Avant le XVe siècle
Cuisine amérindienne des peuples autochtones
Avant la colonisation européenne, les peuples autochtones du Suriname — Arawak, Caribe, Warao et autres — fondaient leur alimentation sur la culture du manioc (kassave), la chasse, la pêche et la cueillette en forêt amazonienne. Le manioc amer, transformé en cassave ou en farine, constituait la base alimentaire principale et demeure encore aujourd'hui un aliment central dans les communautés indigènes et marron de l'intérieur du pays. Ces savoirs culinaires autochtones ont profondément influencé les pratiques alimentaires des communautés marron qui se sont réfugiées dans la forêt aux XVIIe et XVIIIe siècles.
vers 1651
Colonisation et introduction de la cuisine créole
L'établissement des premières plantations coloniales britanniques puis néerlandaises (1667) au Suriname entraîne l'arrivée massive d'esclaves africains, dont les traditions culinaires — utilisation des arachides, des légumes feuilles, des épices et des méthodes de cuisson lente — vont fonder la cuisine créole surinamaise. C'est dans ce contexte que se développent des plats comme la pinda soep et les préparations à base de banane plantain. La cuisine coloniale de plantation constitue ainsi le premier grand métissage culinaire de l'histoire du Suriname.
fin XVIIe siècle
Apport culinaire des Juifs séfarades du Suriname
À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, une importante communauté juive séfarade, venue du Brésil et des Pays-Bas, s'installe au Suriname et développe des plantations prospères autour de Jodensavanne. C'est à cette communauté que l'on attribue la création du pom, plat emblématique élaboré en substituant la racine de pomtayer au cédrat (fruit utilisé dans les traditions culinaires séfarades), conformément aux règles de la cacheroute. Ce plat témoigne d'une adaptation remarquable entre traditions religieuses et ressources locales tropicales.
à partir de 1873
Arrivée des travailleurs indiens et javanais
Suite à l'abolition de l'esclavage en 1863, le gouvernement néerlandais recrute des travailleurs sous contrat en Inde britannique (1873) puis à Java (1890) pour pallier le manque de main-d'œuvre dans les plantations surinamaises. Ces deux vagues migratoires introduisent massivement le roti, les currys, le rempah (mélange d'épices javanaises), le nasi goreng et la soupe saoto, transformant durablement le paysage culinaire du Suriname. Aujourd'hui, les Hindoustanais et les Javanais représentent ensemble plus de 35 % de la population et leur cuisine est pleinement intégrée à l'identité alimentaire nationale.
à partir de 1975
Indépendance et affirmation d'une identité culinaire nationale
L'indépendance du Suriname vis-à-vis des Pays-Bas, proclamée le 25 novembre 1975, coïncide avec une prise de conscience de la richesse et de la singularité de la cuisine surinamaise comme marqueur identitaire national. Les marchés de Paramaribo, notamment le Central Market, deviennent des vitrines de cette diversité culinaire unique où coexistent stands créoles, hindoustanais, javanais, marron et chinois. Des travaux académiques récents, notamment ceux de chercheurs de l'Université Anton de Kom, ont commencé à documenter et valoriser ce patrimoine gastronomique multiethnique exceptionnel.