vers 3 800 av. J.-C.
Domestication du sorgho en Nubie
Des recherches archéobotaniques, notamment celles de Dorian Fuller (University College London), attestent la domestication précoce du sorgho (Sorghum bicolor) dans la région de la Haute-Nubie, à la jonction du Soudan actuel et de l'Éthiopie. Cette céréale devient le pilier alimentaire des civilisations du Nil supérieur, bien avant son adoption par d'autres régions d'Afrique. Cette domestication fonde une tradition culinaire ininterrompue jusqu'à nos jours.
vers 800 av. J.-C.
Cuisine royale du royaume de Koush
Le royaume de Koush, dont la capitale Napata puis Méroé était située au cœur du Soudan actuel, développe une culture culinaire élaborée mêlant influences égyptiennes et traditions sub-sahariennes. Les fouilles archéologiques de Méroé ont mis au jour des meules, des jarres de stockage de céréales et des restes de sésame, témoignant d'une alimentation diversifiée. Les bas-reliefs des pyramides nubiennes montrent des scènes de banquets avec offrandes alimentaires, dont du pain, de la viande et des fruits.
VIIIe siècle
Islamisation et nouveaux codes alimentaires
L'islamisation progressive du Soudan à partir du VIIe-VIIIe siècle, via les royaumes nubiens christianisés puis la pénétration arabe, transforme profondément les pratiques alimentaires : adoption des prescriptions halal, abandon du porc, intégration de nouvelles épices et denrées venues de la péninsule Arabique comme le fenugrec, le cumin et les dattes. Les routes commerciales transsahariennes introduisent également de nouveaux circuits d'échange alimentaire reliant le Soudan à l'Afrique du Nord et au Levant. Cette période forge la synthèse arabo-africaine caractéristique de la cuisine soudanaise actuelle.
années 1820
Colonisation ottomane-égyptienne et métissage culinaire
La conquête du Soudan par Muhammad Ali Pacha d'Égypte en 1820-1821 entraîne l'arrivée de soldats, de marchands et d'administrateurs égyptiens, turcs et levantins, qui introduisent de nouvelles préparations : usage accru du riz, du fenugrec (helba), des légumineuses comme les fèves (ful medames) et des techniques de préparation d'origine ottomane. Le ful medames, aujourd'hui petit-déjeuner national du Soudan, se diffuse massivement durant cette période d'influence nilotique. Khartoum est fondée comme capitale administrative en 1824, devenant un carrefour culinaire.
à partir de 1956
Indépendance et affirmation d'une identité culinaire nationale
Après l'indépendance du Soudan le 1er janvier 1956, une conscience culinaire nationale se consolide autour de plats fédérateurs tels que l'asida, le ful, la kisra et le karkadé, présentés comme marqueurs identitaires face aux cuisines étrangères. Les crises alimentaires successives liées aux sécheresses du Sahel (années 1970-1984) et aux conflits internes renforcent paradoxalement l'attachement aux productions locales de sorgho et de sésame. La partition du pays en 2011 avec l'indépendance du Soudan du Sud amène une redéfinition des frontières culinaires, certains plats comme la kisra étant désormais partagés entre les deux États.