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Atlas Culinaire · Wallis-et-Futuna · Wallis & Uvea
La douceur des fêtes de 'Uvea et de Futuna : un tubercule râpé, de la crème de coco, des feuilles de bananier, et la chaleur lente des pierres du umu.
À 'Uvea comme à Futuna, le faikai n'est pas défini par un fruit mais par une fécule. Le dictionnaire wallisien est net : c'est un « plat wallisien à base du lait de coco et la farine du manioc, du taro ou bien de la papaye », et il « se prépare dans le umu ». L'office du tourisme du territoire dit exactement la même chose de son côté, en rangeant d'un côté les faikai « à base de manioc ou taro », et de l'autre les sofesofe « à la banane ou à la papaye et au lait de coco ». Le faikai, c'est donc un amidon râpé et de la crème de coco, cuits ensemble très lentement sous des feuilles de bananier. Tout le reste est variable.
Le nom de ce plat a beaucoup souffert, et il faut le dire franchement.
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La version des tarodières et de la coutume. Taro d'eau râpé frais, crème de coco, très peu de sucre. Plus dense, plus terreuse, plus longue à cuire. C'est le faikai des grandes occasions.
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Rincez les feuilles de bananier et essuyez-les. Passez chaque feuille quelques secondes au-dessus d'une flamme vive, ou plongez-la trois secondes dans l'eau bouillante, en la faisant glisser d'un bout à l'autre. Vous verrez le vert mat virer à un vert profond et luisant, et la feuille cesser de résister sous les doigts. Retirez ensuite la nervure centrale la plus épaisse avec la pointe d'un couteau, puis taillez des carrés d'environ 25 cm.
Le pourquoiLa feuille de bananier crue est cassante : ses fibres se rompent dès qu'on la plie. Un passage rapide à la chaleur ramollit ces fibres et rend la feuille souple et étanche, ce qui permet de fermer un paquet qui tiendra toute la cuisson sans laisser fuir la crème de coco. [L'emballage en feuilles de bananier est la constante du umu, décrit par l'office du tourisme du territoire comme le mode de cuisson où les aliments sont soigneusement emballés dans des feuilles de bananier avant de descendre sur les pierres volcaniques.]
Si vous partez de noix fraîches, râpez la chair, couvrez-la d'un peu d'eau très chaude et laissez-la gonfler dix minutes. Pressez ensuite fermement cette chair dans un linge propre, au-dessus d'un saladier : ce premier jus, épais, opaque, presque onctueux, c'est la crème. C'est celui-là qu'il vous faut. Réservez-le. Si vous utilisez de la conserve, choisissez une crème de coco et non un lait allongé, et laissez la boîte reposer debout une heure avant de l'ouvrir.
Le pourquoiLe gras de coco est ce qui donne au faikai son fondant. La première pression concentre la matière grasse ; les pressions suivantes, allongées d'eau, donnent un lait pauvre qui rendra le pudding aqueux et fera pleurer les paquets à la cuisson. [Le dictionnaire wallisien définit le faikai par le lait de coco autant que par la fécule, et l'office du tourisme rappelle que le coco est présent partout dans la cuisine du territoire.]
Épluchez le taro d'eau, généreusement, jusqu'à la chair blanche à mouchetures violettes, puis rincez-le. Râpez-le fin, à la râpe la plus serrée, dans un grand saladier. Vous obtenez une masse humide, un peu crissante, qui grisonne légèrement au contact de l'air : c'est normal.
Le pourquoiLe taro d'eau est chargé d'un amidon très fin qui a besoin d'être libéré pour lier. Râpé, il gélatinise à la cuisson et donne au faikai sa tenue dense et son goût de terre douce, que la farine de manioc n'imite pas. [Le talo (Colocasia esculenta) est décrit par le rapport de Nathalie Mary sur les tarodières de Wallis et de Futuna (ETHYCÉO, 2018) comme une plante à corme chargé de réserves riches en amidon hautement digeste, et comme l'un des fondements de l'économie vivrière du territoire.]
Versez la crème de coco sur votre base, taro râpé ou pâte de manioc, en trois fois, en mélangeant à la cuillère en bois entre chaque ajout. Ajoutez le sucre si vous en mettez, et la pincée de sel. Mélangez jusqu'à ce que la masse devienne homogène et brillante, et qu'elle tombe lourdement de la cuillère en un ruban épais.
Le pourquoiIncorporer la crème en trois fois évite de détremper la fécule d'un coup. L'amidon a le temps de s'imprégner à chaque ajout, et l'appareil reste lié au lieu de se séparer en une bouillie et une flaque grasse. [Le sucre est présenté comme facultatif par les sources natives, qui décrivent le faikai comme un tubercule râpé mélangé à du lait de coco et parfois du sucre : la douceur vient d'abord du tubercule et de la coco.]
Posez un carré de feuille de bananier à plat, côté brillant vers vous. Déposez au centre une bonne louche d'appareil, sans l'étaler jusqu'aux bords. Rabattez d'abord les deux côtés longs l'un sur l'autre, puis repliez les extrémités dessous, comme un paquet cadeau, de sorte que le poids du paquet le maintienne fermé. Ficelez avec une bande de feuille ou de la ficelle de cuisine si vous n'êtes pas sûr de vous.
Le pourquoiLe paquet fermé est ce qui fait toute la cuisson : il retient la vapeur d'eau que rend l'appareil et la renvoie vers l'intérieur. C'est ce qui permet à l'amidon de cuire à l'étouffée sans jamais sécher ni croûter. [L'office du tourisme du territoire décrit le umu comme le four où les aliments, soigneusement emballés dans des feuilles de bananier ou des palmes tressées, cuisent lentement à l'étouffée sur des pierres volcaniques chauffées à blanc.]
Au umu, les paquets descendent sur les pierres brûlantes, se recouvrent de feuilles puis de terre, et restent là une heure et demie. Chez vous, faites au plus proche : rangez les paquets serrés dans une cocotte à fond épais avec deux doigts d'eau au fond, couvrez, et laissez sur feu très doux une heure et demie, en surveillant que l'eau ne s'évapore jamais complètement. Au four, comptez la même durée à 160 degrés, dans un plat couvert de papier aluminium avec un fond d'eau chaude.
Le pourquoiCe plat ne cherche ni coloration ni croûte. Une chaleur douce et humide, longtemps, laisse le temps à l'amidon de gélatiniser à cœur et au gras de coco de se répartir dans toute la masse. Une chaleur vive ferait catcher le fond avant que le centre ne prenne. [La lenteur est la définition même du umu, décrit par les sources du territoire comme une cuisson lente à l'étouffée sur pierres chauffées à blanc.]
Sortez les paquets et laissez-les reposer fermés au moins vingt minutes, sur une grille ou simplement sur le plan de travail. Ne les ouvrez pas tout de suite, même si le parfum de coco chaud vous y pousse.
Le pourquoiÀ la sortie du feu, l'amidon est encore gonflé d'eau et le pudding se déferait à la cuillère. En refroidissant un peu, le réseau d'amidon se rétracte et se raffermit, et le faikai passe d'une masse fragile à une tranche qui se tient. [ERREUR TERRAIN NON DOCUMENTÉE pour la durée exacte du repos : aucune source native ne la chiffre. Vingt minutes est un repère de cuisine, à ajuster.]
Ouvrez les paquets à table, en écartant simplement la feuille : c'est là que le parfum sort d'un coup, coco chaud et vert de bananier. Parsemez de coco fraîche râpée, et servez avec des bananes mûres à côté. Le faikai se mange tiède, en fin de repas, ou au petit-déjeuner du lendemain.
Le pourquoiOuvrir à table n'est pas une coquetterie : la feuille a retenu tous les composés volatils pendant une heure et demie, et c'est au moment du pliage qu'ils se libèrent. Servi déjà démoulé, le plat perd la moitié de son parfum en cuisine. [La banane mûre en accompagnement est attestée par Wallis-et-Futuna La 1ère pour le hua, le proche parent liquide de ce plat, généralement accompagné de bananes mûres.]
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Le hua wallisien, sua à Futuna, c'est le même couple fécule et lait de coco, mais en version liquide : le mot hua signifie d'ailleurs liquide en wallisien. Il se prépare aux aurores, se boit très tôt le matin accompagné de bananes mûres, et à Futuna il marque l'importance d'un évènement. C'est le plus proche parent du faikai, et la fiche du faikai a longtemps décrit ce plat-là par erreur.
Voir la recette →VarianteLe faikai malaulau est la branche futunienne, celle qui ajoute le caramel que le faikai wallisien de base ne connaît pas : la farine de manioc y prend une texture dense et élastique qui lui a valu le surnom de chewing-gum futunien. Même famille, même nom de tête, mais un geste de plus.
Voir la recette →CousineVoilà le vrai dessert de bananes de Wallis. L'office du tourisme du territoire range explicitement les sofesofe à la banane ou à la papaye d'un côté, et les faikai à base de manioc ou taro de l'autre. Si vous cherchiez des bananes au lait de coco, c'est ici, pas au faikai.
Voir la recette →CousineMême geste, autre amidon : le fruit à pain râpé remplace le taro ou la farine de manioc, et part au four enterré dans les mêmes feuilles de bananier. Le dictionnaire wallisien admet d'ailleurs plusieurs fécules pour le faikai, dont la papaye, ce qui montre que c'est bien la structure qui fait le plat, pas un tubercule unique.
Voir la recette →CousineLe palusami est l'autre grand paquet de feuille de bananier de Wallis : mêmes feuilles, même crème de coco, même chaleur lente du umu, mais des feuilles de taro à la place de la fécule, et le registre bascule du sucré au salé. C'est la démonstration que le umu et la coco sont une grammaire avant d'être une recette.
Voir la recette →CousineLe fruit à pain rôti au umu montre le four sans intermédiaire : pas de fécule râpée, pas de crème, juste le tubercule et les pierres brûlantes. C'est la cuisson de base sur laquelle le faikai est venu se greffer.
Voir la recette →CousineLe cousin tahitien, celui qui a usurpé le nom. On a longtemps appelé le faikai un poé wallisien, alors que po'e est un mot tahitien, de la racine proto-polynésienne poke, mélanger. Le po'e repose bien sur la même idée, un fruit ou un tubercule lié à l'amidon et servi au lait de coco, mais c'est une famille distincte, avec ses propres déclinaisons et son propre vocabulaire.
Voir la recette →CousineLe po'e à la papaye est le rappel que la papaye est une fécule à pudding légitime dans tout le Pacifique : le dictionnaire wallisien l'admet d'ailleurs pour le faikai lui-même, à côté du manioc et du taro.
Voir la recette →CousineLa branche tongienne, et l'origine du malentendu sur le caramel. Le faikakai est bâti sur une sauce dite lolo, du sucre roux fondu dans la crème de coco, versée sur des boulettes. Attention au faux ami : en wallisien, lolo veut dire huile, et le faikai de Wallis ne porte pas de caramel.
Voir la recette →CousineLe faikakai au fruit à pain pilé montre que la famille tongienne fonctionne exactement comme la wallisienne : on change l'amidon, on garde la crème de coco, et le nom de tête ne bouge pas. Seule la sauce caramel reste, elle, une signature tongienne.
Voir la recette →CousineLe troisième sommet du triangle de la Polynésie occidentale. Wallis, Tonga et Samoa partagent le même dessert de fond, un amidon et de la crème de coco, et se distinguent surtout par la sauce : le fa'ausi samoan et le faikakai tongien vont au caramel de coco, le faikai wallisien reste nu.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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