Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · France · Paris & Île-de-France
Couronne de pâte à choux aux amandes effilées, fendue et garnie de crème pralinée. La forme est au catalogue de Gouffé dès 1873 ; le nom, lui, naît à Maisons-Laffitte, sur la route de la course cycliste.
Il faut commencer par une correction, parce qu'elle change tout. On raconte partout que le Paris-Brest est né en 1910 sous les mains de Louis Durand, pâtissier à Maisons-Laffitte, qui aurait imaginé une couronne de pâte à choux en forme de roue de bicyclette pour saluer la course cycliste qui passait devant sa boutique. La seconde moitié de cette phrase est vraie, et joliment attestée. La première ne l'est pas.
Deux disputes traversent le Paris-Brest, et la première est bien plus intéressante que celle qu'on lui prête d'habitude.
✦ Choisissez votre école ✦
La crème que la maison créatrice et toute la pâtisserie française servent aujourd'hui : une pâtissière montée au beurre, dense, tenue, franchement parfumée au praliné. C'est l'école par défaut, et la plus facile à réussir la veille.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Portez à ébullition, dans une casserole à fond épais, l'eau, le lait, le beurre coupé en dés, le sel et le sucre. Dès que le beurre est entièrement fondu et que le liquide frémit franchement, retirez du feu et versez la farine tamisée en une seule fois. Mélangez vivement à la spatule jusqu'à ce que la pâte forme une boule qui ne colle plus aux parois. Remettez sur feu moyen et desséchez deux à trois minutes en écrasant la pâte contre le fond, sans jamais la laisser attacher.
Le pourquoiCuire la farine dans le liquide gras gélatinise l'amidon et attendrit les protéines du gluten, ce qui les empêche de former le réseau élastique d'une pâte à pain. C'est cette opération qui transforme ce qui devrait rester une pâte liquide en une pâte assez tenue pour être couchée à la poche. [Harold McGee, On Food and Cooking, chapitre Cream Puff Pastry : cooking the flour with water and fat tenderizes the gluten proteins et it swells and gelates the starch to turn what would normally be a batter into a dough]
Débarrassez la pâte dans un cul-de-poule et laissez-la tiédir deux à trois minutes en la remuant, le temps qu'elle cesse de fumer. Incorporez ensuite les œufs battus petit à petit, en mélangeant bien entre chaque ajout. La pâte va d'abord se disloquer et paraître ratée, puis se rassembler d'un coup et devenir lisse et brillante. Arrêtez-vous quand elle forme un ruban souple qui retombe lentement en pointe.
Le pourquoiL'œuf apporte deux choses à la fois : l'eau qui se transformera en vapeur au four et poussera la couronne de l'intérieur, et les protéines qui, en coagulant, figeront cette structure creuse. Trop peu d'œuf et rien ne monte ; trop d'œuf et la pâte s'étale au lieu de tenir debout. [Harold McGee, On Food and Cooking : the subsequent addition of raw eggs, et la logique de la double cuisson]
Tracez au crayon un cercle de vingt-deux centimètres sur l'envers d'une feuille de papier cuisson, puis retournez la feuille sur la plaque. Avec une poche munie d'une douille cannelée de quinze millimètres, pochez un premier anneau sur le tracé. Pochez un second anneau collé à l'intérieur du premier. Pochez enfin un troisième anneau par-dessus, à cheval dans le creux entre les deux, pour donner du relief à la roue.
Le pourquoiLes trois cordons soudés donnent une couronne assez haute pour être fendue en deux et généreusement garnie, et assez large pour ne pas s'affaisser sous le poids de la crème. C'est ce volume qui sépare le Paris-Brest de la simple couronne de choux du dix-neuvième siècle, qu'on ne garnissait que par le dessus, d'une marmelade d'abricots ou de quelques cerises confites. [Jules Gouffé, Le Livre de pâtisserie, 1873, chapitre des entremets détachés, entrées Couronnes de choux]
Battez le jaune d'œuf avec une cuillerée à soupe de lait et passez-le au pinceau sur toute la couronne, sans en laisser couler dans les creux. Semez généreusement les amandes effilées sur le dessus, d'assez haut et en pluie, puis poudrez d'un voile de sucre glace.
Le pourquoiLes amandes effilées posées avant cuisson ne sont pas un décor de dernière minute : elles grillent au four, embaument, et donnent le contraste croquant qui répond à la crème. Gouffé les prescrit dès 1873, et pralinées ; le Larousse gastronomique de 1938 les redonne comme faisant partie de la définition même du gâteau. Une couronne nue n'est pas un Paris-Brest. [Gouffé, 1873 : mettez sur les couronnes des amandes coupées en petits filets et pralinées. Larousse gastronomique, 1938, entrée Paris-Brest : saupoudré d'amandes effilées ou hachées]
Enfournez à cent quatre-vingts degrés en chaleur tournante et laissez cuire quarante à quarante-cinq minutes. N'ouvrez le four sous aucun prétexte pendant les vingt-cinq premières minutes. Quand la couronne est bien colorée, entrouvrez la porte une minute pour laisser sortir la vapeur, puis terminez la cuisson. Laissez refroidir complètement sur une grille.
Le pourquoiLa couronne monte parce que l'eau des œufs et du lait se transforme en vapeur et pousse la pâte de l'intérieur pendant que la surface se fige en croûte. Ouvrir le four fait chuter la température, la vapeur se condense, et la couronne retombe sans jamais pouvoir se relever. [Harold McGee, On Food and Cooking : la pâte est cuite deux fois, once to prepare the paste itself, and once to transform the paste into hollow puffs]
Fendez la demi-gousse de vanille et faites-la infuser dans le lait porté à ébullition. Pendant ce temps, fouettez les jaunes avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse, puis ajoutez la fécule. Versez le lait bouillant en filet sur les jaunes en fouettant, reversez le tout dans la casserole et cuisez à feu moyen sans cesser de fouetter. Dès l'ébullition, comptez quatre-vingt-dix secondes de gros bouillon. Hors du feu, incorporez la moitié du beurre et la totalité du praliné. Filmez au contact et refroidissez vite, jusqu'à vingt-deux degrés.
Le pourquoiLa fécule doit vraiment bouillir. En dessous, ses grains ne gonflent pas complètement : la crème reste liquide et garde un goût de farine crue. Le beurre ajouté à chaud fond dans la crème et la lisse ; celui qui viendra à l'étape suivante, en pommade, servira à la monter. Ce sont deux rôles différents, d'où le partage en deux moitiés. [Praliné : le Larousse gastronomique de 1938 donne le pralin d'amandes comme base, et note qu'on prépare de la même façon la crème au pralin de noisettes]
Vérifiez que la crème pâtissière et le reste du beurre sont bien à la même température, autour de vingt-deux degrés. Détendez la crème au fouet pour la rendre parfaitement lisse, puis incorporez le beurre en pommade en trois fois, au batteur, à vitesse moyenne. Foisonnez cinq minutes, jusqu'à obtenir une crème pâle, aérienne et brillante. Mettez-la en poche à douille cannelée.
Le pourquoiUne mousseline est une émulsion : le beurre doit se disperser en gouttelettes très fines dans la crème. Si l'un des deux est plus froid que l'autre, le beurre se figera en grains et la crème tranchera, avec ce grain sableux qu'on reconnaît tout de suite en bouche.
Coupez la couronne complètement refroidie en deux dans l'épaisseur, avec un grand couteau-scie, en la maintenant à plat de la paume. Posez le chapeau de côté. Pochez la crème en rosaces serrées et hautes sur la base, en suivant la couronne, puis reposez le chapeau sans appuyer. Poudrez de sucre glace. Réservez une heure au frais, et sortez le gâteau vingt minutes avant de le servir.
Le pourquoiLa fente transversale et le garnissage par l'intérieur sont dans la définition même du gâteau : le Larousse de 1938 écrit que la couronne est fendue transversalement et garnie intérieurement de crème. C'est précisément ce qui sépare le Paris-Brest des couronnes de choux du dix-neuvième siècle, qu'on garnissait par le dessus. [Larousse gastronomique, 1938, entrée Paris-Brest : après cuisson, cette couronne de pâte est fendue transversalement et garnie intérieurement de crème Chiboust pralinée]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
Un autre habitué des mêmes plaques de four : Lacam le cite parmi les pièces que l'on tire d'un feuilletage, aux côtés des losanges et des polonais. Cousin de comptoir plutôt que de recette, mais du même répertoire parisien.
Voir la recette →CousineL'ascendant direct, et sur les deux plans. Lacam raconte que la couronne de choux naît chez Chiboust, rue Saint-Honoré, pour porter ce gâteau ; et c'est la crème Chiboust, née dans la même maison, que le Larousse de 1938 met dans le Paris-Brest.
Voir la recette →CousineLe frère le plus proche dans le répertoire, et Gouffé assiste à son baptême : il décrit en 1873 des pains à la duchesse garnis de crème et note qu'on a changé, depuis une vingtaine d'années, le nom de ces gâteaux, qu'on désigne actuellement sous le nom d'éclairs. Comme le Paris-Brest, l'éclair a d'abord été une forme, avant d'être un nom.
Voir la recette →CousineMême pâte, autre architecture : deux choux superposés et glacés au lieu d'une couronne fendue. La religieuse appartient au même rayon de la pâtisserie parisienne, celui des choux garnis de crème.
Voir la recette →CousineLa forme la plus simple de la famille : des choux ronds garnis, servis en pile et nappés. C'est le point de départ du répertoire dont la couronne du Paris-Brest est l'aboutissement le plus spectaculaire.
Voir la recette →CousineLa même pâte, sans garniture, simplement semée de sucre en grains avant le four. Gouffé les appelle choux au petit sucre et les décrit exactement ainsi : c'est le geste de l'étape des amandes, avec du sucre à la place.
Voir la recette →CousineLe versant salé de la même pâte. McGee range les gougères au fromage dans la même famille que les profiteroles et les éclairs : c'est la pâte à choux qui fait le lien, pas le sucre.
Voir la recette →La même couronne, mais garnie par le dessus, de marmelade d'abricots, de cerises confites ou de verjus. C'est exactement ce que le Paris-Brest changera : on le fend transversalement pour le garnir de crème à l'intérieur.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre de forme, et la pièce maîtresse du dossier. Pâte à choux couchée au cornet en couronne, dorée, couverte d'amandes coupées en petits filets et pralinées : la recette est au catalogue de Gouffé trente-sept ans avant que le gâteau ne prenne son nom.
Pas encore dans l'AtlasLe piège du nom. Le Larousse de 1938 décrit le Brestois comme un gâteau que l'on faisait autrefois à Brest : douze œufs, du sucre, des amandes pilées, du curaçao, du beurre fondu, cuit dans des moules à brioche et enveloppé de papier d'étain, une sorte de gâteau de voyage. Ni pâte à choux, ni couronne, ni praliné, et aucun lien avec le Paris-Brest.
Pas encore dans l'AtlasAutre faux-ami brestois, de la même famille que le Brestois : un gâteau d'amandes au curaçao cuit en moules à brioche, glacé et enveloppé de papier de plomb, dont Lacam précise qu'il se fait à Brest. Rien à voir avec la couronne de choux.
Pas encore dans l'AtlasJules Gouffé publie son Livre de pâtisserie en 1873. Au chapitre des entremets détachés, on trouve cette entrée : Couronnes grillées avec des amandes en petits filets. Faites de la pâte à choux comme pour les choux grillés ; couchez au cornet, sur des plaques, des couronnes de 6 centimètres de largeur et de 1 centimètre d'épaisseur. Dorez les couronnes. Mettez sur les couronnes des amandes coupées en petits filets et pralinées. Trente-sept ans avant Louis Durand, tout est déjà là, sauf le nom. Et la page voisine décline la même forme garnie de marmelade d'abricots, de cerises confites, de verjus ou de mirabelles : ce n'était pas une curiosité, c'était une famille de gâteaux au catalogue.
La plus ancienne mention du gâteau qu'on puisse lire dans la presse numérisée date du 19 octobre 1928, en page quatre de L'Intransigeant, sous le titre Du gâteau Paris-Brest au sosie d'Alavoine. Le journaliste écrit : Si vous passez à Maisons-Laffitte, vous trouverez chez un pâtissier de la ville un gâteau spécial qu'on appelle le Paris-Brest. Que si, par une curiosité assez légitime, vous demandez pourquoi ce nom a été donné à un gâteau fait d'amandes et de crème Chantilly, vous vous entendrez répondre qu'il fut créé alors que la course Paris-Brest passait par Maisons-Laffitte. Le lieu et la course sont confirmés, dix-huit ans après. Mais le pâtissier n'est pas nommé, la crème est une chantilly, et l'origine est déjà rapportée comme un dire de la ville.
On lit souvent qu'Escoffier aurait fait entrer le gâteau dans les grandes pâtisseries en le consignant dans son Guide culinaire. Le mot Brest n'y apparaît pas une seule fois : ni dans l'édition de 1903, ni dans celle de 1907, ni dans Ma Cuisine, son dernier livre, paru en 1934. Ces trois volumes débordent pourtant de choux, d'éclairs et de Saint-Honoré : l'absence n'est pas un trou de lecture. Et voici le plus joli : c'est Escoffier qui signe la préface du Larousse gastronomique de 1938, l'ouvrage qui grave enfin l'entrée Paris-Brest. Il a ouvert le livre qui a consacré le gâteau qu'il avait ignoré quarante ans.
Le 6 septembre 1891, Le Petit Journal annonce le départ de la course qui donnera son nom au gâteau. Le texte a gardé tout son souffle : près de trois cents vélocipédistes appartenant à toutes les régions de la France et à toutes les classes de la société auront quitté Paris pour s'éparpiller sur la route de Brest, virer à Brest, et revenir de Brest, accomplissant ainsi tout ou partie de la course la plus longue qui ait jamais été organisée pour frapper l'imagination des foules et montrer ce que peut donner le vélo, ce cheval mécanique de la fin du siècle. Le journal parle de près de trois cents engagés au matin du départ, quand la maison Durand donne aujourd'hui deux cent six partants : les deux chiffres peuvent être vrais, engagés et partants ne sont pas la même chose. L'épreuve existe toujours, tous les quatre ans, sur mille deux cent trente kilomètres à couvrir en quatre-vingt-dix heures.
En cherchant la première trace du gâteau dans la presse professionnelle, on trouve un Paris-Brest dans le journal du Syndicat des pâtissiers de Paris, en 1929. La convergence était belle : un an après L'Intransigeant, le métier adoptait le mot. Le fascicule ouvert dit autre chose. C'est une annonce de vente de fonds de commerce : Pâtisserie, Confiserie, sous-préfecture, grande Banlieue, ligne Paris-Brest, maison plus que centenaire. Il s'agit de la ligne de chemin de fer. Sur quarante ans de parution, l'organe des pâtissiers parisiens ne nomme jamais le gâteau — et le seul autre Paris-Brest croisé en chemin, dans un vieux Guide Michelin, était la route nationale numéro douze.
Pierre Lacam raconte dans son Mémorial de la pâtisserie comment le Saint-Honoré est né : on commença chez Chiboust, fond pâte à brioche, couronne autour et choux tout en brioche ; après cela, voyant que c'était long à étendre et coûteux, l'on trouva la pâte à foncer et pâte à choux. La couronne de choux vient donc de la maison Chiboust, rue Saint-Honoré. Et la crème que le Larousse de 1938 met dans le Paris-Brest s'appelle, précisément, la crème Chiboust. La forme et la garniture du gâteau de Maisons-Laffitte portent toutes deux le nom de la même maison parisienne, à soixante ans de distance.
Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.