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Atlas Culinaire · Philippines · Asie
Le sauté de nouilles d''œuf des anniversaires philippins, hérité des marchands hokkien et attesté dans les rues de Manille dès 1847
La plus ancienne description du pancit qu''on puisse lire ne vient pas d''un livre de cuisine. Elle est écrite en fine cursive au bas d''une aquarelle. Vers 1847, le peintre José Honorato Lozano compose à Manille un album intitulé Vistas de las yslas Filipinas y trages de sus abitantes, aujourd''hui conservé à la Bibliothèque nationale d''Espagne, et deux de ses planches montrent des marchands de nouilles chinois. Sous l''une d''elles, une légende décrit le plat : parmi les ragoûts que mangent les gens du pays, et que les Chinois vendent d''ordinaire, il y a ce qu''ils appellent PANSIT, fait de pâte de riz et de blé en forme de grosses nouilles, mijoté avec du porc haché et divers gulay, et vendu aux clients pour trois quarts d''une pièce. La légende ajoute un détail savoureux : c''est le seul aliment que les gens ne mangent pas avec les doigts, parce qu''ils se servent d''une sorte de bâtonnets appelés SIPIT.
LE MOT CANTON DÉSIGNE LA NOUILLE, PAS LA VILLE NI UN STYLE.
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La nouille d'œuf seule, sautée au wok avec le porc, les crevettes et les légumes croquants, puis mouillée de bouillon qu'elle boit jusqu'à la dernière goutte. C'est la version qu'on trouve sur toutes les tables de fête de l'archipel.
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Taillez le porc en lanières fines, la carotte et le sayote en julienne, le chou en rubans, les haricots en tronçons. Rangez chaque chose dans son bol, à portée de main, avec le bouillon mesuré et la sauce soja déjà mélangée à la sauce d'huître. Ce plat se cuit en dix minutes et ne vous laissera pas le temps d'éplucher un oignon.
Le pourquoiUn sauté au wok se joue sur la chaleur, et la chaleur ne se met pas en pause. Chaque seconde passée à chercher un ingrédient est une seconde où la poêle refroidit et où ce qui est dedans passe du sauté à l'étuvé. [Principe du sauté à haute flamme, hérité de la technique hokkien arrivée à Manille]
Plongez les nouilles canton dans une grande eau bouillante juste une minute, le temps qu'elles se détachent les unes des autres, pas davantage. Égouttez, rincez à l'eau froide, égouttez encore, et laissez-les s'égoutter à découvert pendant que vous préparez le reste.
Le pourquoiLa nouille canton finira sa cuisson dans le bouillon, au wok. Si vous la cuisez à l'eau maintenant, elle arrivera au wok déjà pleine d'eau, elle refusera le bouillon et se cassera en morceaux au premier coup de spatule. [Convergence des recettes philippines de pancit canton, où la nouille boit le bouillon dans le wok]
Chauffez le wok jusqu'à ce qu'un filet de fumée s'élève, versez deux cuillerées d'huile, et faites sauter l'ail jusqu'à ce qu'il embaume sans brunir. Ajoutez l'oignon, puis le porc, et laissez-le prendre couleur sans le remuer sans arrêt. Ajoutez les foies s'il y en a, puis les crevettes en dernier, une minute à peine.
Le pourquoiL'ordre n'est pas décoratif : chaque ingrédient entre au moment où il lui reste exactement le temps de cuire jusqu'à la fin. Les crevettes en dernier parce qu'elles durcissent en quatre-vingt-dix secondes, les foies avant elles parce qu'ils demandent le double. [Ordre de passage constant dans les sautés philippins de pancit]
Jetez la carotte et les haricots plats, faites-les sauter deux minutes, puis le sayote une minute, et le chou en tout dernier, trente secondes. Chaque légume doit rester croquant : ils finiront de cuire dans la vapeur du bouillon.
Le pourquoiLe pancit se distingue justement par le croquant de ses légumes au milieu de la souplesse des nouilles. Un chou fondu, c'est le plat de cantine ; un chou qui craque encore, c'est le plat de fête. [Pratique constante des sautés philippins, où les légumes gardent du mordant]
Versez le bouillon, la sauce soja et la sauce d'huître, poivrez, et portez à ébullition franche. Ajoutez alors les nouilles égouttées et mélangez en soulevant avec deux spatules, du fond vers le haut, jusqu'à ce qu'elles aient bu presque tout le liquide. Comptez quatre à six minutes.
Le pourquoiC'est le moment qui fait ou défait le plat : la nouille n'est pas nappée d'une sauce, elle ABSORBE le bouillon et prend son goût de l'intérieur. C'est pour cela qu'on ne l'a pas cuite à l'eau plus tôt. [Convergence des recettes philippines de pancit canton guisado]
Dressez dans un grand plat, parsemez d'oignons verts et, si vous aimez, d'un peu de chicharrón écrasé. Posez à côté une assiette de calamansi coupés en deux. Chacun presse le sien dans son assiette au moment de manger.
Le pourquoiLe calamansi est un condiment de table, pas un ingrédient de cuisson. Pressé dans le wok, son acidité s'évapore et il ne reste qu'une amertume ; pressé dans l'assiette, il tranche net la richesse du sauté. Le chicharrón, lui, est un ajout apprécié et non une règle : il appartient d'abord au palabok et au malabon. [Usage de table philippin ; correction d'une page qui présentait le chicharrón comme obligatoire]
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Le frère jumeau, à la nouille près. Même sauté, même bouillon absorbé, mais avec des vermicelles de riz au lieu des nouilles d''œuf : plus léger, plus fin, et c''est celui que la plupart des Philippins entendent quand on dit simplement pancit.
Voir la recette →CousineL''autre logique. Le palabok ne fait pas boire le bouillon à la nouille : il la nappe d''une sauce orangée aux crevettes, puis empile dessus œuf dur, chicharrón et crevettes. Sauce par-dessus contre bouillon absorbé, c''est la vraie ligne de partage des pancit.
Voir la recette →CousineLa version opulente de la baie de Manille, nappée elle aussi, avec des nouilles épaisses et une sauce chargée d''œufs de crevette. Le canton est un sauté de tous les jours devenu plat de fête ; le malabon est né plat de fête.
Voir la recette →CousineFaux ami parfait. Le pancit molo d''Iloilo ne contient AUCUNE nouille : ce sont des raviolis dans un bouillon. Le mot pancit ayant fini par désigner génériquement les nouilles aux Philippines, il a fini par recouvrir aussi ce qui n''en est pas.
Voir la recette →CousineLe pancit devenu soupe. Le batchoy de La Paz, à Iloilo, sert la nouille miki dans un bouillon d''os avec des abats et du chicharrón écrasé : même famille de nouilles chinoises nativisées, servie mouillée au lieu d''être sautée.
Voir la recette →CousineLe pancit lomi de Batangas, épaissi jusqu''à la consistance d''une sauce à la fécule. C''est le même héritage hokkien poussé dans la direction inverse du canton : au lieu de faire disparaître le liquide dans la nouille, on le fait tenir autour d''elle.
Voir la recette →CousineLa souche déclarée. Le pancit canton est décrit comme une adaptation philippine du lo mein et du chow mein, et le mot canton désigne la nouille d''œuf, pas la ville. Comparer les deux montre exactement ce que l''archipel a changé : le calamansi, le chou, le sayote et le bouillon absorbé jusqu''au bout.
Voir la recette →CousineLe même mot hokkien, arrivé à Java. Bakmi et bam-i partagent la racine 肉麵, bah-mī, les nouilles à la viande : la diaspora du Fujian a laissé un plat de nouilles sautées et son nom dans chaque port de la région.
Voir la recette →CousineLes deux legs hokkien de Manille. Le pancit et le lumpia arrivent par les mêmes marchands du Fujian, s''installent dans les mêmes quartiers, et finissent tous deux sur la même table de fête, à ce détail près qu''aucun anniversaire philippin ne se passe des deux.
Voir la recette →Le pancit qui se mange sans couvert. Plat-signature de Lucban, dans la province de Quezon, servi sur un morceau de feuille de bananier et destiné à être mangé à même la feuille, sans le moindre ustensile, arrosé d''un trait de vinaigre.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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