiciennes ; la garniture, elle, est libre.
Le pourquoiL'empanada tient son statut de plat partagĂ© et portable : nĂ©e de la route (Camino) et de la fĂȘte (romerĂa), elle est un objet social autant qu'un plat. [ConfrarĂa da Empanada Galega ; traditions des romerĂas ; Camino de Santiago.]
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La fille Ă©migrĂ©e. L'empanada argentine descend directement de la galicienne, emportĂ©e par les vagues d'Ă©migrants galiciens au RĂo de la Plata ; mais elle a rapetissĂ© en chaussons individuels frits ou cuits, quand la mĂšre reste une grande tourte ronde Ă partager.
Voir la recette âCousineL'empanada de pino chilienne, farcie de bĆuf hachĂ©, oignon, Ćuf dur, olive et raisin, est une autre descendante amĂ©ricaine de la galicienne â passĂ©e elle aussi au format individuel.
Voir la recette âCousineLes empanadas colombiennes, Ă la pĂąte de maĂŻs et frites, montrent comme le chausson espagnol s'est crĂ©olisĂ© de l'autre cĂŽtĂ© de l'Atlantique â mĂȘme idĂ©e, farine et cuisson locales.
Voir la recette âCousineL'empanada angolana, hĂ©ritage lusophone du chausson ibĂ©rique en Afrique australe : la mĂȘme famille, portĂ©e cette fois par l'empire portugais.
Voir la recette âCousineLa grande tourte galicienne : le mĂȘme poulpe, mais enfermĂ© avec une zaragallada (sofrito d'oignon et pimentĂłn) entre deux pĂątes, classique des fĂȘtes patronales.
Voir la recette âCousineEmpanada galicienne : la tielle sĂ©toise descend des immigrĂ©s de Gaeta, et la tradition raconte que la croĂ»te couverte fut copiĂ©e sur l'empanada des soldats espagnols Ă GaĂšte.
Voir la recette âCousineLe kibinai lituanien des CaraĂŻtes â chausson de pĂąte au four farci de mouton et d'oignon, portatif â appartient Ă la mĂȘme grande famille eurasienne des pĂątes farcies scellĂ©es et cuites que l'empanada.
Voir la recette âLe cousin britannique : le chausson scellĂ© des mineurs de Cornouailles, viande et lĂ©gumes enfermĂ©s dans une croĂ»te robuste, portative et nourrissante â la mĂȘme logique de repas-de-poche que l'empanada des pĂšlerins, Ă l'autre bout de l'Atlantique.
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