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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine sino-mauricienne
Le siu mai crĂ©olisĂ© des comptoirs de Chinatown Ă Port-Louis : une boulette de porc (ou de poulet) au chouchou pressĂ©, serrĂ©e dans une fine feuille de wonton en cylindre ouvert â la fameuse forme de capsule qui lui vaut son nom â, cuite Ă la vapeur puis servie dans un bouillon clair gingembre-cive ou trempĂ©e dans la sauce piment-ail-soja.
Poussez la porte d'un marchand boulettes de Port-Louis, dans les ruelles de Chinatown, et regardez les paniers de bambou s'empiler dans la vapeur : c'est lĂ que vit le bouchon mauricien. DĂšs la fin du XVIIIá” siĂšcle, des migrants chinois dĂ©barquent Ă Maurice en quĂȘte de travail â cantonais d'abord, rejoints puis largement dĂ©passĂ©s en nombre, au fil du XIXá” siĂšcle, par les Hakka â et recrĂ©ent les raviolis vapeur du pays natal avec ce que l'Ăźle leur offre : le chouchou remplace ou accompagne les lĂ©gumes de Canton, et toute une famille de « boulettes » naĂźt dans les comptoirs â niouk yen au chouchou, wonton, boulettes de poisson, teokon de tofu fumĂ©, et le sao mai de porc, cousin direct du siu mai des dim sum. C'est lui que beaucoup de Mauriciens appellent « bouchon » : le pli cylindrique de la feuille de wonton, ouvert sur le dessus et serrĂ© autour de la farce, dessine exactement une capsule de bouteille. Le geste est restĂ© celui des cuisines chinoises â une farce travaillĂ©e jusqu'Ă devenir collante, relevĂ©e de gingembre, de cive et de champignon noir, montĂ©e en petits cylindres et saisie Ă la vapeur vive â mais le service est devenu profondĂ©ment mauricien : au comptoir, debout, dans une tasse de bouillon clair fumant ou Ă sec avec la trempette piment-ail-soja, souvent en assortiment avec les autres boulettes. C'est une street-food si ancrĂ©e qu'on ne la cuisine presque jamais chez soi : on va chez « son » marchand, on slurpe bien chaud, et l'on retrouve d'une bouchĂ©e l'autre rive de l'ocĂ©an Indien â Ă La RĂ©union voisine, le mĂȘme petit cylindre vapeur porte fiĂšrement le nom de bouchon depuis des gĂ©nĂ©rations.
Trois querelles entourent le bouchon.
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Pelez le chouchou, ĂŽtez le cĆur, rĂąpez-le gros puis salez-le et laissez-le dĂ©gorger 15 minutes. Pressez ensuite le chouchou rĂąpĂ© dans un torchon propre, de toutes vos forces, en deux fois, jusqu'Ă ce qu'il soit presque sec. Pendant ce temps, faites tremper le champignon noir 15 minutes dans l'eau tiĂšde et les crevettes sĂ©chĂ©es dans un peu d'eau. Hachez finement champignon, crevettes et chĂątaignes d'eau.
Le pourquoiLe chouchou est gorgé d'eau : tout ce qui n'est pas pressé maintenant se libérera à la vapeur, détrempera la farce et fera bùiller les bouchons. Une farce presque sÚche mais souple, c'est tout le secret d'une boulette qui se tient.
Dans un grand bol, rĂ©unissez la viande hachĂ©e, le chouchou essorĂ©, les chĂątaignes d'eau, le champignon, les crevettes, le gingembre, la cive, la sauce soja, la sauce poisson, l'huile de sĂ©same, le poivre blanc, le sel et la fĂ©cule. MĂ©langez Ă la main en Ă©tirant et repliant la masse pendant 3 Ă 4 minutes, jusqu'Ă ce que la farce devienne lĂ©gĂšrement collante et tienne ensemble. Faites cuire une mini-boulette Ă la poĂȘle pour goĂ»ter et rectifier l'assaisonnement : on ne goĂ»te jamais le porc cru.
Le pourquoiLe travail prolongé dissout les protéines de la viande, qui se lient entre elles et emprisonnent l'eau : c'est cette liaison qui donne une boulette juteuse et rebondie au lieu d'une farce qui s'effrite à la vapeur.
Posez une feuille de wonton sur la paume, en gardant le reste sous un linge humide car elles sÚchent vite. Déposez une bonne demi-cuillÚre à soupe de farce au centre. Remontez les bords de la feuille tout autour de la farce sans la fermer, en pinçant pour former un petit cylindre ouvert sur le dessus. Pressez légÚrement le fond et le tour en tournant pour tasser, puis lissez le sommet de farce. Alignez les bouchons dans le panier au fur et à mesure, sans qu'ils se touchent.
Le pourquoiLe cylindre ouvert expose la farce directement à la vapeur : elle cuit vite et réguliÚrement, et c'est cette forme de capsule de bouteille qui a donné son nom au bouchon.
Huilez lĂ©gĂšrement le panier vapeur ou tapissez-le de feuilles de chou ou de papier sulfurisĂ© perforĂ©. Disposez les bouchons espacĂ©s, couvrez et cuisez Ă la vapeur vive 20 Ă 25 minutes, en surveillant le niveau d'eau de la marmite. Pour vĂ©rifier, ouvrez une boulette : la chair doit ĂȘtre ferme, juteuse, sans trace rosĂ©e au porc. Servez aussitĂŽt.
Le pourquoiLa vapeur vive cuit dans une chaleur humide et constante : la feuille devient souple et translucide pendant que la farce monte Ă cĆur sans jamais sĂ©cher â Ă condition que la marmite ne manque pas d'eau.
Pour le « bouillon bouchon » façon soupe-repas, faites mijoter le bouillon de volaille avec les rondelles de gingembre 10 minutes, assaisonnez d'un trait de sauce soja et de sauce poisson, goûtez. Plongez-y les bouchons déjà cuits 2 à 3 minutes, juste pour les réchauffer et les imprégner, puis ajoutez le pak-choï émincé en toute fin de cuisson, 1 minute à peine. Dressez dans des bols, parsemez de cive et de quelques gouttes d'huile de sésame.
Le pourquoiLes bouchons sont dĂ©jĂ cuits : un pochage bref les parfume sans les gorger d'eau, et un frĂ©missement doux garde le consommĂ© limpide â Ă gros bouillons, les particules en suspension le troubleraient.
MĂ©langez dans un bol la sauce soja, la pĂąte de piment-ail, l'ail rĂąpĂ© et le vinaigre de riz : c'est la trempette sino-mauricienne, Ă la fois salĂ©e, piquante et acidulĂ©e. Servez les bouchons soit nature avec cette sauce Ă cĂŽtĂ©, soit dans leur bol de bouillon avec la sauce en accompagnement, comme au comptoir oĂč on les prend en assortiment avec niouk yen, wonton et teokon. Mangez bien chaud, en slurpant.
Le pourquoiLa trempette salée-piquante-acidulée tranche le gras de la farce de porc et relance l'appétit à chaque bouchée : c'est elle qui fait du bouchon un plat de comptoir vif, pas un plat qui attend.
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Le mĂȘme siu mai crĂ©olisĂ© sous l'autre drapeau de l'ocĂ©an Indien : Ă La RĂ©union, ce petit cylindre de porc en feuille de wonton cuit vapeur s'appelle canoniquement « bouchon » â c'est mĂȘme de lĂ que le nom mauricien tire sa lĂ©gitimitĂ©. Deux Ăźles sĆurs, un seul geste chinois.
Voir la recette âVarianteLe bouchon/sao mai est l'une des piĂšces maĂźtresses de l'assortiment des « boulettes » de Chinatown, aux cĂŽtĂ©s des wonton, boulettes de poisson et teokon de tofu fumĂ© : mĂȘme comptoir, mĂȘme bouillon, mĂȘme sauce â la famille entiĂšre sous un seul nom.
Voir la recette âCousineMĂȘme grammaire sino-mauricienne du ravioli en feuille de wonton servi dans un consommĂ© clair : le wonton se ferme et flotte, le bouchon reste ouvert et se tient droit, mais le bol fumant de Chinatown est le mĂȘme.
Voir la recette âCousineL'autre soupe-repas des comptoirs sino-mauriciens : un bouillon clair montĂ© au gingembre et Ă la cive, oĂč les nouilles remplacent les boulettes â on y plonge d'ailleurs volontiers un bouchon ou deux.
Voir la recette âCousineLe frĂšre vĂ©gĂ©tal du mĂȘme comptoir : le niouk yen troque la farce de porc contre le chouchou rĂąpĂ© et pressĂ©, mais le geste hakka est identique â vapeur vive, tasse de bouillon clair, trempette piment-ail. Les deux se prennent souvent dans le mĂȘme assortiment.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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