vers 500 av. J.-C.
Les oasis sogdiennes, carrefours alimentaires antiques
Les cités-oasis de Sogdie (actuel Ouzbékistan), notamment Samarcande et Boukhara, s'établissent comme points névralgiques des échanges entre la Chine, la Perse et le monde méditerranéen. Les marchands sogdiens diffusent fruits, épices et techniques culinaires sur des milliers de kilomètres. Les fouilles archéologiques de ces sites attestent d'une agriculture irriguée sophistiquée produisant raisins, melons, abricots et blé.
VIIIe siècle
L'âge d'or islamique enrichit la cuisine locale
Après la conquête arabe de la Transoxiane (709-751), la région entre dans l'orbite culturelle du califat abbasside et Boukhara devient un foyer intellectuel majeur. Le médecin et philosophe Avicenne (Ibn Sina, né à Boukhara en 980) intègre dans son Canon de la médecine de nombreuses réflexions sur les aliments, les épices et leurs vertus thérapeutiques, codifiant des pratiques alimentaires locales. Le riz, le coton et les techniques de conservation des fruits se développent intensément dans cette période.
XIVe siècle
La cour de Tamerlan, festins de la Route de la Soie
Tamerlan (Timour) fait de Samarcande la capitale d'un empire s'étendant de l'Anatolie à l'Inde, attirant artisans, architectes et cuisiniers de toutes les régions conquises. Les chroniques de l'ambassadeur castillan Ruy González de Clavijo (1404) décrivent des banquets royaux fastueux mêlant mouton rôti, riz épicé, fruits secs et vins locaux servis dans des bassines d'or. Cette période timouride cristallise les codes gastronomiques de l'hospitalité princière ouzbèke, dont le grand palov rituel est l'héritier direct.
1865-1900
La conquête russe transforme les marchés alimentaires
La prise de Tachkent par l'Empire russe en 1865 et l'intégration progressive du Turkestan dans l'empire ouvre la région à de nouveaux produits : pommes de terre, tomates et girasol s'introduisent progressivement dans la cuisine locale. La construction du chemin de fer transcaspien (achevé en 1888) intensifie les échanges et permet l'exportation massive du coton au détriment de cultures vivrières traditionnelles. Malgré ces bouleversements, les bazars et les pratiques culinaires domestiques maintiennent les traditions du palov et du pain tandir.
depuis 1991
Indépendance et renaissance de l'identité culinaire
Après l'indépendance de l'Ouzbékistan vis-à-vis de l'URSS, la cuisine nationale devient un vecteur majeur d'affirmation identitaire : le palov est officiellement inscrit au patrimoine culturel immatériel national, et des efforts sont entrepris pour le faire reconnaître par l'UNESCO. Les variétés anciennes de melons et de fruits font l'objet de programmes de préservation, tandis que le tourisme gastronomique autour de la Route de la Soie se développe fortement à Samarcande et Boukhara. Les restaurants ouzbeks se multiplient en Russie, en Europe et en Corée du Sud, portés par les importantes diasporas ouzbèkes.