Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Mexique · Puebla
Le plat-nation du Mexique né au couvent de Santa Rosa de Puebla : une cinquantaine d'ingrédients broyés sur le metate, le chile mulato qui règne, le chocolat en simple accent — et surtout, un mole qui ne pique jamais.
Au Mexique, on ne dit pas qu'on « cuisine » un mole poblano : on dit qu'on le « fait », comme on fait une promesse. C'est le plat des baptêmes, des mariages et du Jour des Morts, celui qu'une famille prépare à dix mains sur deux jours, et dont la recette intégrale ne s'écrit jamais — elle se transmet à voix basse, chaque génération gardant un ingrédient pour elle.
Le mole poblano ne pique pas — et qui le rend piquant l'a trahi.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Commencez par le bouillon, car c'est lui qui mouillera tout le mole. Dans une grande marmite, déposez les morceaux de dindon (ou de poulet) avec la moitié de l'oignon, deux gousses d'ail, un peu de sel, et couvrez largement d'eau froide. Portez doucement à frémissement, écumez la mousse grise qui monte, puis laissez pocher à petits bouillons 45 minutes pour le poulet, une bonne heure pour le dindon. Retirez la viande, réservez-la couverte, et gardez précieusement le bouillon filtré : il vous en faut au moins deux litres.
Le pourquoiUne cuisson douce extrait collagène et gélatine sans émulsionner la graisse dans le liquide : c'est ce qui donne un bouillon limpide qui portera le mole sans l'alourdir. [Ricardo Muñoz Zurita, Diccionario Enciclopédico de la Gastronomía Mexicana, 2000]
Voici le geste qui décide de tout. Ouvrez les chiles mulato, ancho et pasilla, retirez tiges, graines et nervures (elles portent l'amertume et le piquant). Sur un comal ou une poêle sèche bien chaude, grillez-les à plat quelques secondes par face, en pressant du dos d'une spatule : ils doivent s'assouplir, libérer un parfum de fruit sec et de tabac, et virer à peine — surtout pas noircir. Au moindre point carbonisé, jetez le chile. Faites-les ensuite tremper 20 à 30 minutes dans de l'eau chaude jusqu'à ce qu'ils gonflent et redeviennent souples.
Le pourquoiLe grillage léger déclenche des réactions de Maillard dans les sucres du chile et développe ses notes de fruit sec et de cacao ; la combustion, elle, crée des composés âcres et amers qui ne se rattrapent plus. [Harold McGee, On Food and Cooking, 2004 ; Larousse Cocina (Muñoz Zurita)]
Pendant ce temps, faites chanter les fruits secs. Dans une poêle avec un peu de saindoux, faites dorer séparément, car chacun a son temps : les amandes jusqu'à l'ambre, les cacahuètes, les noix de pécan, puis les pepitas qui gonflent et éclatent, et enfin le sésame qu'on remue sans cesse jusqu'à ce qu'il soit blond et odorant (réservez-en deux cuillerées pour le décor). Ajoutez les raisins secs juste pour les gonfler. Réservez le tout ensemble : c'est le velouté gras qui donnera au mole sa texture de soie.
Le pourquoiLes fruits oléagineux apportent les matières grasses qui émulsionnent la sauce et lui donnent son nappant ; les griller libère leurs arômes et accentue le moelleux final. [Diana Kennedy, The Cuisines of Mexico, 1972]
Dans la même graisse parfumée, faites maintenant revenir le fruit et les liants. Saisissez le plantain en rondelles jusqu'à ce qu'il caramélise et noircisse à peine sur les bords — sa douceur est essentielle. Faites colorer la tranche de pain rassis et la tortilla de maïs jusqu'à ce qu'elles brunissent franchement (la tortilla peut même être passée directement sur la flamme). Faites enfin revenir les tomates et les tomatillos avec le reste d'oignon et d'ail jusqu'à ce qu'ils rendent leur eau et confisent. Le pain et la tortilla grillés sont les épaississants traditionnels du mole.
Le pourquoiLe plantain et les raisins apportent les sucres ; le pain et la tortilla, l'amidon liant. Leur caramélisation construit la profondeur amère-sucrée qui signe le mole, bien au-delà du seul chocolat. [Cristina Barros & Marco Buenrostro, Cocina prehispánica y colonial, 1996]
Réveillez les épices. Sur le comal encore chaud, grillez quelques secondes le bâton de cannelle brisé, les clous de girofle, le poivre, l'anis et le cumin, juste jusqu'à ce que leur parfum s'élève. Réduisez-les ensuite en poudre fine au moulin ou au molcajete. Ce sont elles, héritées des Arabes via l'Espagne, qui donnent au mole son âme orientale et ce sillage de pain d'épices qu'on ne sait jamais tout à fait nommer.
Le pourquoiLe grillage volatilise et recompose les huiles essentielles des épices (eugénol du girofle, aldéhyde cinnamique de la cannelle), les rendant plus rondes et mieux intégrées à la sauce. [Rachel Laudan, Cuisine and Empire, 2013]
L'heure du metate — ou, à défaut, du mixeur puissant. Broyez d'abord les chiles égouttés avec un peu de leur eau de trempage jusqu'à une pâte lisse et brillante, puis passez-la au tamis fin (chinois) pour écarter toute peau : c'est ce tamisage qui sépare un mole de fête d'une bouillie. Broyez ensuite séparément les fruits secs, le fruit, les liants et les épices avec un peu de bouillon, et tamisez de même. Vous obtenez deux pâtes profondes, l'une rouge sombre, l'autre brune et grasse.
Le pourquoiBroyer puis tamiser maximise la libération des arômes et des pigments (capsanthine du chile) tout en retirant les fibres dures : la sauce devient veloutée, condition non négociable d'un mole de banquet. [Larousse Cocina (Muñoz Zurita), receta de mole poblano]
Voici le secret que les Poblanas appellent « freír el mole ». Dans une grande cazuela ou cocotte, chauffez le reste du saindoux jusqu'à ce qu'il soit bien chaud, puis versez d'un coup la pâte de chile : elle doit grésiller violemment et projeter (protégez-vous le bras). Faites-la « frire » à feu moyen en remuant sans arrêt 8 à 10 minutes, jusqu'à ce qu'elle fonce, épaississe et que la graisse commence à perler en surface. Incorporez alors la pâte de fruits secs et d'épices, et poursuivez quelques minutes. Toute la cuisine sent désormais le mole.
Le pourquoiCette friture de la pâte caramélise les sucres et concentre les arômes par évaporation avant le mouillage : sans elle, le mole reste cru, aqueux et sans relief. [Patricia Quintana, Mexico's Feasts of Life, 1989]
Mouillez et laissez le temps faire le reste. Versez le bouillon chaud louche après louche sur la pâte, en fouettant, jusqu'à une sauce nappante mais coulante. Ajoutez le chocolat de table brisé et laissez-le fondre. Baissez le feu au plus doux et laissez mijoter à découvert au moins 1 heure, idéalement 2, en remuant souvent pour qu'il n'attache pas : le mole va foncer, s'arrondir, perdre tout côté cru. Rectifiez à la toute fin d'un peu de sel et, si besoin, d'une pointe de sucre. Plongez-y les morceaux de volaille pour les réchauffer, dressez, et parsemez de sésame grillé. Mieux encore : laissez reposer une nuit, il sera deux fois plus grand le lendemain.
Le pourquoiLe long mijotage hydrolyse l'amidon des liants et fond les graisses des oléagineux en une émulsion stable ; le repos prolonge la diffusion des arômes liposolubles des épices et des chiles, d'où un mole meilleur le lendemain. [Ricardo Muñoz Zurita, Diccionario Enciclopédico de la Gastronomía Mexicana, 2000 ; UNESCO 2010]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
La cousine la plus proche, née à Xico (Veracruz) : même geste festif (chiles, fruits secs, chocolat) mais poussé vers le sucré-fruité avec pruneaux, raisins, noisettes et piloncillo. Larousse la déclare « le mole le plus sucré de tout le répertoire mexicain ». On l'appelait jadis « mole de novia », le mole de la mariée.
Voir la recette →CousineLe grand rival oaxaqueño, « le roi des moles ». Sa signature : des chiles chilhuacle (et tortillas) VOLONTAIREMENT brûlés jusqu'à s'enflammer, d'où sa couleur noire et son goût terreux et cendré. C'est lui qui oppose les deux capitales du mole : Puebla « la capital del mole » contre Oaxaca « la terre des sept moles ».
Voir la recette →CousineLe « tache-nappes » : un mole doux et fruité où l'on ajoute à la sauce des fruits tropicaux EN MORCEAUX — ananas, banane plantain. Un des sept moles d'Oaxaca, déjà nommé dans le recetario attribué à Sor Juana Inés de la Cruz.
Voir la recette →CousineLe faux-ami de la famille : malgré son nom, ce n'est PAS une sauce broyée mais un bouillon de bœuf aux légumes et aux chiles. Il rappelle que « mole » vient du nahuatl mulli, « mélange » — pas forcément « sauce ».
Voir la recette →CousineLa branche des « moles de graines » : une sauce de pepitas (graines de courge) et de sésame broyés, colorée en rouge par les chiles secs et l'achiote. Plus granuleuse que le poblano.
Voir la recette →CousineLe versant vert et frais de la famille : graines de courge, herbes (épazote, cilantro, hierba santa) et tomatillo, sans chocolat ni chiles brûlés. Au centre du pays, on l'appelle aussi pipián verde.
Voir la recette →CousineLe plus rare des sept moles d'Oaxaca : un negro plus LÉGER en consistance, dont la signature est la hoja de aguacate — la feuille d'avocatier séchée, grillée et pulvérisée.
Voir la recette →CousineLe mole jaune d'Oaxaca : chilhuacle amarillo, SANS chocolat, épaissi à la masa de maïs et presque soupeux, parfumé à la hoja santa — souvent servi avec des chochoyotes (boulettes de masa).
Voir la recette →CousineUn des sept moles d'Oaxaca : rouge-brique, plus doux, chile ancho et guajillo avec un soupçon de chocolat — parmi les moles oaxaqueños, c'est le plus proche cousin du poblano.
Voir la recette →CousineL'ancêtre : un ragoût ancien de chiles que les spécialistes des traditions oaxaqueñas donnent pour le proto-mole, à la racine du mole colorado. Un regard sur ce qu'étaient les moles avant les moles.
Voir la recette →Cousin véracruzain de la sous-famille des graines et noix : là où le pipián mise sur la pepita, l'encacahuatado mise sur la CACAHUÈTE broyée, pour une sauce crémeuse servie sur le poulet.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.