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Atlas Culinaire · Japon · Kantō
Le ramen-mère de Tokyo, né à Asakusa en 1910 au comptoir Rai-Rai Ken : un bouillon de volaille limpide tendu de sardines séchées, assaisonné d'une tare à la sauce soja, des nouilles fines et bouclées, chashu, œuf mariné, menma et naruto. La clarté, pas la lourdeur.
Le ramen est l'enfant d'un malentendu heureux entre la Chine et le Japon. À l'origine, des nouilles de blé chinoises — le chūka soba, « soba de Chine » — servies dès la fin du XIXᵉ siècle dans le quartier chinois de Yokohama par des cuisiniers cantonais. Mais le plat que le monde appelle aujourd'hui « ramen » a une adresse de naissance précise : Asakusa, Tokyo, 1910, au comptoir Rai-Rai Ken (来々軒).
La fausse antiquité, d'abord.
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La version fondatrice du Rai-Rai Ken : un seul bouillon clair où volaille et dashi marin (niboshi, kombu, katsuobushi) mijotent ensemble, tare à la sauce soja. Léger, doré, lisible jusqu'au fond du bol. L'équilibre avant la puissance.
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Un bol de ramen n'est pas une soupe : c'est un assemblage de quatre éléments montés séparément — la TARE (l'assaisonnement concentré, ici au shoyu), le BOUILLON, les NOUILLES (fraîches, au kansui) et les GARNITURES (chashu, œuf, menma, naruto). On prépare chacun à part, on assemble à la minute. Deux écoles s'offrent à vous : le chintan classique d'Asakusa (un seul bouillon clair, depuis 1910) ou le W-dashi contemporain (deux bouillons, animal et poisson, réunis au bol). Le chashu et les œufs se font la veille ; le ou les bouillons, le jour même. Lisez la recette en entier : c'est une chorégraphie.
Le pourquoiSéparer la tare du bouillon est le principe fondateur du ramen japonais : il permet de doser l'assaisonnement bol par bol et de garder un bouillon limpide qu'on ne sursale jamais.
Roulez la poitrine de porc bien serrée et ficelez-la en boudin régulier. Saisissez-la sur toutes ses faces dans une cocotte, puis couvrez à hauteur de shoyu, mirin, saké, sucre, gingembre et ail. Laissez mijoter à tout petit feu, à frémissement, une heure et demie à deux heures, en la retournant, jusqu'à ce qu'une pointe de couteau s'enfonce sans résistance. Laissez-la refroidir dans son jus : elle se tranchera bien plus nette une fois froide. Filtrez le jus de braisage — il rejoindra la tare.
Le pourquoiMalgré son nom hérité du char siu chinois (rôti), le chashu du ramen est en réalité un nibuta : un porc BRAISÉ, pas grillé. Le braisage lent attendrit le collagène en gélatine fondante, et le sucre du mirin laque la viande d'un brun brillant.
Blanchissez d'abord les carcasses et les ailes : couvrez-les d'eau froide, portez à ébullition une minute, jetez cette eau et rincez les os de leurs impuretés. C'est l'étape de la clarté. Remettez les os propres avec environ 3,5 litres d'eau froide, l'oignon, le gingembre et le vert de négi, et tenez le tout à FRÉMISSEMENT — jamais à gros bouillons, à peine 85 à 90 °C — deux heures durant, en écumant toutes les demi-heures et sans remuer. Dans la dernière demi-heure seulement, glissez le kombu et les niboshi à feu très doux, puis, feu coupé, le katsuobushi à infuser cinq minutes. Filtrez à l'étamine.
Le pourquoiLe frémissement maintient graisses et protéines en suspension douce ; l'ébullition violente les émulsionne et trouble le bouillon (McGee). Le kombu libère son glutamate vers 60 °C et le katsuobushi son inosinate hors du feu : ensemble, l'umami se multiplie.
Pour la tare, faites tiédir sans bouillir le shoyu koikuchi, le mirin et le saké au ratio d'or quatre-deux-un (par exemple 200, 100 et 50 ml) avec un morceau de kombu, quelques niboshi et une pincée de sucre, puis laissez infuser hors du feu et ajoutez une louche du jus de chashu filtré. Pour les œufs ajitsuke, plongez des œufs à température ambiante dans l'eau frémissante exactement 6 minutes 30, basculez-les en eau glacée, écalez-les délicatement et faites-les mariner au moins 4 heures, idéalement une nuit, dans un mélange à parts égales de shoyu, mirin et eau.
Le pourquoiLa tare porte tout le sel et l'umami du bol ; gardée à part, on l'ajuste cuillère par cuillère, et un même bouillon sert pour shoyu, shio ou miso. Le ratio 4:2:1 équilibre le salé du soja par la douceur du mirin et la rondeur du saké. Le bain de glace fige la cuisson sur un jaune crémeux.
Tout doit être brûlant et prêt en même temps : c'est le moment de vérité. Ébouillantez les bols vides. Au fond de chacun, versez deux à trois cuillerées de tare shoyu et, si vous aimez, une cuillère d'huile parfumée. Faites cuire les nouilles fraîches à l'eau bouillante NON salée très brièvement — 1 à 2 minutes —, secouez-les énergiquement de leur eau, et déposez-les dans le bol. Versez aussitôt le bouillon clair brûlant par-dessus la tare, en remuant pour la dissoudre.
Le pourquoiDes nouilles mal égouttées diluent le bouillon et fadissent la tare ; un bol froid tue la température de service. On verse le bouillon SUR la tare, jamais l'inverse : le jet chaud la dissout et l'unit au bouillon.
Disposez les garnitures avec soin, chacune à sa place, car le ramen se mange aussi des yeux : deux tranches de chashu, un demi-œuf mariné montrant son jaune coulant, une pincée de menma, quelques rondelles de naruto, l'oignon vert ciselé et, dressé contre le bord, un carré de nori qui ramollira lentement au contact du bouillon. Servez immédiatement, en invitant à attaquer sans attendre.
Le pourquoiLes nouilles ramollissent vite dans le bouillon chaud : le ramen est un plat de l'instant, conçu pour être avalé dès qu'il touche la table.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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L'autre grande école du ramen : un bouillon d'os de porc bouilli jusqu'au blanc opaque (paitan), le contraire exact du chintan clair de Tokyo. La cousine majeure.
Voir la recette →CousineTare au miso (et non au soja), nouilles ondulées et légumes sautés : né au 味の三平 de Sapporo et médiatisé vers 1955. L'autre grand assaisonnement, venu du Nord.
Voir la recette →CousineTare au sel : la soupe la plus claire et la plus proche de l'origine chinoise, candidate au plus ancien assaisonnement (réclame de 1884 à Hakodate).
Voir la recette →CousineNouilles servies à part, trempées dans une tare concentrée aigre-douce : née du repas du personnel chez Yamagishi Kazuo (Taishōken, vers 1955-1961).
Voir la recette →CousineLe dan dan sichuanais japonisé EN soupe par Chen Kenmin : base sésame et piment, loin de la tare soja claire de Tokyo.
Voir la recette →VarianteLe chūka soba clair du Tochigi, cousin très proche du shoyu de Tokyo : pâte pétrie à l'eau alcaline et étirée au bâton de bambou (aozao).
Voir la recette →VarianteUn des « trois grands ramen du Japon » : shoyu clair léger, mais signé par des nouilles plates épaisses très hydratées. La nouille fait la différence, pas la soupe.
Voir la recette →VarianteShoyu clair de Hiroshima signé par des morceaux de gras de dos de porc (背脂) qui flottent en surface.
Voir la recette →CousineShoyu monté sur base tonkotsu (porc + volaille) : riche mais à finale nette, servi avec sushis pressés et œuf dur en libre-service à table.
Voir la recette →CousineLe porc laqué rôti cantonais dont le ramen a hérité le mot « chāshū » — mais le chashu japonais, lui, est braisé (nibuta), pas rôti. Le faux-ami fondateur.
Voir la recette →CousineLe grand parallèle japonais : le ramen, autre soupe de nouilles née de l'influence chinoise, cousin lointain par le bol fumant de nouilles en bouillon.
Voir la recette →Le vrai style à dominante sardine séchée (niboshi), austère et marin, à Aomori. Ce n'est pas une sous-école de Tokyo mais une cousine régionale du Nord — c'est là, et non dans le shoyu de Tokyo, que le niboshi devient une école.
Pas encore dans l'AtlasLe Rai-Rai Ken ouvre à Asakusa en 1910. Son fondateur, Ozaki Kan'ichi, est un ancien employé des douanes, pas un cuisinier. Son intuition géniale : débaucher des chefs cantonais du quartier chinois de Yokohama et ouvrir un comptoir populaire — pas un restaurant chinois élitiste — servant nouilles, wontons et shumai assaisonnés à la sauce soja japonaise. C'est l'acte de naissance du « ramen » tel qu'on le connaît.
Avant de s'appeler ramen, le plat se nommait chūka soba (中華そば), « soba de Chine », ou shina soba. Le nom dit tout : ces nouilles de blé alcalines sont une importation chinoise, japonisée au fil des décennies. Les Japonais n'ont jamais caché cette origine — ils en ont fait un emblème national au point de lui consacrer un musée à Yokohama.
Ce qui distingue une nouille à ramen d'un udon, c'est le kansui : une eau alcaline (carbonates de sodium et de potassium) ajoutée à la pâte. Elle donne aux nouilles leur teinte jaune, leur mordant élastique et leur parfum si reconnaissable. Sans kansui, pas de ramen — seulement des nouilles de blé ordinaires.
En 1958, Momofuku Ando lance les Chikin Ramen, premières nouilles instantanées, sous la marque Nissin. Le succès est planétaire et c'est lui, paradoxalement, qui impose le mot « ramen » au détriment de « chūka soba ». Le ramen instantané sera même élu, par les Japonais, meilleure invention japonaise du XXᵉ siècle devant le karaoké.
Le secret le mieux gardé des ramen-ya n'est pas le bouillon mais la tare, cette base d'assaisonnement déposée au fond du bol. Chez le shoyu, c'est un concentré de sauce soja, mirin et saké, souvent enrichi du jus de braisage du chashu et vieilli. Deux échoppes au même bouillon mais aux tare différentes servent deux ramen totalement distincts.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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