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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine sino-mauricienne
L'enfant crĂ©ole du dim sum : une farce de porc ou de poisson et de crevettes sĂ©chĂ©es prise dans du chouchou rĂąpĂ© et essorĂ©, liĂ©e Ă la fĂ©cule, cuite Ă la vapeur et servie en bouillon clair ou frite en gajak, avec sa trempette ail-soja-piment. Le nom vient du hakka èäžž, « boulette de viande ».
Poussez la porte d'une boutique chinoise de Port-Louis Ă l'heure du goĂ»ter et vous les verrez, rangĂ©es dans le panier vapeur embuĂ© : des boules vert pĂąle, lisses, encore fumantes. Le niouk yen porte son histoire dans son nom, la transcription crĂ©ole du hakka èäžž, « boulette de viande ». Les immigrĂ©s chinois arrivĂ©s Ă Maurice Ă partir de la fin du XVIIIe siĂšcle, cantonais d'abord, puis hakka en grande majoritĂ© au fil du XIXe, ne trouvaient pas sur l'Ăźle tous les produits du pays natal. Ils ont fait ce que fait toute cuisine de migrants : regarder autour d'eux. Le chouchou, cette christophine qui court sur les treilles des hauts, est devenu l'enveloppe de leur boulette. RĂąpĂ©, salĂ©, essorĂ© jusqu'Ă la derniĂšre goutte, puis liĂ© Ă la fĂ©cule autour d'un cĆur de porc, de crevettes sĂ©chĂ©es ou de chair de poisson battue, il cuit Ă la vapeur en quinze Ă vingt minutes et prend cette texture tendre et rebondissante qui ne ressemble Ă rien d'autre. Aujourd'hui, le niouk yen se mange partout : plongĂ© dans un bouillon clair au gingembre avec ses cousins sao mai et wontons, servi sec avec une trempette ail-soja-piment, ou frit en gajak croustillant. C'est le dim sum devenu crĂ©ole, et Maurice l'a adoptĂ© au point d'en faire l'un de ses street foods les plus aimĂ©s.
Le niouk yen nourrit trois discussions chez les Sino-Mauriciens.
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Pelez les chouchous, retirez le cĆur, rĂąpez-les assez fin. Salez et laissez dĂ©gorger 15 minutes : le chouchou est trĂšs aqueux et sans cette Ă©tape la boulette ne tiendra jamais. Pressez ensuite le rĂąpĂ© dans un torchon de toutes vos forces pour en sortir autant de liquide que possible, puis recommencez une seconde fois : c'est le point critique de la recette. Pendant ce temps, faites tremper les crevettes sĂ©chĂ©es (et le champignon noir si vous en utilisez).
Le pourquoiLe chouchou est gorgé d'eau ; le sel la fait sortir par osmose. Si elle reste dans le rùpé, la fécule ne peut pas lier et l'eau cachée ressort à la vapeur : la boulette se défait au lieu de prendre.
Hachez finement les crevettes sĂ©chĂ©es trempĂ©es. Version poisson : battez la chair de poisson blanc assaisonnĂ©e (sel, poivre blanc, sauce poisson) en la claquant contre le bol 3 Ă 4 minutes pour la rendre Ă©lastique et rebondissante, façon fish ball. Version viande : mĂ©langez le porc hachĂ© avec les crevettes, le gingembre, la cive et les assaisonnements jusqu'Ă liaison. GoĂ»tez une mini-portion cuite pour ajuster sel et piquant : le cĆur doit ĂȘtre savoureux car le chouchou qui l'enrobe est neutre.
Le pourquoiBattre la chair de poisson développe ses protéines et donne le rebond élastique qui distingue une vraie boulette d'une masse molle ; et comme le chouchou n'apporte presque aucun goût, toute la saveur du plat repose sur cette farce.
Dans un grand bol, rĂ©unissez le chouchou essorĂ©, la farce (viande ou poisson-crevette), le gingembre, la cive et la fĂ©cule. MĂ©langez et pĂ©trissez Ă la main jusqu'Ă obtenir une masse homogĂšne qui se tient quand on la presse en boule. C'est ici que la fĂ©cule s'ajuste : testez en formant une boulette et, si elle s'affaisse ou colle trop aux doigts mouillĂ©s, rajoutez de la fĂ©cule cuillĂšre par cuillĂšre. La masse doit ĂȘtre souple mais tenir sa forme sans s'Ă©taler.
Le pourquoiLa fécule gélatinise à la vapeur et forme le réseau qui soude le rùpé de chouchou : c'est elle qui remplace la pùte de blé des dim sum classiques. Trop peu, rien ne tient ; trop, la boulette devient caoutchouc.
Formez des boulettes de la taille d'une grosse noix (40 à 45 g), bien rondes et réguliÚres pour une cuisson homogÚne. Déposez-les au fur et à mesure sur un panier vapeur huilé ou tapissé (feuille de chou, papier perforé) pour qu'elles n'attachent pas, en les espaçant : elles gonflent un peu. Si vous prévoyez la version frite, réservez une partie des boulettes pour la friture, le reste pour la vapeur ou le bouillon.
Le pourquoiUn calibre Ă©gal, c'est une cuisson Ă©gale : les grosses resteraient crues au cĆur quand les petites sĂšchent. Et l'espace entre les boulettes laisse la vapeur circuler tout autour de chacune.
Version traditionnelle : cuisez les boulettes Ă la vapeur vive 15 Ă 20 minutes, couvercle fermĂ©, jusqu'Ă ce qu'elles soient fermes et la farce cuite Ă cĆur. VĂ©rifiez en coupant une boulette : chair prise, aucune trace de cru. Version gajak : faites frire les boulettes (crues ou prĂ©-cuites vapeur puis refroidies) dans l'huile Ă 170 °C, 3 Ă 4 minutes jusqu'Ă dorĂ© croustillant, puis Ă©gouttez sur papier absorbant. Ne surchargez ni le panier ni le bain d'huile.
Le pourquoiLa vapeur vive fait gélatiniser la fécule et cuit la farce sans dessécher l'enveloppe de chouchou ; la friture, elle, crée la croûte dorée du gajak. Surcharger fait chuter la température et donne une cuisson inégale.
En soupe : faites frémir un bouillon de volaille avec le gingembre, plongez-y les boulettes vapeur 2 à 3 minutes pour les réchauffer et les imprégner, ajoutez le pak-choï en toute fin, dressez en bol et parsemez de cive. Sec : disposez les boulettes vapeur ou frites avec la sauce ail et la sauce soja-piment en trempette, garnies d'oignon vert ciselé. Mangez bien chaud, en assortiment avec d'autres boulettes (sao mai, wontons, boulettes poisson) comme dans les échoppes de Port-Louis.
Le pourquoiRéchauffées dans un bouillon à peine frémissant, les boulettes s'imprÚgnent sans recuire ; et la trempette ail-soja-piment réveille la douceur neutre du chouchou, c'est elle qui signe le plat.
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MĂȘme famille de boulettes sino-mauriciennes servies en bouillon clair au gingembre : le wonton plie sa farce dans une pĂąte de blĂ©, le niouk yen l'enrobe de chouchou, et les deux se retrouvent souvent dans le mĂȘme bol.
Voir la recette âCousineLe frĂšre rĂ©unionnais : Ă La RĂ©union, la boulette vapeur sino-crĂ©ole s'appelle bouchon et se vend chez le Chinois de quartier, exactement comme le niouk yen dans les boutiques de Port-Louis. MĂȘme geste de dim sum crĂ©olisĂ©, deux Ăźles sĆurs.
Voir la recette âVarianteLa star du mĂȘme bol : le niouk yen au chouchou est la boulette nĂ©e Ă Maurice, quand les Chinois de l'Ăźle ont farci le lĂ©gume local Ă dĂ©faut des produits du pays natal.
Voir la recette âCousineMĂȘme lignĂ©e sino-mauricienne, mĂȘme geste de la boulette façonnĂ©e Ă la main et farcie â mais sur le versant salĂ© et vapeur. Le niouk yen et le gato zinzli racontent ensemble ce que les Hakkas et Cantonais arrivĂ©s Ă la fin du XVIIIe siĂšcle ont donnĂ© Ă la cuisine de rue de l'Ăźle : la boulette, en version repas et en version douceur.
Voir la recette âCousineLe frĂšre vĂ©gĂ©tal du mĂȘme comptoir : le niouk yen troque la farce de porc contre le chouchou rĂąpĂ© et pressĂ©, mais le geste hakka est identique â vapeur vive, tasse de bouillon clair, trempette piment-ail. Les deux se prennent souvent dans le mĂȘme assortiment.
Voir la recette âCousineMĂȘme hĂ©ritage sino-mauricien et mĂȘme art de la boulette Ă base de lĂ©gume rĂąpĂ© liĂ© Ă la fĂ©cule â mais le niouk yen passe Ă la vapeur quand le gato arouille plonge dans la friture. Les deux faces de la cuisine hakka-cantonaise crĂ©olisĂ©e.
Voir la recette âLe mĂȘme rĂ©flexe hakka de farcir un lĂ©gume d'une pĂąte de viande ou de poisson battue jusqu'au rebond : le yong tau foo garnit tofu et lĂ©gumes, le niouk yen a fait du chouchou mauricien son Ă©crin.
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