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Atlas Culinaire · France · Savoie & Franche-Comté
Le gratin savoyard de pommes de terre à chair ferme et de Reblochon de Savoie AOP, déglacé au vin blanc et gratiné jusqu'à la croûte ambrée — une « tradition » née dans les années 1980 sur les pistes, fille de la péla des Aravis cuite au feu de bois
La tartiflette est sans doute le plat français le plus honnête sur sa propre jeunesse — à condition de l'écouter. On la sert comme une recette de grand-mère « depuis toujours » dans les chalets ; en vérité, sous son nom et sa forme actuels (gratin au four, lardons, oignons fondus, déglaçage au vin blanc, Reblochon coupé en deux et posé croûte vers le haut), elle est née dans les années 1980, sur les pistes des stations de ski savoyardes. L'Académie française elle-même la date sans ménagement : « xxe siècle ». Le mot « tartiflette » vient de l'occitan *tartifle*, « pomme de terre » — en patois savoyard, *tartifla* — lui-même issu du latin *tuber*, « truffe » : la pomme de terre fut longtemps appelée la « truffe de terre » (on retrouve la même racine dans l'allemand *Kartoffel* et le *cartoufle* d'Olivier de Serres en 1603).
La controverse n'est pas dans l'assiette, elle est dans la date.
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La version des chalets, née dans les années 1980 : pommes de terre précuites montées en gratin, lardons et oignons déglacés au vin blanc, Reblochon coupé en deux et gratiné au four jusqu'à la croûte ambrée.
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Épluchez 1 kg de pommes de terre à chair ferme — la Charlotte est la référence. Émincez 2 gros oignons et préparez vos lardons. Et surtout, occupez-vous du Reblochon : coupez-le en deux dans l'épaisseur, à l'horizontale, comme on ouvre un macaron, en gardant la croûte intacte sur chaque moitié. Frottez enfin votre plat à gratin (ou votre poêle) d'une demi-gousse d'ail.
Le pourquoiOn choisit la chair ferme parce qu'elle renferme moins d'amidon : ses cellules restent soudées à la cuisson et tiennent en rondelles, là où une pomme de terre farineuse se déliterait. Et la croûte du Reblochon n'est pas un déchet : lavée pendant l'affinage, elle est comestible et porte tout le goût de noisette du fromage.
Faites cuire les pommes de terre entières, en robe, dans l'eau salée 15 à 20 minutes : tendres mais encore fermes à cœur. Égouttez, laissez tiédir, pelez puis taillez en rondelles d'un demi-centimètre. Pendant ce temps, faites rissoler les 200 g de lardons à sec jusqu'à ce qu'ils dorent et rendent leur gras, ajoutez les oignons et laissez-les fondre doucement jusqu'à la blondeur. Déglacez avec 10 cl de vin blanc sec de Savoie et laissez-le s'évaporer presque entièrement.
Le pourquoiLe vin blanc n'est pas qu'un parfum : son acide tartrique agit comme un sel de fonte naturel. Il capte le calcium qui soude les protéines du fromage et empêche, à la cuisson, le Reblochon de « tourner » en flaque de gras. C'est le secret d'un fondu lisse.
Dans le plat frotté à l'ail, disposez une première couche de rondelles de pommes de terre, parsemez de la moitié des lardons et des oignons, poivrez, puis recommencez. Terminez par une couche de pommes de terre. Posez alors les deux moitiés de Reblochon par-dessus, croûte vers le haut.
Le pourquoiOn pose la croûte vers le haut pour qu'elle dore et forme un couvercle ambré, tandis que la pâte fond par en dessous et nappe les pommes de terre. C'est le geste canonique du Syndicat du Reblochon.
Enfournez à 200 °C (thermostat 6-7) pour 15 à 20 minutes. La tartiflette est prête quand le Reblochon a fondu, que sa croûte a pris une belle teinte ambrée et que les bords du gratin bouillonnent doucement dans le fromage.
Le pourquoiÀ four trop chaud ou trop long, la trame protéique du fromage se resserre et rejette son gras : le fondant vire au gras. On cherche la fonte, pas la friture.
Servez fumant, dans le plat de cuisson, avec une salade verte à la vinaigrette moutardée et quelques cornichons pour trancher le gras. Un verre de vin blanc sec de Savoie — Apremont, Roussette — l'accompagne à merveille ; en entrée, des charcuteries de Savoie (diots, jambon de pays) font le repas montagnard complet.
Le pourquoiLa fraîcheur acidulée de la salade et du vin équilibre la richesse du fromage et des lardons : c'est l'instinct alpin, le contrepoint qui permet d'en reprendre.
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La sœur jumelle de Savoie : on garde lardons, oignons et Reblochon fondu, mais les pommes de terre cèdent la place aux crozets, ces petits carrés de pâte au sarrasin du pays.
Voir la recette →CousineLes crozets eux-mêmes, gratinés au Beaufort : le grain de blé et de sarrasin de Savoie qui, marié au Reblochon, donne la croziflette.
Voir la recette →CousineL'autre grand plat fondant des veillées savoyardes : fromages de Savoie fondus au vin blanc dans un caquelon frotté à l'ail. Même réflexe de convivialité, autre geste.
Voir la recette →CousineLe fromage raclé sur les pommes de terre chaudes : même trinité fromage-pomme de terre-charcuterie que la tartiflette, mais fondu au feu et raclé plutôt que gratiné.
Voir la recette →CousineLe faux-jumeau dauphinois, à ne pas confondre : pommes de terre, crème, ail et muscade — mais JAMAIS de fromage ni d'œuf. C'est l'exact inverse du gratin savoyard (bouillon + fromage).
Voir la recette →CousineLe cousin du Massif central : pommes de terre poêlées en lamelles et tome fraîche du Cantal, sans affinage. Cuisson à la poêle, comme la péla — autre montagne, même esprit.
Voir la recette →CousineL'autre grand mariage pomme de terre-fromage du Massif central : une purée travaillée jusqu'à devenir filante avec la tome fraîche de l'Aubrac.
Voir la recette →CousineLe Mont d'Or coulé chaud dans sa boîte d'épicéa, arrosé de vin blanc : le même réflexe alpin du fromage fondu sur la pomme de terre, autre pâte molle à croûte lavée.
Voir la recette →CousineGratin savoyard de pommes de terre à la crème et au lard, même registre réconfortant.
Voir la recette →Le gratin de pommes de terre savoyard authentique : cuit au bouillon de bœuf et gratiné au fromage de Savoie (beaufort), SANS crème ni œuf — le miroir exact du gratin dauphinois.
Pas encore dans l'AtlasLe faux-ami historique à démonter : on attribue à tort à ce livre de cuisine de 1705 (Le Cuisinier roïal et bourgeois) la première mention de la tartiflette. Vérification au texte des éditions réelles : aucune péla, aucun gratin de pomme de terre — et la pomme de terre n'arrive en Savoie qu'au XVIIIᵉ siècle.
Pas encore dans l'AtlasLa tartiflette du Jura : on remplace le Reblochon par le Morbier à la raie cendrée, plus fruité. Le nom est officiellement employé par la filière Morbier AOP elle-même.
Pas encore dans l'AtlasAu XIVe siècle, les paysans de la vallée de Thônes devaient payer une redevance calculée sur la quantité de lait produite par leurs vaches. Quand le collecteur de taxes arrivait pour mesurer la traite, les paysans n'avaient jamais terminé de traire leurs bêtes. Après son départ, ils effectuaient une deuxième traite (la « rebloche »), plus riche en crème. Ce lait de fraude servait à fabriquer le Reblochon — fromage de la résistance paysanne à l'impôt seigneurial.
La tartiflette telle qu'on la connaît a été créée ou popularisée par le Syndicat Interprofessionnel du Reblochon dans les années 1980 pour relancer les ventes du fromage dans les stations de ski. Cette origine marketing confessée ne diminue pas la qualité du plat — elle illustre simplement la façon dont certaines « traditions ancestrales » sont en réalité des inventions récentes. La vraie recette historique est la « pelloua » (gratins de pommes de terre au fromage local).
Le Reblochon fermier (étiquette verte, AOP) est produit dans les alpages des Aravis entre 1 200 et 1 800 m d'altitude, uniquement en été (juin-octobre), avec le lait cru des vaches Abondance et Tarentaises. Chaque ferme a sa propre flore bactérienne naturelle qui donne à son Reblochon un caractère unique. Un Reblochon de l'alpage de La Clusaz n'a pas exactement le même goût que celui de Thônes — même si les deux sont authentiques et excellents.
La Savoie produit 16 fromages AOP ou IGP différents — un record pour un département français. Reblochon, Beaufort, Abondance, Tome des Bauges, Emmental de Savoie, Chevrotin, Vacherin des Bauges... Les conditions climatiques alpines (hivers longs, étés courts, herbes riches en fleurs de montagne) créent un lait d'une richesse exceptionnelle qui explique la profusion des fromages savoyards.
Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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