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Atlas Culinaire · Pologne · Europe
Le beignet du Jeudi gras polonais : pâte levée riche en jaunes, confiture de pétales de rose, saindoux à 175 °C, et l'anneau blanc qui prouve que la pousse était juste
Le mot est plus vieux que le gâteau. Dans le polonais du XVIᵉ siècle, un pączek est un bourgeon, le diminutif de pąk, cette petite boule close prête à s'ouvrir. Le Słownik polszczyzny XVI wieku, qui recense trente-quatre occurrences du mot, le donne d'abord pour l'embryon d'une tige ou d'une fleur, puis, chez le lexicographe Jan Mączyński en 1564, pour une pâtisserie ronde : « Spherica, Nieyákie pączki kołacze plácki álbo osuszki ». Le beignet national polonais porte donc, depuis l'origine, le nom d'un bouton floral.
L'ANNEAU BLANC N'EST PAS UN ORNEMENT, ET IL A UN NOM.
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Émiettez la levure fraîche dans un bol et écrasez-la à la cuillère avec une cuillerée à café de sucre prélevée sur les 50 g. En une minute elle se liquéfie et devient crème. Versez dessus la moitié du lait tiède, ajoutez une cuillerée à soupe de farine prise sur les 500 g, fouettez, couvrez et laissez tranquille un quart d'heure dans un coin chaud.
Le pourquoiCe levain-minute, le zaczyn, sert à vérifier que la levure est vivante avant d'engager six jaunes et un demi-kilo de farine. C'est la méthode donnée telle quelle par les recettes polonaises de référence, et elle n'a rien de décoratif : une levure morte se voit ici, ou nulle part. [Kwestia Smaku, « Pączki najlepsze »]
Fouettez les six jaunes et l'œuf entier avec le reste du sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse et tombe du fouet en ruban épais. Versez la farine, le sel et le sucre vanillé dans un grand récipient, ajoutez le zaczyn mousseux, les jaunes battus, le reste du lait tiède, le zeste de citron et l'alcool. Pétrissez sans faiblir, un bon quart d'heure à la main ou au crochet à vitesse minimale. Le beurre fondu refroidi n'entre qu'à la toute fin, en trois fois.
Le pourquoiLe beurre arrive en dernier parce que la matière grasse enrobe les protéines et freine la formation du réseau de gluten. On construit d'abord la charpente, on l'enrichit ensuite : l'ordre inverse donne une pâte molle qui ne se tient pas. [convergence des recettes polonaises de référence]
Rassemblez la pâte en boule, couvrez d'un linge, et laissez-la dans un coin tiède à l'abri des courants d'air, une heure à une heure et demie.
Le pourquoiUne pâte aussi riche en jaunes et en beurre lève plus lentement qu'une pâte à pain : la matière grasse gêne le travail de la levure. Le temps annoncé est un ordre de grandeur, le volume est le seul juge.
Farinez très légèrement le plan de travail. Étalez la pâte sur deux centimètres d'épaisseur et découpez des disques de 6,5 cm au verre à bord net. Déposez au centre de chacun une petite cuillerée de confiture de rose, refermez la pâte en bourse en pinçant fermement les plis, puis roulez la boule entre vos paumes, soudure en dessous.
Le pourquoiLa confiture enfermée avant la friture est le geste ancien : le sucre du fruit cuit avec la pâte et parfume la mie de l'intérieur. La méthode moderne, qui injecte la confiture à la poche après cuisson, donne un cœur plus net mais une mie plus neutre. Les deux se pratiquent en Pologne.
Posez les boules bien espacées sur le plan légèrement fariné, ou chacune sur son carré de papier cuisson, couvrez d'un linge, et laissez pousser trente à quarante-cinq minutes au chaud.
Le pourquoiC'est ici, et nulle part ailleurs, que se joue la biała obwódka, la bordure blanche à l'équateur du beignet. Une boule bien poussée est si légère qu'elle flotte à moitié hors du bain : sa ceinture ne touche jamais la graisse et reste pâle. L'anneau n'est donc pas un ornement, c'est la signature d'une pousse menée jusqu'au bout. [convergence des sources pâtissières polonaises]
Faites fondre le saindoux dans une cocotte large sur au moins huit centimètres de hauteur et montez-le à 175-180 °C au thermomètre. Faites glisser cinq beignets à la fois, jamais plus, en les poussant vers vous pour éviter les éclaboussures. Comptez environ deux minutes par face. Couvrez pendant la première face si vous voulez la mie la plus gonflée, puis retournez à l'écumoire et finissez à découvert.
Le pourquoiSous 170 °C la croûte met trop longtemps à se former et la pâte boit la graisse ; au-dessus de 185 °C elle brunit avant que le cœur soit cuit. Les sources polonaises désignent unanimement la température, et non l'alcool de la pâte, comme la vraie variable d'un pączek non gras. [Kwestia Smaku ; convergence des sources pâtissières polonaises]
Égouttez les beignets sur une grille. Fouettez le sucre glace avec le jus de citron tiède jusqu'à obtenir un glaçage nappant, qui coule du fouet en ruban lourd. Trempez le dessus de chaque pączek encore tiède, laissez couler l'excédent, puis parsemez d'écorces d'orange confites taillées fin.
Le pourquoiLe glaçage blanc au citron et l'écorce d'orange confite sont la finition de pâtisserie varsovienne, celle que la maison Blikle a rendue canonique. Le simple voile de sucre glace est la version domestique, tout aussi légitime mais moins habillée.
Servez les pączki tièdes, le jour de leur friture. Sur la table du Tłusty Czwartek, on les accompagne des faworki, ces rubans de pâte frits et saupoudrés de sucre qui sont l'autre moitié de la fête.
Le pourquoiUne pâte levée frite est à son sommet dans les heures qui suivent le bain. Le lendemain l'amidon rétrograde, la mie se resserre, et la bordure blanche se ternit sous le glaçage qui a pris l'humidité.
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La route d'origine. Le beignet est arrivé en Pologne d'Allemagne au tournant des XVᵉ et XVIᵉ siècles, et son premier nom polonais, krepel, est l'emprunt direct de l'allemand Krapfen. Le Berliner Pfannkuchen et le pączek sont donc deux branches d'une même souche, séparées par la farce : confiture de prune ou de framboise à Berlin, confiture de pétales de rose à Varsovie.
Voir la recette →CousineLe même beignet, une autre fête. Le sufganiyah de Hanoucca partage avec le pączek la pâte levée frite et fourrée de confiture, mais son calendrier est juif et non chrétien, et sa farce classique est la gelée de fraise ou d'abricot. La parenté est d'autant plus troublante que les deux traditions ont longtemps cohabité dans les mêmes villes polonaises.
Voir la recette →CousineLe beignet du pauvre, celui des jours ordinaires. Les racuchy sont une pâte levée molle jetée à la cuillère dans la graisse, sans façonnage ni farce, souvent avec des tranches de pomme. C'est le geste dont le pączek est la version endimanchée : même levure, même bain, mais aucune cérémonie.
Voir la recette →CousineL'autre moitié du Jeudi gras. Les faworki, ces rubans de pâte frits et poudrés de sucre qu'on appelle aussi chrust ou chruściki, se servent le même jour et sur le même plateau que les pączki. Là où le pączek est levé, moelleux et fourré, le faworek est une pâte non levée, étirée à l'extrême et frite jusqu'au croustillant : les deux textures opposées de la même fête.
Voir la recette →CousineLe beignet de carnaval autrichien, frère par la fonction. Comme le pączek, le Faschingskrapfen se mange dans les jours qui précèdent le Carême, pour épuiser la graisse et les œufs de la maison avant l'abstinence. Même logique liturgique, même pâte levée aux jaunes, mais l'abricot y remplace la rose et le beignet est aplati plutôt que sphérique.
Voir la recette →CousineLe cousin d'Amérique, par la diaspora. Les Polonais arrivés à Hamtramck, enclave de Detroit, dans les années 1900 pour l'usine Dodge Main y ont emporté le beignet, mais l'ont déplacé du Jeudi gras au Mardi gras pour s'aligner sur le calendrier américain : c'est le Paczki Day. Le beignet y est plus gros, plus sucré, souvent glacé à l'américaine et fourré à la fraise ou à la crème. Le donut glacé est le voisin de palier vers lequel il a dérivé.
Voir la recette →CousinePączki polonais, les beignets levés voisins.
Voir la recette →CousinePączki polonais, beignets levés.
Voir la recette →L'ancêtre direct, et il ne ressemble à rien de ce qu'on connaît. La recette conservée aux Archives centrales des actes anciens de Varsovie (AGAD, Archiwum Warszawskie Radziwiłłów, sygn. 200) donne une pâte ferme de farine fine, deux blancs d'œufs et quelques cuillerées d'eau de rose, étalée mince, garnie de coriandre confite au sucre puis frite. Ni levure, ni jaunes, ni confiture. C'est le pączek d'avant la révolution de la levure du XVIIIᵉ siècle, et la seule chose qu'il a léguée au nôtre, c'est le parfum de rose.
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