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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine indo-mauricienne
Le laddou de Divali à la mauricienne : une pluie de gouttes de pâte de pois chiche tombée d'une écumoire perforée dans l'huile chaude, des perles blondes baignées de sirop à la cardamome puis pressées en boules tièdes — des dizaines de petits grains agglomérés qui évoquent une fourmilière, d'où le surnom créole de « gâteau fourmi ».
À Maurice, Divali est un jour férié national : les maisons s'illuminent de petites lampes, et des plateaux de gâteaux circulent de porte en porte, entre voisins de toutes communautés. Sur ces plateaux trône presque toujours le laddou, la boule dorée héritée du nord de l'Inde, arrivée dans les bagages culinaires des engagés indiens débarqués à l'Aapravasi Ghat de Port-Louis à partir de 1834. Sa fabrication est un petit spectacle : une pâte fluide de farine de pois chiche versée sur une écumoire perforée, tapotée au-dessus de l'huile chaude, qui tombe en pluie de gouttelettes — les boondi, du mot hindi pour « goutte ». Frites blond pâle, ces perles boivent un sirop parfumé à la cardamome avant d'être pressées à pleines paumes en boules tièdes. Le surnom créole de « gâteau fourmi », resté surtout oral, dit exactement ce que l'œil voit : des dizaines de petits grains serrés les uns contre les autres, comme une fourmilière sucrée. On le croque du bout des dents : les perles cèdent, fondantes dedans, à peine croquantes dehors, et la cardamome monte au nez. C'est le goût même de la fête de la lumière à l'île Maurice.
Trois discussions entourent le laddou mauricien.
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Tamisez la farine de pois chiche (besan) avec la farine de riz, le bicarbonate, le curcuma et le sel dans un grand bol. Versez l'eau tiède petit à petit en fouettant, jusqu'à obtenir une pâte lisse et fluide, sans aucun grumeau : elle doit couler en ruban de la cuillère, comme une pâte à crêpe un peu légère. Laissez reposer 15 minutes. Si la pâte a épaissi au repos, détendez-la d'un filet d'eau ; si elle est trop liquide, rattrapez avec une cuillerée de besan.
Le pourquoiLe tamisage évite les grumeaux qui boucheraient les trous de l'écumoire, et le repos laisse le besan s'hydrater : la pâte devient homogène et les gouttes s'arrondiront en perles régulières au lieu de filer.
Dissolvez le sucre dans l'eau à feu moyen avec le safran infusé si vous en mettez. Portez à ébullition et laissez cuire sans remuer, environ 8 à 10 minutes, jusqu'au point de filet : une goutte de sirop pressée entre pouce et index refroidis forme un fil court qui ne casse pas tout de suite (environ 110-115 °C au thermomètre). Coupez le feu, ajoutez la cardamome et l'eau de rose. Si le sirop a trop cuit, détendez-le hors du feu avec une à deux cuillerées d'eau chaude. Gardez-le tiède et fluide.
Le pourquoiC'est la concentration du sirop qui fera office de colle : au filet, il enrobe et soude les perles en refroidissant ; on ne remue pas pendant la cuisson car l'agitation fait cristalliser le sucre en masse.
Chauffez l'huile à 170-180 °C : une goutte de pâte doit remonter aussitôt en grésillant, sans brunir d'un coup. Tenez une écumoire ou passoire à trous ronds (3-4 mm) au-dessus du bain, versez-y une louche de pâte et tapotez le bord : la pâte tombe en pluie de gouttelettes qui s'arrondissent en perles — les fameuses « fourmis ». Faites frire par petites quantités, 60 à 90 secondes, en remuant doucement, jusqu'à un blond pâle seulement. Égouttez sur papier absorbant et nettoyez l'écumoire entre deux fournées.
Le pourquoiLes perles doivent rester blondes et tendres : c'est le sirop qui apportera couleur et goût. Trop frites, elles durcissent et ne pourront plus boire le sirop ; l'écumoire propre garantit des gouttes rondes et régulières.
Réchauffez légèrement le sirop s'il a figé : il doit être fluide et tiède, jamais bouillant. Versez-y les perles frites encore tièdes et mélangez délicatement à la cuillère pour bien les enrober. Ajoutez ici les raisins secs et les amandes ou pistaches pilées si vous en mettez. Laissez absorber 8 à 10 minutes : les perles boivent le sirop, gonflent légèrement et deviennent brillantes et collantes.
Le pourquoiC'est l'imbibition qui fait le fondant : les perles poreuses aspirent le sirop tiède, et ce sucre absorbé servira de ciment quand vous presserez les boules.
Quand le mélange est tiède — supportable à la main, pas brûlant — huilez légèrement vos paumes ou frottez-les de ghee. Prélevez une bonne cuillerée de perles enrobées et pressez fermement entre les paumes pour former une boule de la taille d'une balle de ping-pong. Si vous préférez la version en plaque, étalez le mélange sur 2 cm dans un plat huilé, tassez, laissez prendre puis découpez en losanges.
Le pourquoiLa fenêtre de température est étroite : trop chaud, le sirop coule et rien ne tient ; trop froid, il a figé et les perles ne se soudent plus. Tiède, il joue son rôle de colle et la boule prend sous la pression des paumes.
Déposez les boules (ou les losanges) sur un plateau et laissez-les reposer une trentaine de minutes à température ambiante : elles passent de collantes à fermes et fondantes. Dressez sur le plateau d'offrandes de Divali, avec une pistache en décor pour les grandes occasions. Conservez en boîte hermétique, au sec, et dégustez dans les deux à trois jours.
Le pourquoiLe repos laisse le sirop finir de cristalliser juste ce qu'il faut : la boule se raffermit en surface tout en gardant un cœur fondant — c'est ce contraste qui fait le bon laddou.
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Même science du sucre cuit au bon point : dans les deux confiseries créoles, c'est la concentration du sirop qui soude la masse — coco râpé d'un côté, perles de besan de l'autre.
Voir la recette →CousineL'autre grande douceur indo-mauricienne des fêtes : le halwa lie une pâte de semoule au ghee, sans perles frites — les deux se côtoient sur le plateau de Divali et les confondre vexe une famille hindoue.
Voir la recette →CousineCompagnon incontournable du laddou sur le plateau de Divali mauricien : chausson de patate douce à la farce coco, l'autre gâteau que chaque famille prépare pour la fête de la lumière.
Voir la recette →CousineMême famille des fritures au sirop de Divali : pâte frite puis gorgée de sirop de sucre. Le jalebi trace des spirales croustillantes là où le laddou agglomère des perles fondantes.
Voir la recette →CousineMême table rituelle : le ladou de boondi et le kheer partagent les mariages et les fêtes hindoues de l'île, sucreries d'offrande héritées du même voyage des engagés indiens.
Voir la recette →C'est le même gâteau sous son drapeau d'origine : perles de besan frites à l'écumoire, sirop parfumé, boules pressées à la main. Le laddou mauricien en est la version créolisée, arrivée avec les engagés indiens au XIXe siècle.
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